‹ La vie vraiment chretienneChapitre 233 sur 309 · Oblilus sum comedere panem ineuin (Ps. ci · texte numérisé non relu

Oblilus sum comedere panem ineuin (Ps. ci

part à ses opérations scientifiques ; seul encore parce qu'il n'y a là personne qui puisse le distraire. Loin de chercher la société, pour mieux creuser le problème il veut la solitude. Rien que lui-même, lui seul avec ses livres, et voilà tout.

Or, le démon furieux contre toute bonne action, et l'esprit humain qui prend tout de travers n'ont que trop réussi à transformer l'oraison mentale en effort de mathématicien.

On va, dit-on, se livrer à l'oraison. Que fait-on? On se retire en un lieu solitaire; on prend un livre comme le savant prend le sien; on y lit quelques phrases, puis on s'arrête pour réfléchir, comme s'arrête le philosophe pour mieux comprendre. On a lu, par exemple, que le péché est l'oflense de Dieu, et afin de saisir cette vérité, on cherche comment les perfections divines sont blessées par le pécheur; cela fini, on revient au livre; après une nouvelle lecture on essaie de nouvelles réflexions; ainsi le temps se passe; quand il est passé on ferme le livre et l'on se dit : J'ai terminé mon oraison.

Vous ne l'avez pas même commencée, car l'oraison n'est pas cela, pas du tout cela. Entre cette occupation solitaire d'un homme qui se borne à réfléchir et la véritable oraison mentale, il y a tout un abîme.

Cette manière de réduire l'oraison à un travail tout personnel et purement intellectuel est un véritable malheur. Car, ainsi entendu, ce pieux exercice devient sec, pénible, difficile,, stérile; et immanquablement il est tôt ou tard abandonné.

L'oraison, répétons-le, n'est donc pas une opération solitaire de l'esprit.

Cest une conversation. Ouvrez tous les livres des saints qui ont traité ce sujet. Je dis des saints; car entre eux et les auteurs ordinaires il y a, quant à la manière d'expliquer les choses de Dieu, une différence immense. Consultez donc les saints : saint Ignace, saint François de Sales,

Page 1