Mulli dicunl : Quis ostendit nobis bona ? (Ps. iv, d
4. Anima noslra jam nanseat super isto cibo levissiino (Num. xxi, 5).
nous ne voulons pas connaître les voies. Qu'est-ce que le Tout-Puissant pour' que nous le servions^"!
Parmi ceux qui repoussent ainsi leur Dieu, il en est qui, conséquents avec leur cœur, vont jusqu'à nier de bouche celui dont ils voudraient la non-existence. On sait que l'autruche, quand le chasseur la poursuit, enfonce sa tête dans le sable, et qu'alors, ne voyant personne, elle s'imagine qu'effeclivement personne n'est là. C'est le jeu de nos prétendus athées : ils se plongent dans les choses humaines, et de ce fond bourbeux ils poussent ce cri : Dieu n'est pas! Il n'y a pas de Dieu! C'est de ces aveugles volontaires que le S^int-Esprit a ainsi parlé : Ils ont nié Dieu, ils ont dit : Ce nest pas lui-.
Mais ces différents genres d'athéisme : dégoût de Dieu, répulsion pour Dieu, négation de Dieu ne sont pas notre fait. Nous sommes trop religieux pour renier ainsi notre Père.
Et cependant nous aussi, à notre manière, nous sommes athées.
Nous avons le secret de vivre dans l'absence de Dieu. Tous les livres de piété parlent de sa présence. Oui, Dieu est présent partout, et en quelque lieu de la terre que je sois relégué, je puis le trouver, pour lui parler et me consoler avec lui. Hélas! je le possède comme ne le possédant pas: car mon pauvre esprit ne peut se faire à l'idée de cet Être souverain, vivant près de moi, autour de moi, en moi. Jacob s'écria un jour : Vraiment Dieu est en ce lieu, et je ne le savais pas'^. Je puis renchérir sur cette parole et dire : Vraiment Dieu est présent partout; je semble l'ignorer et je vis comme s'il était partout absent.
Quand ce n'est pas l'absence complète, c'est Voubli intermittent de Dieu. Comme des enfants monstrueux qui au-
1. Qui ùixerunl Deo : Reccde a nobis, et scienliam viaruin tuaruin noluinus. Quis est Omnipolens ul serviainus ei? (Job, xxi, 14^ 15).
2. Negaverunl Dominum, et dixeiiint : Non est ipse (Jer. v, 12).
3. Vere Dominas est in loco islo, et ego nesciebam (Gcn. xxviii, 16).
fol'rqloi i'aklek dk dieu? 41
raient à faire des cfforls surhumains pour se rappeler qu'ils ont un père et une mère, nous ne parvenons pas à nous souvenir habituellement de Dieu. C'est à nous que le Seigneur fait ce reproche par le prophète Isaïe : Tu ne Ces pas souvenu de moi, et lu n'as pas réfléchi dans ton cœur ^ ; et par le prophète Jérémic : Tu ni as oublié, et tu t'es confié au mensonge'-^. Notre légèreté est incurable.
Même en pensant à Dieu, est-ce que nous ne tombons pas dans ce que nous pourrions appeler la méconnaissance de Dieu? Semblables à des enfants qui, sans confiance en leurs parents, s'écrieraient à chaque instant, dans leur sollicitude ingrate : Mais qui nous donnera le pain de chaque jour? Qui nous soulagera dans nos maux? Qui viendra nous secourir au moment du danger? Nous vivons et nous raisonnons comme s'il n'y avait pas au ciel un Dieu qui voit tout^ qui pense à tout et qui gouverne tout. Nous sommes comme Nabuchodonosor qui s'écriait : Oii est le Dieu qui viendra vous secourir •'' ?
Vivre éloigné de Dieu, oublier Dieu, méconnaître Dieu : telle est donc notre triple misère. Il en est une quatrième : c'est l'ignorance de Dieu.
Nous ne le connaissons pas. Nous ne savons pas combien il est grand, combien il est beau, combien il est bon, combien il est saint, combien il est miséricordieux, combien il est juste, combien il est indulgent, combien il est miséricordieusement sévère, combien il est généreux, combien il est fort, combien il est attentif à ses enfants, combien il est père. Et notre aveuglement sur Dieu nous aveugle sur tout le reste. Tandis qu'au contraire si nous avions le bonheur de connaître plus à fond l'Être adorable qui est notre principe et notre fin, nous entrerions dans la sagesse, selon cette parole de nos saints Livres : Vou^^ùn naître, ô mon
1. Mci non es rccordala, neqiie cogislasti in corde luo (Is. i.vii, 11).
2. Oblila es inei, et. conlisa es in mendacio (Jer. xiii, 2."»).
3. El (luis est Deiis qui cripicl vos do manu mca (Uan. m, 151.
42 LA VIE VRAIMENT CHRÉTfENNE.
Dieu, cest la parfaite justice; et comprendre votre équité et votre force, c'est la source de r immortalité'^ !
Ainsi donc, répétons-le, personne n'est athée ni insensible à la pensée cle Dieu ; cependant, môme les hommes qui croient en Dieu n ont pas avec Dieu les relations nécessaires : les uns l'ont en dégoût, ou le repoussent, ou le nient; les autres, ceux même qui se disent ses serviteurs, vivent privés de sa sainte présence, ou le condamnent à un fréquent oubli, ou méconnaissent sa Providence, ou ignorent trop ses divines perfections.
Pour guérir notre athéisme et consolider la base de la vie vraiment chrétienne, il nous a paru salutaire de faire quelques considérations sur ce mot sacré : Dieu. N'est-il pas le principe et la fin de tout ^2
Avant de commencer, demandons à Dieu lui-même de bénir ce que nous allons exprimer à sa gloire. Ce grand Dieu nous déclare par la bouche de son Fils : Sans moi vous ne pouvez rien faire ^. De son côté le Prophète -Roi s'écrie : Que Bien nous bénisse, lui qui est notre Dieu! Oui, que Dieu nous bénisse '• / Ces textes nous avertissent que ce qui est dit pour Dieu ne produit pas de fruit sans Dieu.