‹ La vie vraiment chretienneChapitre 242 sur 309 · Noslra autein convcrsatio in cœlis est (Phil. m · texte numérisé non relu

Noslra autein convcrsatio in cœlis est (Phil. m

-il4 LA VIE VRAIMENT CHRÉTIENNE.

pas celui d'autrui. On sïmagine, et c'est encore là une de ces illusions qui dénaturent l'oraison, on s'imagine qu'un seul langage est possible avec Dieu : celui de la sublimité ou au moins de la supériorité d'âme. Erreur! erreur! Dieu est Père, vraiment Père : Personne, certifie Tertullien, n'est aussi parfaitement père que lui ^ . Or, quand des enfants parlent à leur père, chacun d'eux lui tient le langage du cœur. Si l'un est malade, il dit qu'il est malade; si un autre est triste, il révèle sa tristesse; si un troisième a quelque sujet de joie, il le raconte naïvement. En un mot, tous parlent selon leur âme et à cœur ouvert.

Ainsi en est-il de l'oraison. Pour qu'elle soit tout à fait sincère, il faut que l'on y dise à Dieu ce que l'on a à lui dire : rien de plus, rien de moins. Ne vous déguisez pas pour paraître devant lui; soyez franchement ce que vous êtes. Aussi bien, il voit tout; vous ne parviendrez pas à vous cacher. Voyant tout, il a pour tout et pour tous des trésors d'indulgence et de bonté.

La vraie oraison parle donc à Dieu de nos propres affaires, des affaires secrètes et toutes personnelles que personne, parmi les hommes, ne sait ni ne saura; et c'est en cela surtout que consiste son intimité.

11 est arrivé à votre âme un malheur; elle a péché. N'allez pas, si vous faites oraison, parler à Dieu de la fidélité et de la vertu; ce n'est pas le cas. Parlez-lui du péché, du vôtre, de celui du jour présent. Commencez par lui dire que vous l'avez commis. Il le sait; mais il veut que vous l'avouiez. Ajoutez que vous désirez joindre à cet aveu le repentir, mais que votre cœur est dur. Demandez-lui des larmes pour l'amollir. Ces larmes offrez-les-lui, et suppliezle de vous conduire, repentant et sincère, aux pieds d'un confesseur. Pécheur, voilà votre oraison personnelle. Est il rien de plus doux?

1. Quis ille nobis intelligendus pater?Deus scilicet. Tam paternerno. tarn filius nemo (De Pœnitentia, c. ix).

l'intimité de l'oraison. 415

lilt vous, juste! Juste, vous êtes encore pécheur, car vous avez encore à avouer bien des faiblesses; avouez-les. Après l'avoir fait, parlez de vos nécessités secrètes, de vos tentations, de vos chagrins, de vos désirs. Demandez la grâce de persévérer dans la justice et de ne pas retourner dans la voie des pécheurs. Demandez d'aimer Dieu et d'accomplir sa volonté. En un mot, soyez vous; et qu'il n'y ait en votre âme aucune feinte, aucune gêne. Ayez la liberté des enfants de Dieu.

Si vous êtes dans la douleur, racontez vos peines ; si vous avez un désir, exposez -le; si quelque danger vous menace, criez au secours; si quelque personne aimée vous afflige par sa mauvaise conduite, dites-le et plaignez-vous-en. Parlez de vos enfants, de vos amis, de vos ennemis, de vos craintes, de vos espérances, de tout ce qui vous intéresse ; en un mot, soyez inllme.

Est-il rien de plus aimable que l'oraison entendue de cette façon? Aussi quel tort font aux âmes ceux qui, étant chargés d'elles, ne leur révèlent pas ce doux secret, parce que trop souvent eux-mêmes l'ignorent!

Salomon, avant sa chute, l'avait connu et goûté. Écoutons comment il parle de cet aimable commerce avec Dieu et du bonheur d'une âme qui savoure l'intimité divine. Sa céleste interlocutrice est l'éternelle Sagesse, c'est-à-dire le Fils de Dieu et la Trinité sainte.

Je me suis proposé d'amener cette Sagesse éternelle à vivre avec moi, sachant quelle me fera part de ses biens, et qu'elle sera la consolation de ma pensée et démon ennui. Par e.llf je serai en lumière auprès de la multitude, et, quoique jeune^ en honneur auprès des vieillards. Je serai trouvé pénétrant dans les jugements ; je serai admirable devant les puissants; les visages des princes s'étonneront en ma présence, fis m'attendront quand je me tairai, et quand je parlerai, ils me regarderont; et quand je discourrai, ils mettront la main sur leur bouche. Cest encore par elle que j'obtiendrai Viwmorlalité, et que je laisserai une mémoire éternelle â ceux qui

doivent venir après moi. Je gouvernerai les peuples, et les nations me seront soumises. Les rois les plus redoutables craindront en m^entendant; je me montrerai bon pour le peuple et fort dans les combats. Quand j'entrerai dans ma maison je reposerai avec elle, car son entretien n'a pas d'amertume, et Vennui ne V accompagne pas, mais ^allégresse et la joie. Je me disais ces choses, et je me rappelais en mon cœur que V immortalité est alliée de la Sagesse; que dans son amour se trouve une joie pure; dans les œuvres de ses mains, la vertu sans tache; dans ses entretiens, la prudence; dans ses conseils, la gloire; aussi, j'allais partout la cherchant, afin de la possédera

Tel est le chrétien qui pratique Toraison et voit en elle un entretien cœur à cœur avec son Dieu.

Cet homme-là jouit d'un avantage immense, incomparable : il n'est pas seul. Vœ soli! Malheur à celui qui est seul! Hélas! nous le sommes tous plus ou moins. Oui, nous sommes des êtres solitaires, même et surtout au milieu de la foule. Car il ne faut pas s'imaginer que l'homme suffise à l'homme, que l'âme humaine n'ait autre chose à dire que les futilités ou les demi-vérités qu'on sème en société, et que la conversation avec nos compagnons de voyage soit

1. Proposuiergo haoc adducere mihi ad convivendum, sciens quoniam mecum communicabil de bonis, et erit allocutio cogitalionis et taedii mei. Habeopropter banc claritatem ad turbas, et honorem apud seniores juvenis; et acutus inveniar in judicio; et in conspeclu potentium admirabilis ero, et faciès principum mirabuntur me; lacentem me sustinebiint, et loquentem me respicienl, et sermocinanle me plura, manus oii suo imponent. Praelerea babebo per banc immortalitalem, et memoriam aeternatn his qui post me futuri sunt relinquam. Disponam populos, et nationes mihi erunt subditae. Timebunt me audienles reges horrendi. In multitudine videbor bonus, et in bello fortis. Intrans in domum meam, conquiescam cum illa : non enim babet amaritudinem conversatio iliius, nec taedium convictus illius, sed lœliliam et gaudium. Hœc cogilans apud me el commemorans in corde meo, quoniam immortalitas est in cogitationc sapientiec, et in amicitia illius delectatio bona, et in operibus manuum illius honestassinedefeclione, et in certamine loqnelac illius sapientia, et praeclarilas in communicatione sermonum ipsius, circuibam quœrcns, ut mihi illam assumerem (Sap. vu, 9- 19V

LA PRÉSENCE DES DIVINS INTERLOCUTEURS. A\l

l'unique conversation possible. Oh! certes non! nous sommes de Dieu, sortis de son éternité où nous vivions dans sa pensée, créés dans le temps mais devant un jour aller à ce Dieu éternel, origine et fin de toute créature humaine. 11 y a là tout un monde qui est le nôtre. Bon gré, mal gré, nous avons à parler aux êtres invisibles de cette société supérieure et à venir. L'oraison, quand elle est intime, nous met en communication avec les célestes habitants de cette future pairie. Sans cette conversation surnaturelle, l'homme n'a plus avec lui que des hommes. Dès lors, il est seul ou presque seul.

Suivez donc, âme chrétienne, le conseil de la Sagesse, et écoutez Jésus-Christ qui vous invite : Venez à moi, vous tous qui portez le fardeau du travail et de la vie^l Je vous ofi'ro mon amitié, mon amitié intime. Ne la refusez pas.

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