CHAPITRE IV
Pour comprendre comment saint Alphonse a été docteur de la vie parfaite, disons d'abord quelques mots sur cette parole très employée et peu comprise : perfection chrétienne.
L'explication que nous voulons en fournir repose sur un principe bien souvent répété dans les Écritures, particulièrement dans le Nouveau Testament. Ce principe est que l'humanité, l'humanité chrétienne surtout, forme une immense famille qui a Dieu pour Père. De là ces premières paroles de la prière dictée par Jésus-Christ : Notre Pi're, qui êtes aux cieuxK
Cette famille surnaturelle a été dévastée par le péché plus encore que la famille naturelle. Celle-ci pourtant a été atteinte terriblement, puisque dans le premier foyer domestique, type de tous les autres, Caïn a tué Abel. Depuis lors, on voit trop souvent la discorde s'introduire là où devrait régner l'amour. Malgré cela, on peut dire qu'entre parents et enfants de la terre, c'est encore l'affection qui est la maîtresse-loi.
Il n'en est plus ainsi dans la famille de Dieu. Les enfants y sont dénaturés : par instinct ils n'ont plus de cœur pour leur Père du ciel.
Cependant une partie de cette famille est à moitié guérie. Cette portion de l'humanité chrétienne se compose surtout des justes. Les pécheurs, qui gardent la foi et l'espérance, sont moins éloignés de Dieu par le cœur que par les œuvres.
Les justes se divisent en deux catégories. Dans la première se trouvent ceux qui agissent simplement en serviteurs, et c'est déjà beaucoup. Les serviteurs fidèles ont pour leurs maîtres un certain attachement; toutefois ils négli-