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L'ORAISON

CHAPITRl:: I

LE RÔLE DE l'ORAISON MENTALE.

Commençons par le déclarer : ce qu'on va lire n'est écrit dans aucun livre, et se retrouve cependant dans tous ceux où il est traité de l'oraison. Cette singularité se voit assez souvent. Chaque fois que quelqu'un entreprend d'expliquer sous une forme inusitée ce que cent autres ont pensé avant lui, il lui arrive de dire tout à la fois du nouveau et de l'ancien; ce sera notre cas. J'avais besoin de vous en avertir, âme chrétienne, pour que vous ne pensiez pas que j'invente. Inventer, en matière d'oraison, serait une témérité, presque une impiété.

Autre remarque. Nous ne prétendons pas composer une méthode d'oraison. On entend par méthode en cette affaire un certain agencement, une sorte de rite à suivre dans les différentes opérations qui constituent l'oraison. La méthode, est ici ce que sont les rubriques pour la messe. Il y a différentes manières de célébrer le saint sacrifice. Autre est celle du prêtre latin, autre celle du prêtre grec, autre celle de l'arménien; mais, sous la variété de ces modes, le sacrifice au fond reste le même. Ainsi en est-il de l'oraison

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Nous avons, quant à la manière de la faire, la méthode de saint Ignace, celle de saint François de Sales, celle de saint Alphonse, celle de Louis de Grenade, celle de M. Olier et de plusieurs autres.

Mais, sous ces différences de forme, Tessence de l'oraison ne varie pas. Or, c'est uniquement de ces éléments essentiels que nous voulons nous entretenir.

Encore devons-nous ajouter que nous n'entendons parler ici que de l'oraison ordinaire, telle que tout chrétien peut la faire^ laissant à d'autres le soin d'expliquer les oraisons plus sublimes et réservées aux âmes d'élite.

Un mot renferme tout ce que nous voulons enseigner sur le rôle de l'oraison dans la vie vraiment chrétienne : l'oraison mentale est le réveil des trois vertus théologales.

Expliquons cette parole :

Les chrétiens, s'ils n'y prennent garde, ont de la foi, de l'espérance et de la charité, comme les gens qui dorment ont de l'esprit et des sens. Examinez un homme endormi : vous ne pouvez pas dire que cet homme est aveugle, et cependant il ne voit pas. Il n'est pas sourd, mais il n'entend pas; il n'est pas muet, mais il ne parle pas. Il a de l'esprit, mais il n'a pas de pensées, tout au plus a-t-il des rêves. Sa volonté est comme si elle n'était pas, et ne produit aucun vouloir. Pour tout exprimer en une seule parole : il a une âme sans en avoir, puisqu'il ne s'en sert pas. C'est ce qui fait croire que le sommeil est une image ou un diminutif de la mort. Aussi l'homme qui dormirait toujours passerait-il sa vie sans vivre, car il n'agirait jamais.

Cette vie semblable à une mort, nous ne la rencontrons pas dans l'ordre naturel : il n'y a pas d'hommes qui dorment sans se réveiller jamais.

Dans l'ordre surnaturel il en est tout autrement. L'apôtre saint Paul rafllrme : Beaucoup de dm' liens dorment ' et ne se réveillent guère. Les insensés, s'écrie le Psalmisle,

1. Inler vos mulli infirmi... et dormiunt inulli 1 Cor. \i, 30).

VIE VnAIMKlVT CIIRKTIKNNE. 23

Us ont dormi de leur sommeil profond ^ ! Tes fils, ô Jérusa- Jem, reprend Isaïe, dorment à Ventrée de tous les chemins'^! C'est ce que Notre-Seigneur lui-même a voulu nous faire entendre lorsque, comparant nos âmes à des vierges dont les unes sont sages et les autres folles, il déclare que cellesci ont sommeillé et quelles ont fini par dormir profondément^.

De fait, étudions la vie de la plupart des chrétiens; nous y constaterons ce sommeil des fg^cultés surnaturelles, c'està-dire des vertus théologales. Ils ont la foi sans doute ; et ils ne voudraient nier ni l'existence de Dieu, ni la divinité de Jésus-Christ, ni la réalité dune vie future. Leur âme possède l'œil surnaturel qui voit ou qui au moins peut voir les objets divins. Cet œil, l'ouvrent-ils pour regarder? En d'autres termes, pensent-ils aux mj^stères de leur religion? Hélast non. L'œil qu'ils ont reçu reste fermé; c'est le sommeil de leur foi. En eux s'est réalisée cette menace du Seigneur : Que leurs yeux s' obscurcissent afin qu'ils ne voient pas ^. Je me trompe ; ces âmes voient, et elles ont des pensées, mais lesquelles? Des pensées frivoles et semblables à des rêves. Elles songent, mais à quoi songent-elles? A l'or, à l'argent, à l'honneur, au plaisir, au terrestre en un mot. Endormies qu'elles sont y dit le prophète, elles ne voient que des choses vaines; et elles aiment leurs rêves ^.

Voilà le sommeil de leur foi. Voici celui de leur espérance. Réveillez un instant ces chrétiens assoupis, et demandez-leur s'ils ont peur de l'enfer, et s'ils désirent le ciel. Assurément, vous répondront-ils. Un moment après, qu'une tentation séduisante vienne les assaillir, les voilà qui succombent sans plus s'inquiéter de l'enfer et du ciel

1. Turbati sunt omnes insipientes corde; dormierunt somnam suiim

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