‹ La vie vraiment chretienneChapitre 130 sur 309 · LES MEMBRES DE JÉSUS-CIIRIST · texte numérisé non relu

LES MEMBRES DE JÉSUS-CIIRIST

Aussi, l'apôtre saint Paul, après avoir affirmé que nous formons avec Jésus-Christ un seul corps, le prouve-t-il en ajoutant ces mots : En effet, nous avons tous été baptisés dans le même esprit, qui est l'esprit de Jésus-Christ , pour n'être tous ensemble qu'un même corps avec lui ^ .

Et que Ton ne pense pas que, pour être plus mystique et plus surnaturelle, cette union de plusieurs hommes en un seul corps est moins étroite, moins réelle que l'union de plusieurs organes en un seul individu. C'est le contraire qui est vrai. La solidarité établie entre tous nos membres par l'unité de notre âme, est moins absolue que celle qui existe entre les différents membres de Jésus-Christ par l'unité de l'esprit de Dieu. Vous le comprendrez tout à l'heure, grâce à un exemple frappant.

Mais de cette doctrine aussi solide que peu comprise, nous avons promis de tirer une con<:lusion pratique. La voici :

Notre-Seigneur a dit un jour : Ce que vous ferez au moindre de mes frères, cest à moi-même que vous le ferez"^. Eh bien, cette parole est vraie, nonseulement dans le sens d'une sympathie affectueuse qui intéresserait Jésus-Christ à tout ce que ressentent les hommes ses frères, mais encore en vertu de ce que j'appellerai sa mystique union corporelle avec chacun de nous. Votre corps tout entier vous appartient tellement que si on blesse votre pied, c'est vous-même que l'on blesse, si un soufflet outrageant déshonore votre face, c'est vous-même que l'on déshonore; de même, nous appartenons tellement à Jésus-Christ, nous sommes tellement ses membres, nous sommes tellement, dans Tordre spirituel, formés de sa chair et de ses os, que, pour emprunter son divin langage, donner à manger à un pauvre, c'est nourrir Jésus-Christ; consoler un affligé, c'estconsoler Jésus- Christ; blesser le prochain, c'est blesser Jésus-Christ.

1. Ëtenim in uno Spirilu omnes nos in unum corpus baptizati sunius et omnes in iino S|iiritu polali sumus (I Cor. xii, 13).

2. Amen dico vobis, (juamdiu fecislis uni ex his fralribus mois minimis, mihi fecislis (Malth. xxv, 40).

Par où vous pouvez deviner, pieux fidèle, ce qu'est la charité qui fait du bien à Jésus-Christ dans ses membres; ce qu'est la haine qui hait Jésus-Christ dans ses membres; ce qu'est le scandale qui lue Jésus-Christ dans ses membres. 0 doctrine chrétienne, que tu es forte, que tu es éloquente, lorsque tu es comprise!

Nous avons promis un exemple; tenons parole. Un jour une sainte âme demanda à Jésus-Christ jusqu'à quel point il avait été sensible aux douleurs des hommes ses semblables. Voici la réponse du Sauveur telle que nous la trouvons rapportée dans la vie de cette bienheureuse, éditée par les graves BoUandistes ^

(( Sachez, ma fille, que les peines que j'ai portées dans mon cœur furent innombrables et infinies : il vous sera facile de le saisir, si vous faites attention que je suis le chef d'un corps dont tous les chrétiens sont les membres, membres qui sont innombrables, comme vous le voyez, et dont la plupart me furent, me sont et me seront arrachés par le péché mortel. Figurez-vous quel est le supplice d'un criminel à qui l'on arrache les membres par violence, et vous verrez quel fut mon martyre, à la pensée profondément sentie de tant d'âmes qui me sont arrachées pour toujours, et de tant d'autres qui se séparent de moi pour un temps, et me causent autant de déchirements qu'elles commettent de fautes mortelles. Or, il faut que vous le sachiez : la douleur causée par l'abscission d'un membre spirituel l'emporte d'autant sur celle d'un membre corporel, que l'âme est supérieure à la matière. Vous ne pouvez pas calculer, ni vous, ni personne, combien est grande cette supériorité; moi seul je sais apprécier la noblesse de l'âme et la bassesse du corps, parce que c'est moi qui ai fait l'une et l'autre. Vous ne sauriez donc comprendre, ni vous ni personne, l'atrocité et l'amertume de la peine dont je parle, peine pourtant si souvent renouve-

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