Poslulet in fide nihil hsesitans (Jac. i, G
dans la perfection, c'est-k-dire de ne pas aimer Dieu de tout notre cœur et assez ardemment. Eh bien, si un jour nous étions pris d'un sentiment de parfaite confiance, qui nous fît dire : Cet amour divin que je n'ai pas, je l'obtiendrai! Je le demanderai aussi longtemps qu'il le faudra et je sens que je suis sûr de l'obtenir, car je l'attends sans aucune hésitation! si, dis-je, un tel sentiment se formait dans notre cœur, la question de notre sainteté serait résolue; car c'est une vérité dont nous ne saurions trop nous convaincre, que Dieu ne refuse aucune grâce à la confiance parfaite. Notre-Seigneur s'est plu à nous l'enseigner cent fois dans l'Évangile. Avant d'accorder une grâce , de guérir un malade par exemple, il demandait presque toujours : Avezvous confiance^ ? Et nous savons par quels éloges il récompensa et exalta la foi admirable du Centurion et de la Ghananéenne. Mais hélas! nous ne l'avons pas, cette foi absolue; toujours nous doutons, nous hésitons, et voilà pourquoi nous nous traînons, languissants, dans la vie imparfaite.
Un des plus sages désirs que nous puissions concevoir, c'est donc celui de former au dedans de nous-mêmes une âme qui sache prier, c'est-à-dire une âme qui soit animée d'une confiance à toute épreuve. Si nous y parvenions, nous pourrions alors nous écrier avec le Sage : Avec elle tous les biens me sont venus; plus rien ne me manquera - .
Pour exciter et affermir cet esprit de sainte et imperturbable assurance dans la prière, il est très utile de se rappeler et de méditer souvent les motifs de confiance que nous donne la foi : la bonté inépuisable de Dieu pour les hommes, sa puissance, le grand désir qu'il a lui-même de nous voir vertueux et saints, tout ce que Jésus-Christ a fait et souffert pour nous mériter les grâces du ciel et assurer
1. Tu credis in Flliiim Del? (Joan. ix, 35). Credis hoc? (Joan. xi, 2G). Scnindum (idem veslrain fiat vobis (Matlh. ix, 29).
2. Omnia bona voïKM'imt inihi paritcr cuni illa (Sap. vu, 11).
vu: vnviMivNT (,iiiu;tiennk. 15
notre salut, enfin les promesses formelles et infaillibles par lesquelles Dieu s'est engagé, en mille endroits de FÉcriture, à exaucer toujours toutes nos prières, si nous les faisons bien.
Mais aussi, il ne faut pas l'oublier, le sentiment d'une ferme espérance est lui-même une grâce insigne; tellement qu'en récompensant la confiance d'un homme qui prie. Dieu couronne ses propres dons. C'est pourquoi, parmi nos habitudes de vie spirituelle, nous devons cultiver celle de demander souvent l'esprit de confiance. Le cri du pauvre aveugle de l'Évangile doit être aussi le nôtre ; Je crois. Seigneur, fai confiance, mais ma confiance n'est pas parfaite, daignez secourir mon incorrigible incrédulité^ et perfectionnez en moi la prière vraiment confiante, cette prière à laquelle votre cœur ne sait rien refuser!
Hélas! comme les oiseaux ont leur chant, le cœur de l'homme a ses cris, ses cris instinctifs qu'il répète sans cesse : J'ai si souvent prié sans être exaucé !
Le chant de l'oiseau n'est jamais menteur, il dit les louanges de Dieu. Les cris du cœur humain sont souvent mensongers, parce que l'homme, dans le concert divin, est un instrument dérangé.
fat si souvent pné sans être exaucé ! Cette plainte est un mensonge. De fait, chaque prière véritable obtient infailliblement une faveur du ciel : et si toutes les règles ont leurs exceptions, celle-là n'en a pas : Quiconque demande, obtient^; c'est la parole, c'est le serment de Jésus-Christ. Et cependant le cœur s'obstine à répéter son cri : J'ai si souvent prié sans être exaucé !
0 cœur ingrat et léger, sache donc que si tu n'obtiens pas ce que tu demandes, Dieu, sans que tu t'en doutes, te donne souvent quelque chose de meilleur! Il ne donne pas un scorpion à celui qui demande un œuf; mais il aime
1. Credo, Domine; adjuva increduUlatem meam (Marc, ix, 23) '2. Petite et accipietis (Joan.'xvi, 24)
à donner un œuf à celui qui demande un scorpion. L'enfant demande à sa mère un breuvage empoisonné; sa mère lui donne du lait et une caresse.
Vous suppliez Dieu de vous rendre la santé pour un peu de temps encore; il donne à votre prière une bonne mort et la vie pour toujours.
Si le bon larron avait demandé d'être acquitté et que Jésus-Christ le lui eût accordé, cette faveur n'aurait-elle pas pu devenir pour lui le plus grand des malheurs? Il obtint une condamnation à mort; mais cette mort le conduisit à la vie.
Laissons faire Dieu ; prions et croyons qu'il nous exauce, secrètement, mj^stérieusement peut-être, mais infailliblement.
Quelquefois d'ailleurs l'unique fruit de la prière est la grâce de prier encore et de prier mieux. Ce fruit, bien que modeste, est souvent de tous le plus exquis.
Vous demandez une vertu. Dieu vous l'accordera en temps voulu. En attendant, il accorde à votre prière la grâce de devenir un cri plus fort, plus puissant.
Jésus-Christ refuse à la Chananéenne la guérison de sa fille, mais, secrètement, il lui accorde la foi persévérante, et cette foi persévérante finit par arriver au but.
Et ainsi Jésus -Christ est toujours trouvé fidèle à ses oracles et à ses serments : En vérité, en vérité je vous le dis... Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez: frappez et Von vous ouvrira ^ .
Substituons donc au cri mensonger de notre cœur cette parole délicieuse : « Je suis sûr d'obtenir du ciel une faveur chaque fois que je prierai! » Quel bonheur! Mais quel bonheur ignoré !
1. Pelitc et dabitur vobis; quaerite, et invenietis; pulsate, et aperielur vobis rMalth. vu, 7).
256 LA VIE VRAIMENT Cil H ETIENNE.