‹ La vie vraiment chretienneChapitre 18 sur 309 · Et veibum caro facluin est (.loan. i · texte numérisé non relu

Et veibum caro facluin est (.loan. i

jetez-le loin de vous... Si votre main droite vous scandalise^ coupez-la et jetez-la loin de vous ', il nous impose, sous cette forme énergique, l'obligation de briser avec toutes les occasions du péché, autant qu'avec le péché lui-même. Le rôle de la théologie morale est de nous faire savoir et comprendre tout ce que renferme ce divin précepte.

Sur le dogme, les discussions entre savants sont moins étendues parce que les vérités de foi, quant à leur substance, ne permettent pas le moindre écart. En morale, l'explication de la loi de Dieu donne lieu à plus de divergences, parce que les hommes sont très portés à discuter sur ce qu'ils ont à faire.

Entre ceux qui ont écrit sur la morale chrétienne et que l'Église a canonisés à cause de leurs suréminenles vertus, l'accord est parfait. Vous n'en trouverez pas un qui au fond soit plus sévère ou plus indulgent que les autres. Tous donnent la loi de Dieu telle qu'elle est, avec sa divine douceur et ses saintes rigueurs. La raison de cette unanimité est que tous les saints, qui ont parlé des obligations du chrétien, l'ont fait sous l'empire et par l'inspiration de la charité, laquelle, ne voulant que la gloire de Dieu et le salut des âmes, se tient toujours dans le vrai milieu entre la morale trop large et celle qui est trop sévère.

A côté des saints, il est d'autres auteurs qui, en écrivant sur la morale chrétienne, n'ont pas eu au même degré ce flair de la charité.

De là, parmi eux, et malgré tout leur mérite, deux tendances opposées.

Les uns, plus portés à la sévérité, ont parfois outré la loi du Seigneur. Ils ont exigé réellement du simple chrétien ce qui n'est imposé qu'aux âmes parfaites ; et de cellesci une perfection peu proportionnée aux forces individuelles. A ces écrivains trop exigeants Notre-Seigneur répète

1. Quod si oculus luus dexter scandalizat te, erne eum, et projice abs le... Et si dextra manus tua scandalizat te, abscide eain, et projke abs le (Matlh. v, 29, 30).

ce qu'il dit un jour à deux de ses disciples très rigides : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes K

D'autres, plus enclins à l'indulgence, proposent aux àmcs une morale trop large et aussi meurtrière que la sévérité excessive. Ainsi, sous prétexte que tel plaisir mondain, quoique dangereux, n'est pas un mal en soi, ils le permettront inconsidérément. C'est à ces moralistes conciliants que le prophète adresseda menace : Malheur à ceux qui préparent des tapis pour reposer tous les bras, et qui font des oreillers pour appuyer toutes les tétes^ !

Quand saint Alphonse parut, le peuple chrétien était, plus qu'en d'autres temps, soumis à ces deux influences contraires et toutes deux exagérées.

D'une part, le cruel jansénisme avait déteint sur l'esprit de beaucoup de théologiens; et ceux-ci enseignaient un Évangile outré, où l'on ne reconnaissait plus la douceur de Jésus-Christ. Ils prétendaient, hélas! hélas! que la communion ne devait se donner qu'aux âmes de santé parfaite et non pas aux faibles.

D'autre part, par esprit de réaction contre cet esprit janséniste, on faisait aux consciences des concessions dangereuses ; on leur donnait des facilités nuisibles, désavouées par l'Evangile.

Le dessein et la vocation d'Alphonse furent de combattre également ces deux mauvais esprits.

Il s'en explique lui-même dans la dédicace qu'il fit de ses livres au souverain Pontife Benoît XIV. « Ayant, dit-il, « pendant plusieurs années, lu et relu les auteurs portés « les uns à l'indulgence, les autres à la sévérité, j'ai cons- « taté que les premiers poussent trop loin cette indulgence, (( que les autres sont austères plus qu'il ne faut. C'est pour- « quoi j'ai cru faire une chose utile, en composant un livre

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