‹ La vie vraiment chretienneChapitre 209 sur 309 · LA COMMUNION · texte numérisé non relu

LA COMMUNION

Quand on considère Teffroyable multitude de misères et de désordres qui se sont donné rendez-vous sur la terre, on est porté à s'écrier : Quelle peut donc être la cause, la cause principale de cette immense calamité?

En toute chose, Thomme cherche à remonter aux causes; mais, quand les effets sont nuisibles et mauvais, sa curiosité redouble, parce qu'alors à l'envie de savoir se joint le désir d'être délivré du mal. Une maladie contagieuse et mortelle, un choléra furieux envahit-il une contrée; aussitôt médecins et savants de chercher d'où a pu venir le fléau destructeur. Le phylloxéra fait-il son apparition dans un riant vignoble; tous à l'instant, depuis le savant naturaliste jusqu'à l'humble vigneron, s'empressent d'interroger la nature, pour trouver dans ses secrets et l'origine du mal et le remède à lui opposer.

11 est donc naturel que le chrétien sérieux, voyant qu'autour de lui mille pestes diverses ravagent et tuent les âmes. se demande où est la racine, où est le germe de celte mor! incessante.

A cette question bien des réponses peuvent être faites. Im voici une que l'homme de foi est capable de comprendre : Le desordre règne ici-bas, parce que les hommes se tromjoeni de vie.

Les hommes se trompent de vie! Quel peut être le sens de cette parole étrange? Pour se tromper de route, il faut au moins pouvoir choisir entre deux chemins. Mais y a-t-il donc deux vies, pour (jue l'on puisse errer et prendre l'une au lieu de l'autre?

Oui, il y a deux vies, comme il y a deux morts.

La première vie est la vie naturelle qui se termine par lu mort du corps.

La seconde vie est la vie surnaturelle, la vie chrétienne, à laquelle est opposée la seconde mort, la mort de l'âme.

La vie naturelle, c'est la santé, c'est le sang, c'est l'activité, c'est le succès, c'est l'accumulation de tout ce qui fait jouir : de la richesse, de l'honneur, du plaisir. Cette vie de la terre a pour ennemie la mort, la mort naturelle; c'est-àdire la langueur, la souffrance, la pauvreté, l'isolement, la privation, et, à la fin, l'horrible déchirement de l'âme et du corps qui se séparent en gémissant.

Tout autre est la vie chrétienne. Dans cette vie surnaturelle je trouve la foi qui pense à Dieu, l'espérance qui regarde le ciel, le détachement qui méprise la terre, la crainte qui plonge son regard dans l'enfer, la charité qui embrasse Dieu et le prochain, la patience qui supporte les hommes, la prière qui attend tout du ciel, et la persévérance qui mène jusqu'au terme.

Mais en face de cette vie, je vois la mort de l'âme. C'est une mort cachée, qui permet au Saint-Esprit de parler ainsi au pécheur: Vous paraissez vivant et vous êtes mortK Cette seconde mort, c'est le péché, c'est le froid égoïsme au lieu de la charité, c'est l'étouffement de l'espérance, c'est l'extinction de la foi, c'est l'absence de Dieu, c'est le remords, c'est la corruption, j'allais dire la putréfaction de l'âme, et enfin, si Dieu n'opère pas une résurrection, c'est l'engloutissement dans les enfers.

Or, nous l'avons vu plus haut, entre ces deux vies et ces deux morts, l'homme se trompe, et, par une triste conséquence, place mal ses préférences.

La vie temporelle devient tout pour lui; la mort du corps est à ses yeux le malheur des malheurs. La vie spirituelle au contraire lui paraît être un rêve, une chimère; et la mort de sa pauvre âme ne le préoccupe pas plus que celle d'un ver de terre écrasé sous le pied.

De là, de cette erreur pratique, comme d'une source

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