Palor iioslcr, qui es in cœlis Mallli. m
gent leur titre d'enfants, et s'il n'y avait pas de salaire, ils quitteraient la maison. C'est non pas l'affection, mais plutôt l'intérêt, d'ailleurs bien permis, qui est leur loi principale. Dans la vie des justes qui en sont là, que voit-on? La crainte de l'enfer, le désir très légitime du salut, la fidélité au devoir strict, et par conséquent un commencement d'affection pour Dieu. Cette vie est absolument louable, mais c'est la vie imparfaite. Pourquoi? Parce que bien imparfait serait, dans une famille, l'enfant qui, relativement à ses parents, s'en tiendrait au devoir rigoureux, sans guère consulter l'amour filial.
Dans la seconde catégorie se trouvent les justes dont le mobile principal est le cœur: Mon Dieu, si j'évite le mal et si je fais le bien, c'est sans doute pour moi et pour mon avantage personnel. Vous me permettez, vous me commandez même ce saint égoïsme qui n'en est pas un. Mais dans mes actions, j'ai surtout pour but de vous plaire, parce que par-dessus tout je vous aime !
Cet amour peut avoir des nuances et des degrés à l'inlini. Ceux qui s'en font une loi et qui la suivent sont certainement dans la vie parfaite.
Étudions maintenant cette vie parfaite auprès de notre zélé Docteur.
D'abord, avec un saint acharnement, il s'obstine à répéter au chrétien qui veut devenir parfait, qu'être parfait cest aimer Dieu; c'est l'aimer assez pour que l'amour divin soit réellement le mobile principal de la vie.
Voici comment il s'exprime sur ce sujet : « Toute la sainteté, toute la perfection de notre âme consiste à aimer Dieu, notre souverain bien, et Jésus-Chrit notre Sauveur. Les uns placent la perfection dans l'austérité de la vie, d'autres dans la piété;, ceux-ci dans la fréquentation des sacrements, ceux-là dans les aumônes. Mais ils se trompent : notre perfection consiste à aimer Dieu de tout notre cœur ^ . »
1. Pratique de V amour envers Jésus-Christ. Introdiict. % iv.
Basé sur ce principe, il organise son plan, lequel, on le conçoit, revient dans toutes ses parties à ce que l'on pourrait appeler le règne de la divine charité.
Ces diverses parties de la vie parfaite, notre très sage Docteur se garde bien de les disposer dans un ordre qui diffère de l'ordre établi pour la simple vie chrétienne.
Une telle disposition serait un désastre. Si, par exemple, il disait : Dans la vie de simple j uste, tu as besoin de la crainte de Dieu; mais dans la vie parfaite, il t'est nécessaire de ne plus craindre ! qu'arriverait-il? Les parfaits courraient risque de n'être plus chrétiens, et les chrétiens n'arriveraient à la perfection qu'en changeant de route.
Non, nous dit saint Alphonse, la maison spirituelle est un édifice à deux étages; le second est disposé comme le premier, seulement il est plus élevé.
La fidélité à la vocation; dans cette vocation, la fuite du mal et la pratique du bien; pour éviter le mal et faire le bien, la nécessité de fuir les occasions dangereuses et de se fortifier par l'union avec les hommes de bonne volonté ; pour soutenir ce multiple travail, l'indispensable recours à la prière et aux sacrements; pour prier et recevoir les sacrements aussi bien qu'il le faut, l'emploi de l'oraison mentale ou de son équivalent qui est la réflexion chrétienne; pour ne pas s'arrêter en chemin, le continuel souci de la persévérance ; pour persévérer, le culte fidèle de la sainte Vierge : voilà le plan dans ses grandes lignes.
Étudions ensemble ce second degré , de la même manière que le premier.
Fidélité à la vocation. Notre Saint affirme et soutient que, pour certaines âmes, il y a vocation à la vie parfaite, comme pour toutes il y a vocation au salut. A celles-là il dit : Prenez-y garde, si vous voulez vous sauver en restant dans la vie commune, votre salut est incertain. Noblesse? oblige I Vous êtes appelées et admises, non pas au simple service de Dieu, mais à son amitié. Ne vous obstinez pas à n'être que serviteur ou servante; aspirez à l'amour des fils
OU des flUes du Seigneur, sinon il y a danger pour vous.
Dans la vocation^ fuite du mal. Selon les lois de la crainte on peut, jusqu'à un certain point, se contenter d'éviter le péché proprement dit. Dans la vie parfaite il faut aller plus loin, parce que l'amour l'exige : vous avez à combattre même les imperfections évitables, par exemple, une heure de temps médiocrement employée; comme d'autres ont à lutter contre la médisance et le reste.
Dans la vocation, pratique du bien. Le bien, dans la simple vie chrétienne, c'est l'obéissance à l'obligation stricte. Pour vous qui devez vous gouverner selon l'amour de Dieu, le bien c'est la recherche de ce qui est le plus agréable à ce Père bien-aimé; c'est la pratique des conseils évangéliques; c'est la délicatesse de la générosité.
Pour éviter le mal et faire le bien, nécessité de fuir les occasions dangereuses et de se fortifier par V union avec les hommes de bonne volonté. Ici encore, ô âme appelée à la perfection, autre est la loi du juste ordinaire, autre est la vôtre ! Votre fuite des occasions doit aller jusqu'à la solitude, peut-être même jusqu'au cloître; et, soit dans le cloître, soit dans le monde, vous devez, en fait de relations, éviter non seulement les nuisibles, mais encore les inutiles. L'amour de Dieu le veut ainsi.
Quant à Vunion, si vous n'allez pas jusqu'aux délicatesses de la charité fraternelle dans vos rapports avec les personnes ayant la même vocation que vous, craignez de n'être plus dans les voies de la sainteté.
Indispensable recours à la prière et aux sacrements. Tout chrétien doit prier, se confesser, communier, pour se conserver en grâce. Mais pour vous, qui devez vous conserver eii amitié, en union étroite avec Dieu, plus longues et plus fréquentes doivent être vos prières, plus fréquentes vos communions; et, dans ces devoirs de la piété chrétienne, plus hautes vos aspirations. D'autres demanderont seulement leur salut; faites de même, mais ajoutez-y la demande incessante du saint amour.
l'Jmploi de l'oraison menlalc. Sans Toraison ou son équivalent, il est difficile au chrétien de se sauver. Sans l'oraison, la vie parfaite est, non seulement difficile, mais impossible ; et votre oraison, ô vous qui devez tendre à la vie parfaite, doit être plus longue, plus fréquente, et surtout plus directement appliquée à l'amour de Dieu !
Persévérance. Que le chrétien songe surtout à persévérer dansTétat de grâce, très bien. Imitez-le, non sans y joindre la sainte prétention de persévérer dans la voie de l'amour, et demandez volontiers de mourir plutôt que de commettre un seul petit péché véniel absolument délibéré.
Dévotion à la sainte Vierge. Au chrétien la dévotion de simple serviteur, laquelle est déjà un immense trésor; mais à vous, à vous qui devez vivre sous le régime de l'amour, la dévotion filiale, généreuse, continuelle, ardente, apostolique.
Voilà saint Alphonse. Par ces étroites relations de ressemblance entre la vie chrétienne et la vie parfaite, il rend à rÉglise et aux âmes un immense service.
A son école^ on passe insensiblement du moins parfait au plus parfait, parce que Ton ne fait que changer de mesure sans changer de genre. Ce passage est môme tout naturel, car notre Saint n'a garde d'oublier, même pour le chrétien ordinaire, la sainte obligation d'aimer Dieu. Loin de là, il lui en parle et reparle souvent, mais moins qu'aux âmes parfaites.
A son école, les âmes encore imparfaites sont confiantes et portées au progrès; les parfaites restent modestes et saintement craintives.
A son école, la direction devient facile, parce que pour toutes les âmes les principes demeurent les mômes.
A son école, on évite le fléau du faux mysticisme, parce que les lois de la charité, telles qu'il les enseigne, sont essentiellement pratiques.
A son école enfin, les imparfaits eux-mêmes peuvent devenir petit à petit solidement vertueux. A ce sujet, nous
devons répéter ici une remarque déjà faite plus haut. C'est que notre saint Docteur, tout en enseignant que le propre (|es âmes parfaites est d'aimer Dieu, se garde d'exclure de cette sainte loi les âmes ordinaires. Il sait trop bien que le précepte de la charité a été donné pour tous les hommes; que les plus modestes commencements de l'amour divin ont déjà une grande valeur; qu'il est difficile d'être chrétien, même ordinaire, si l'on ne songe quelque peu à plaire à Dieu pour le plaisir de lui plaire. Connaissant les lois du cœur de l'homme, il introduit un peu de sainteté dans les âmes les moins avancées, comme il laisse dans les âmes plus élevées les salutaires obligations de la crainte.
Tel est l'esprit des saints. Demandons à la bonne Providence que ces grands et très sages maîtres de la vie spirituelle et chrétienne conservent, dans les écoles de la vertu, la place qui leur revient, c'est-à-dire la première.