‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 936 sur 993 · Cf. Bra.ssart. art. citr · texte numérisé non relu

Cf. Bra.ssart. art. citr

débat de discipline juridique et économique, les juges agissaient comme échevins et comme drapiers, étant l'un et l'autre, ou du moins a])partenant à ce milieu de l'aristocratie où se recrutaient les chefs de la cité et de son économie ^. Leur double intention correspondait même aux deux formes de la faute des petits patrons : ceux-ci avaient arrêté le travail, et l'on sait la gravité exceptionnelle de ce délit, confirmée dans le cas présent par la gravité de la punition, plus élevée même que jiour une des formes de ratta(|ue personnelle contre les échevins : ils s'en étaient pris également à ces derniers, qui voulaient défendre leurs propres personnes et celles des marchands. Ainsi, offensive et défensive, délits et répression se tenaient. Mais la conduite du Magistrat s"cx])lique d'autant mieux (jue cette révolte constituait un nouveau mouvement des emjiloyés contre les emjiloyeurs dans une durée de temps très courte. Comme ce second mouvement, malgré une similitude d'origine avec le premier, en différait totalement par son exécution non ])lus ))acifique mais révolutionnaire, que les travailleurs ne s'étaient plus tranquillement adressés à une autorité, mais s'étaient fait justice sans hésiter et sous une forme très violente, et qu'enfin, de ce dernier point de vue, l'agitation n'avait i)as été seulement économique, mais avait donné lieu à un véritable crime de lèse-majesté contre les représentants officiels du pouvoir urbain, le Magistrat crut indispensable de jirendre ses précautions une fois pour toutes, sinon il était en droit de craindre un renouvellement de manifestations de ce genre dans des coïKlitions beaucoup plus graves encore, (jui auraient

I. Sur «cizi' ilo ci>H écliovins. on nVii ronimit ((Uc huit. Dan» IVn«oii>l)li\ ils appBrtii'iinpiit aux Kruiiditi famillos patrir-icniK-.H. mi'iiir si on i^tiiori' Inir situation sofiali* : ci- l'an est par p\. riOui cli" .Vinant L<> ('oniii'stahit", île (irart Lo L<'u, (l»> (iruri l'ourcbi-l ; un antro, Grarl cr.Vuhi, i-st iiulii|iii'' n'-^fuliiTi'ment comme ranneur ; enfin, certains autres doivent être des drapiers : non seulement Jean Hoinebroke, ipii parait bien être le hf'roK de l'exécution testamentain-. mais Jacques Pain Moullie (l'.J. <139) et peul-êlrc auimi Kiciirt Pilate. dont la famille, tout au mnins, vendra doa dra|>H au comt« d'Artois (\'oy. plus haut stis et n. !>}. Ces nom» «ont expliciutw d'apn'-s Ura-ssart. arl. rM, I25-I2ri ; joindre du même, Linlt» <»m». dr itrhrmnagt.

pu assurer une victoire définitive aux révoltés. Enfin, les échevins furent peut-être aussi poussés à la rigueur par la simultanéité d'événements analogues au dehors : ce fait avait une valeur non seulement locale, mais territoriale, et on sait fjue l'aristocratie bourgeoise flamande se tenait étroitement dans l'ensemble des divers centres régionaux aussi bien ([ue dans chaque ville. Politi(|uement, la conduite des juges était donc compréhensible, sinon excusable, d'autant mieux qu'elle avait un fondement juridique ; mais, socialement, que les marchands drapiers fussent, d'une façon indirecte, responsables de cette révolte, que cette véritable guerre civile ait été, en un certain sens, amenée par eux, c'est ce qu'il est superflu de démontrer.

D'un autre point de vue concernant l'ensemble de l'histoire sociale urbaine, l'intérêt qu'ofïre cet événement vient aussi de son caractère unicpie pour la ])artie de la vie économique communale relative à la gi-ande industrie, et plus généralement même, cette émeute et la révolte de 1322, déjà connue ^, au sujet du blé. forment les deux seuls exemples de mouvements révolutionnaires d'ordre économique que l'on puisse citer. Il ne semble cependant pas possible d'attribuer le même caractère à ces deux faits, qu'on les considère à titre tant externe qu'interne. Tout d'abord, il s'agit, d'une ])art. d"iine industrie qui émane essentiellement de la ville, de l'autre, d'un pur commerce de transit. Aussi, le fait le jilus ancien ne ]»)uvait-ilse produire que dans un milieu et à une é])oque absolument déterminés : dans l'ensemble, il est bien la conséquence et l'image de son temps et de sa ville et. ])ar suite, l'antécédent et le ])résage direct des événements jiostérieurs de la fin du siècle ; bref, il forme expressément un trai» d'union. L'autre révolte, au contraire, conune partout et toujours la consommation du blé est indispensable, aurait pu éclater à peu près dans toute agglomération et en toute période, sauf qu'à Douai l'importance locale du coinîncrce

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