CHAPITRE VI
La théologie dogmatique est celle qui enseigne aux prêtres, et par eux aux fidèles, les vérités qu'il faut croire et les erreurs qu'il faut éviter.
Les auteurs catholiques qui ont écrit sur le dogme ont tous enseigné ce que l'Église reconnaît comme vrai et certain. Si jamais un écrivain se permettait de penser autrement que l'Église sur une question qu'elle a définie, par le fait même il sortirait de la vérité catholique pour tomber dans l'hérésie.
• Donc, sous ce rapport, tous les Docteurs de l'Église sont absolument d'accord entre eux en matière de dogme. Vouloir donner à saint Alphonse, dans le domaine de la pure foi, une place à part, serait chose ridicule.
En dehors du domaine de la stricte foi, il y a toujours eu pour les écrivains catholiques un champ libre, où ils ont pu se livrer à leurs préférences sans blesser en rien l'unité de leur Mère la sainte Église.
Dans ce champ libre se trouvent d'une part les opinions en matières controversées, d'autre part les places respectives à donner aux vérités certaines, en raison de leur importance. Je suis libre par exemple, puisque l'Église n'a rien décidé sur cette question, d'opiner que Dieu prédestine les élus à la vie éternelle avant la prévision de leurs mérites, ou de pencher pour l'opinion contraire. Et, parmi les choses certaines, je puis librement attacher, pour mon compte, plus d'importance aux rapports de la grâce avec la prière qu'à ses relations avec la liberté.
Il est donc permis de se demander comment saint Alphonse s'est distingué entre les auteurs qui ont écrit sur le dogme.
Premièrement, il se distingue par sa conduite dans le
choix des opinions. Son principe a toujours été celui-ci : Bien que l'esprit soit libre de pencher d'un côté plus que d'un autre en matière d'opinions, le cœur cependant et la conscience ont leurs inspirations, qu'il est bon de consulter avant de se fixer.
Cette règle, il l'a suivie fidèlement dans tout le cours de ses ouvrages.
Nous en voyons une preuve frappante en son livre des Gloires de Marie. Un aLuienr célèbre prétendait rejeter l'opinion d'après laquelle les grâces du ciel, avant d'arriver jusqu'à l'homme, passent et doivent passer par les mains de la sainte Vierge; car le sentiment opposé, disait-il, a une valeur sérieuse.
Saint Alphonse lui répond^ : J'estime pour mon compte que, si de deux opinions concernant la Mère de Dieu, Tune, d'ailleurs fondée, est plus honorable que l'autre, la rejeter par la seule raison que la contraire a aussi son poids, ce serait montrer peu de respect et d'alTection pour cette divine Mère. Car si l'esprit a ses lois en cas d'incertitude, le cœur a aussi les siennes, et elles doivent primer.
Conformément à cette métlftde, le saint Docteur a toujours cherché, parmi les opinions libres, celles qui rendent la vertu plus aimable et le devoir plus sûr en même temps que plus facile.
Secondement, quant aux points de doctrine sur lesquels l'esprit humain est lié parce qu'ils sont du domaine de la foi, notre Saint a cependant son originalité en ce sens qu'il s'est choisi un certain nombre de vérités privilégiées pour les mettre plus parfaitement en lumière.
Ainsi, par exemple, bien que tous les auteurs aient dit sur la grâce tout ce que l'Église enseigne, il a, lui, insisté davantage sur deux points. Premièrement la grâce est, pour les choses faciles, habituellement moins forte, quoique suffisante; de la sorte, l'homme est souvent à même