‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 981 sur 993 · QUATRIÈME PARTIE. — LA VTLLTi · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — LA VTLLTi

l'association ne veut pas d'une unité purement artificielle et apparente : on n'est pas nécessairement membre de la communauté parce qu'on habite dans ses murs ; il faut se soumettre à certaines conditions préalables, mais, si on y obéit, l'égalité juridique est absolue pour tous, le simple fait d'appartenir à l'association rend l'intéressé l'égal de tous : il n'y a pour ainsi dire jjas de condition des personnes, ou, comme nous venons de le remarquer, elle reste purement négative, elle n'existe qu'au détriment des individus qui veulent bien jouir des avantages de la ville sans se soumettre aux devoirs qu'entraîne l'entrée dans l'union. D'autre part, les droits individuels de ses membres ne disparaissent pas même au-delà de la banlieue, mais ceux-ci emportent avec eux leurs prérogatives. Parce qu'on quitte réellement l'emplacement de la cité, on ne cesse pas de lui appartenir à titre juridique et économique, qu'il s'agisse de la répression d'une faute ou du paiement des charges. Ce n'est même pas seulement la ville qui considère que ses membres ne perdent pas cette qualité quand ils ont franchi son enceinte, mais ce sont les autres centres urbains qui jugent qu'ils ne cessent de la représenter, si bien que lorsqu 'elle-même ne paye pas ses dettes au dehors, ses bourgeois en sont regardés comme directement responsables. Ils sont donc en tous lieux des parties de la ville et elle-même apparaît bien on tant que communauté à la fois territoriale et personnelle. En général, les conditions mises à l'entrée dans l'association correspondent aux difficultés d'en sortir, et ces deux caractères fournissent une preuve de la forme du lien que la cité tend à établir entre elle et ses éléments individuels. C'est au fond une conséquence de l'assimilation comi>lète de la ville et des bourgeois, qui fait de ceux-ci les membres d'un organisme spécial.

Ce caractère délimité et restrictif de la communauté, ou plus sini]ilement même sa seule existence, ont ])our résultat naturel et nécessaire que la ville n'a pu qu'être, en général, une opposition à l'ordre de choses antérieur, c'est-à-dire au plat pays. Le rxistrum a défendu ce dernier, le village en a été

une sorte de concentration, la ville elle-même ne peut sans doute être absolument fermée à tout ce qui l'entoure et, en fait, clic se trouve parfois obligée d'utiliser pratiquement le milieu environnant, mais aussi elle ne reste ouverte que malgré elle. A l'origine, ce n'est pas du plat pays que ses fondateurs sont sortis ; une fois organisés, ils n'ont pas seulement élevé une enceinte pour se défendre contre lui. mais ils ont édicté toute une série de règlements, fondé tout un ensemble d'organes qui n'en venaient pas et au besoin visaient à établir une démarcation plus complète avec Tétat environnant : surtout dans la vie économique, car c'est encore de ce côté qu'il faut chercher le point de départ des distinctions précédentes, le contraste est fondamental entre les éléments anciens et récents. Aussi, dans Tensemble. la ville est éminemment protectionniste, elle se raidit dans sa nouveauté et dans son isolement, elle se dresse au-dessus du jiays et ne veut rien lui devoir. Elle croirait volontiers, non sans quelque raison, qu'elle est un véritable microcosme, qu'elle réunit toutes choses nécessaires au fonctionnement d'un corjjs social et qu'en dehors d'elle rien n'existe. C'est que, on ne jieut l'oublier, l'enceinte urbaine constitue bien une séparation au-delà de laquelle on reste dans le passé, alors f|u"en deçà on entre dans un monde prescjue entièrement nouveau et inconnu, quoique les résultats de cette éclosion et de cette opposition ne commencent encore qu'à se faire sentir.

L'un des plus remarquables, par son importance future comme par sa nature encore ])rimitive. ])araît bien concerner le côté religieux. Sans doute, et on ne saurait trop insister sur ce point, doit-on se garder de rien exagérer (|uant au fond et à la forme des événements. En effet, la distinction des milieux ecclésiastiques et coninnuiaux se fait certainement jour comme malgré la ville. Celle-ci ne veut, dans l'ensemble, que faire rentrer la j>artie ojiposée dans le droit ordinaire et, au besoin même, elle donne privément d'un côté ce qu'elle a la volonté de reprendre officiellement de l'autre. De ])lus. nous l'avons dit. rKglise n'est jm,s le point

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