‹ La vie vraiment chretienneChapitre 230 sur 309 · Obscurenlur oculi eorum, ne videant (Ps. lxviii · texte numérisé non relu

Obscurenlur oculi eorum, ne videant (Ps. lxviii

5. Videnles vana, dormientes,'et amantes somnia (Is. lvi, 10}.

LE RÔLE DE l'oKAISON MENTALE. 399

que si ces grandes choses n'étaient que de grands mots. Leur cœur est vain aussi bien que leur esprit; et, craignant sans craindre, ils espèrent sans espérer. Pourquoi? Encore une fois, ils dorment. Or, le soldat qui dort n'a plus ni l'instinct du péril, ni le désir de la victoire.

Quant à leur charitéj si le péché mortel ne l'a pas fait mourir, c'est elle qui est assoupie, bien plus que ses deux divines compagnes. En effet, môme parmi les justes, où se trouve le chrétien qui possède le sentiment de l'amour de Dieu assez vivace pour pouvoir dire : Mon cœur veille et Taftection que j'ai pour Dieu ne dort pas; car je sens que c'est elle qui me fait vivre et agir? Hélas! ils sont bien rares les hommes de cette trempe; et, à côté des âmes qui sont mortes, innombrables sont celles dont la charité remue à peine, tant le sommeil l'a engourdie.

C'est pour ces motifs que le Saint-Esprit exhorte si puissamment les hommes à se réveiller : Lève-toi^ s'écrie l'apôtre saint Paul, lève-toi, ô chrétien endormi ^ ! Car V heure e.st venue, mes frères, de nous réveiller de notre sommeil-.

Ce réveil de l'âme, l'oraison, et elle seule, peut l'opérer. Qu'est-ce en effet que l'oraison mentale? Pas autre chose que ïapplication des facultés de l'âme aux choses de Dieu et du salut. Chaque fois, par exemple, qu'un homme, pour s'exciter au bien, applique son esprit au souvenir de l'éternité et décide son cœur à fuir le péché pour éviter l'enfer, cet homme fait oraison. Aussitôt et par le fait même, la foi se réveille en lui puisqu'il pense; et, avec le retour de la pensée, renaissent plus ou moins l'espérance, la crainte sa compagne, et un commencement d'amour de Dieu. Seigneur, s'écrie cet homme comme sortant du sommeil, il y a donc une éternité, et je n'y pensais pas ! Malheur à moi si je pèche au lieu de vous aimer!

Qu'un chrétien, au contraire, n'applique jamais à Dieu ni

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