Quia hora est jam nos de somno surgere (^Roiu. xiii. H
sa mémoire, ni son esprit, ni son cœur, Toraison dès lors est absente de sa vie. Dès lors aussi engourdissement et assoupissement de la foi; oubli des fins dernières ; absorption de la pensée par les choses terrestres; par suite, plus d'activité ni dans l'espérance, ni dans la crainte, ni dans la charité. Comment en effet, pourrait-on désirer le ciel, aimer Dieu et craindre ses jugements, quand on ne pense plus même à lui, ni à sa sainte parole?
Vous le comprenez donc, âme chrétienne, l'oraison est un réveil; et la vie sans oraison est un sommeil.
Que conclure de là? Conclure avec les saints que l'oraison est la vie, et que son absence est la mort. Voilà pourquoi les hommes de Dieu n'ont pas hésité à affirmer les deux vérités également incontestables que voici. Premièrement, la pratique fidèle de l'oraison mentale est un gage de salut; car il est moralement impossible que l'homme qui se rappelle fréquemment son Dieu et son éternité vive dans le péché. Secondement, l'absence totale de l'oraison est un gage de damnation; car il est moralement impossible qu'une âme qui oubhe complètement l'existence d'un Dieu et d'une vie future, se maintienne en état de grâce.
Pour ces graves raisons, la Providence toujours si soucieuse de nos intérêts éternels, et l'Église, notre vigilante mère, emploient mille moyens pour forcer les chrétiens à faire bon gré mal gré quelque peu d'oraison. Tantôt c'est une mort qui vient rappeler aux vivants qu'il faut mourir; tantôt c'est la voix d'un prédicateur qui ramène l'esprit à Dieu ; tantôt c'est la lecture d'un bon livre qui rallume dans le cœur le sentiment chrétien; tantôt c'est un événement insolite et éloquent qui redit aux hommes une vérité trop oubliée. Enfin, d'une manière ou d'une autre. Dieu et son Église prêchent toujours, pour que toujours le chrétien puisse penser et se sauver.
Avouons-le : trop souvent cette oraison de circonstance est fort insuffisante; ce serait donc une folie de s'obstiner à ne vouloir que celle-là. A lame comme au corps il faut
l'oraison est une conversation. 401
pour l'ordinaire des repas plus réguliers. Tous les jours le corps mange son pain à heure fixe; tous les jours l'âme doit manger le sien. Or, le pain de l'âme c'est la vérité. Qu'elle se retire donc à des moments déterminés, et qu'elle mange; c'est-à-dire qu'elle réfléchisse et qu'elle fasse oraison î
Hélas! ce repas régulier de l'âme est chose bien négligée; et la plupart des hommes peuvent et doivent avouer avec le Psalmiste : Tai oublié de manger mon pain ^ .
Une des principales raisons de cet oubli, c'est l'ignorance et l'inhabileté, des hommes dans l'art de l'oraison mentale. Nous ressemblons aux petits enfants qui ne savent rien faire seuls, pas môme manger.
Afin qu'il n'en soit plus ainsi, au moins pour vous, cher lecteur, nous nous efforcerons de montrer que l'oraison ne demande ni génie ni science; et que toute âme de bonne volonté peut, en dépit de sa simplicité, ou plutôt à cause de cette simplicité même, se livrer utilement et facilement à ce saint exercice.