‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 984 sur 993 · QUATRIÈME PARTIE. LA ^^LLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. LA ^^LLE

y diminue en faveur du côté passif, elle ressemblera davantage à d'autres organismes du même ordre avec lesquels elle se trouvera réunie sous une direction unique. Bref, le centre urbam se désurbanise et devient d'une façon croissante un simple élément territorial.

On ne saurait donc s'étonner que cette transformation, bien qu'on ne puisse se rendre un comj^te entièrement exact de ses conséquences, ne se soit pas accomplie sans faire relativement souffrir le corps sur lequel elle s'exécuta : la ville semble bien en être restée comme troublée, sinon amoindrie. Mais ce passage était presque inévitable. La communauté ne pouvait que subir les conséquences de l'arrêt de sa force d'expansion. Livrée à elle-même, eUe n'aurait pas retrouvé davantage ses motifs anciens de prospérité et ses causes nouvelles de décadence ne se seraient sans doute qu'aggravées. En réalité, la centralisation amena bien moins la chute de son autonomie qu'elle n'en fut. non pas peut-être le résultat, mais l'accompagnement, et on doit reconnaître qu'elle assura la paix intérieure.

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CONCLUSION

Si Ton cherche à caractériser sous une forme aussi nette que possible l'histoire intérieure de la ville, on reconnaît que deux traits principaux paraissent la distinguer.

Le premier est l'absence de complexité de son organisation. D'une manière pour ainsi dire visible, sans oublier la collaboration publique et l'enchevêtrement féodal, il n'existe ((u'un mélange relatif entre le régime urbain et les autres pouvoirs : le premier peut être considéré comme assez exempt d'alliage avec des corps non urbains. Cette pureté se retrouve à l'intérieur des éléments eux-mêmes. Dans leur évolution d'abord, ((u'il s'agisse des individus ou des administrations, on ne peut sans doute prétendre <|u"ils ont pris aussitôt la forme sous laquelle ils existent ou fonctionnent à l'époque historique, à moins de supposer, sans motif, que la perfection privée, qui seule pouvait permettre ensuite une organisation officielle, ait été également atteinte du premier coup. Mais ces éléments divers, pour avoir subi des changements successifs, paraissent bien s'être dcvcl()p))és avec facilité et être parvenus sans peine à leur natuic définitive. Celle-ci en général est très simple, qu'on se place du point de vue privé et aussi bien sous le ra])])()rt personne! <|ue réel. puis(|we l'égalité existe et que la liberté apparaît pour les individus comme pour les propriétés, ou que l'on considère la vie officielle, dans laquelle tout repose sur un seul organe (|iii réunit, exerce ou confère les divers pouvoirs. On a l'impression d'un ensemble rempli d'une unité harmonieuse, ((ui peut répondre exactement aux intérêts jiersonnels en faveur desquels il fonctionne. La cause de cette formation aisée, de cette organisation simple est, semble-t-il, déjà connue ; on ne saurait la

trouver que dans la nouveauté de la ville correspondant à sa création sur un sol public. Aussi, si l'émancipation urbaine d"une domination jnimitive a été nécessaire, cette libération est partie d'un principe nullement juridique, mais social, et. en fait, a consisté moins dans la mise à l'écart d'institutions existantes, qui auraient fait une opposition sérieuse à la jeune cité et laissé en elle une empreinte profonde, que dans la formation latérale plus aisée d'organismes propres. La tâche de l'association a consisté, en faisant à peu près abstraction du passé, à édifier sur un terrain presque libre, si bien que c'est sans difficultés trop particulières ni complications troj) grandes qu'elle est parvenue à atteindre presque entièrement le but aucjuel elle tendait.

^lais le caractère précédent se rapporte avant tout aux apparences. Si on veut considérer vraiment la réalité, il est aisé de voir que la question essentielle dans tout le cours de l'histoire urbaine et même dans sa décadence, est de nature foncièrement économitiue. Primitivement, ce n'est pas dans le but de chercher ))lus de libertés, mais dans celui fort différent de trouver plus de richesses, que les commerçants sont venus s'établir sui les bords de la Scarpe. C'est également l'accroi.s.sement graduel de leurs ressources (|ui leur a ])ermis d"ac(iuérir une autorité suffisante avec toutes ses conséquences, pour former en un mot une communauté, et qui a amené la ville au degré de grandeur que nous avons connu. Cette dernière une fois atteinte, c'est l'argent encore, qui après avoir créé et uni les membres de l'association, les divisa et rendit l'union un vain mot. X'était-ce pas un princi])c es.sentiel de l'industrie fondamentale de la ville <iue de favoriser la sujjériorité et l'infériorité sociales extrêmes des donneurs et des récepteurs de travail ? Ce ne fut également rien d'autre (pie la (piestion pécuniaire ipii, paraissant imprimer un tournant brusijue à la vie communale, commença à la ramener lentement à son premier état. Aussi, n'est-il que naturel de voir la fiscalité dominer graduellement In période s'ouvrant à ce moment, pour réduire la ville au rôle de pur distrii't financier dt- l'auto-

CONCLUSION 1189

rite extérieure. C'est donc sans conteste l'argent qui, sous des formes diverses, ex2:)lique l'apparition, la floraison, puis la faiblesse urbaines, qui successivement fait naître, prospérer et tomber la cité. Cause de sa formation, motif de son développement, sujet de ses luttes, raison de son amoindrissement, l'argent a créé, a unifié et a dissocié : il a fondu la ville et la communauté et les a séparées ; il a écarté le pouvoir extérieur et l'a ramené. Il dirige et domine souverainement la marche de la cité ; il la suscite, l'accélère et l'arrête. En son histoire. s"incame et se résume Ihistoire de la ville.

Les deux caractères précédents concernent donc surtout, l'un le côté abstrait, l'autre la partie concrète de la vie communale : entre eux, se manifeste la différence essentielle qui sépare le droit de l'économie. Dans l'histoire urbaine générale, on ne saurait dire qu'ils sont forcément connexes, car. si le régime municipal a presque toujours subi des influences mercantiles, il n'a pas forcément revêtu une organisation simple. Dans l'histoire douaisienne, ces deux traits semblent être liés, quoique indirectement, par un fait qui est la nouveauté de la ville : elle explique la limpidité si accusée de ses institutions et la nature éminemment économique de son développement. Ce n'est donc pas sans raison, croirait-on, qu'on peut finalement nommer la ville de Douai une « communauté économique nouvelle » : cette appellation, en même temps qu'elle détermine exactement son histoire, nous la montre représentant avec une amplitude particulière celle du régime urbain, et ainsi se trouve confirmé l'intérêt général que son étude semble pouvoir offrir.

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