QITATRIÈME PARTIE. LA VILLE
de dé2)art matériel de ragglomération, principe qui rendra les divergences moins aiguës. Mais peut-être n'en est-il que plus caractéristique d'observer c^u'en dépit de l'esprit d'une i^artie et de la nature de l'autre, l'opposition ne s'en manifeste pas moins. C'est que ce sont des individus n'ajapartenant pas à la société religieuse qui ont fondé la ville véritable, c^ui l'ont faite en dehors d'elle par conséquent et, dans ces conditions, on ne peut s'étonner qu'ils représentent, ainsi que l'organisme qu'ils ont créé, un milieu c^ui n'est pas celui de l'Eglise : cependant l'Eglise existe. Mais alors, entre prêtres et bourgeois, se manifeste presque forcément toute la différence qui sépare deux éléments à la fois politiques et économic|ues se succédant, qui jjar cette succession seule sont assez naturellement distincts et même dont le contraste est d'autant plus accusé que le premier, tout en ne voulant rien renier de son caractère, a cependant l'ambition de tirer profit de l'autre. C'est sur ce sujet d'ordre réel que s'élèvent et que portent les dissensions. Elles ne concernent nullement les idées. 11 ne s'agit au fond que d'une lutte de laïques ou agissant comme tels, sur des objets laïques. C'est néanmoins un débat qui, pour restreint et modéré qu'il soit, en raison même de la prépondérance ancienne de l'un des adversaires et de l'origine récente de l'autre, est un fait d'une nature certainement nouvelle et significative ^
Enfin, après ce développement graduel et ces conquêtes successives, la ville atteignit son apogée. Ce n'est i)as. peut-on dire, qu'elle ait réalisé toutes ses ambitions ni ({u'elle ait atteint une perfection absolue de forme, aussi bien dans sa vie intérieure (qu'extérieure. Socialement parlant, la distinction entre l'état primitif et l'état achevé correspond évidemment à la différence qui j)cut exister entre un rassemblement et une société, ou mieux entre un ensemble de ix-rsonnes
1. Sur cette question, on lira avec intérêt, dans un ouvrage tout récent et que, pour ce motif, nous n'avons pu utiliser dans notre t. 1. Scliiller, Brurleruchall u. Oeiallichkril m Goalar. la conclusion. ]i)()-20.'), et on pourra la comparer exactement, senibl -t-il, avec ce ()uc nous disons ci-dessus et t. I, 17:M7t. ls:M84. 1H!I-I!t2.
sans pouvoir régulier et un corps d'individus qui possède un gouvernement fixe. Mais lorsqu'on atteint le second état, le premier n'a pas encore complètement disparu. Il persiste d'abord dans le rôle essentiel que joue toujours la famille, surtout au sujet du droit criminel : aussi, malgré sa décadence certaine, elle n'en reste pas moins reconnue comme un organe officiel que l'association générale n'a pas entièrement annihilé. D'autre part, bien que les corps administratifs et constitutiomiels de tous gem-es soient maintenant établis sous des formes très déterminées en dehors et au-dessus des membres ordinaires de la communauté, leur séparation d'avec ces derniers n'est pas devenue absolue. Mais, d'une façon générale, assurer la paix de la ville est partiellement restée la chose de tous ; puis, dans des conditions moins amples, des individus, qualifiés sans doute à titre social, mais ne faisant pas juridiquement partie du gouvernement, peuvent cependant y collaborer ; et enfin, bien (juc l'admiiiistration présente une unité certaine, sa concentration ncst jjas complète : ainsi, la jjolice, les prudhommes, les connétablies, sont des démonstrations claires et suffisantes d'une décentralisation, sinon voulue, du moins effective. Sans doute, parce qu'elle ap))artient à une époque où rien n'est tout à fait tranché, la communauté ne s'est toujours pas entièrement émancipée d'une organisation et dinflucnccs privées et officielles antérieures à elle et même assez primitives ; la persistance d'un régime domesti(|uc et l'absence d'un système administratif achevé entraincnt certaines conséciuences : il en résulte parfois une sorte de flottement dans le fonctionnement de l'organisme urbam. Il faut se garder d'exagérer cette décentralisation : elle est surtout intéres.sante à observer historiquement. ])eut-on dire, ]>lutôt ((u'clli- n'a dû conserver à réjjoijue documentai^' une imj)ortance et une influence très considérables. Son existence prouve néanmoins <jue le mouvement de concentration tendant à tout remettre aux mains d'un pouvoir uni(|uc n'est jias terminé et (pi'cn j;énérai. le système urbain, non seulement dans son ]irincijR-, mais