‹ La vie vraiment chretienneChapitre 247 sur 309 · S. Alph. Visites au S. Sacrement, inlrod., § I · texte numérisé non relu

S. Alph. Visites au S. Sacrement, inlrod., § I

LA PRÉSENCt: Di:3 DIVINS INTERLOCUTEURS. A2o

S'il en est ainsi de Jésus-Christ près de nous dans le tabernacle, que dire de Jésus-Christ en nous par la sainte communion? Notre-Seigneur, en quelque sorte jaloux de son Père et de l'avantage qu'il a d'être uni à nous dans le fond même de notre être, a voulu lui aussi s'identiûer avec notre âme. Il a donc, dans sa divine sagesse, trouvé le moyen de pousser jusqu'aux dernières limites la proximité de sa divine présence, et d'ajouter au plaisir d'être près de nous celui d'être en nous. Assurément, si l'oraison est une conversation, son moment privilégié entre tons est celui de la communion. Comment en elfet se taire quand on a en soi, tout vivant, celui qui est mort pour nous et qui un jour nous jugera? Pour garder le silence en ces moments sacrés, il faudrait être tout à la fois aveugle, muet et sourd. Hélas! c'est souvent notre cas : Tœil de notre loi n'est pas assez vif pour reconnaître dans notre âme celui qui s'y trouve; nous n'entendons pas ce qu'il nous dit; nous n'avons pas le talent de lui parler. L'oraison nous guérit de ces trois inûrmités à la fois; et peu à peu, à force de nous entretenir avec l'hôte de notre âme, le sentiment de sa présence nous envahit pour ne plus nous quitter.

Que penser maintenant de la présence de la très sainte Vierge? Jusqu'à quel point est-elle réelle? Question bien intéressante assurément, car ayant sans cesse à causer â cette bonne Mère, nous tenons à savoir si elle nous entend et comment elle nous entend.

Pour être bien compris sur ce point, avec la permission du lecteur recourons familièrement à une comparaison. Nous connaissons tous ce que l'on appelle la chambre obscure. Le spectateur curieux qui s'y enferme ne voit rien directement. Mais indirectement et au moyen d'un miroir il voit tout. La lumière du soleil, se mettant au service de sa curiosité, apporte à ses regards une foule d'hommes et d'objets divers, dont les moindres mouvements se produisent devant lui.

Image grossière du privilège accordé aux saints qui voient Dieu, notamment à la très sainte Vierge Marie. L'essence divine est comme un miroir, comme un véhicule sacré par lequel arrivent de la terre jusqu'aux bienheureux habitants du ciel le cri de notre prière et le spectacle de nos mains suppliantes. Pourquoi nous en étonner? Si Tair qui nous entoure a la merveilleuse vertu de nous transmettre les sons et la lumière, comment la nature divine, qui est infiniment simple et vivante, ne pourrait-elle pas produire aux yeux de ceux qui la contemplent Texistence et la vie des personnes et des choses?

Sans nous attarder dans ces explications, disons de suite que la très sainte Vierge, parce qu'elle voit Dieu plus parfaitement que toute autre créature, connaît aussi, mieux que personne, les hommes voyageant ici-bas vers leur éternité. Peut-il en être autrement? Le Dieu qui nous l'a donnée pour mère, pouvait-il la condamner àTimpossibilité d'entendre ou de voir ses enfants? Non! non! La distance du ciel à la terre n'empêche pas Marie d'être présente à nous et de nous avoir présents à elle.

Parmi nous, plus un homme a Tœil perçant et l'ouïe fine, plus il triomphe de l'éloignement pour arriver à la présence. L'écho suffît parfois pour nous apporter la parole humaine de bien loin. Comment croire que Dieu ne puisse pas faire résonner au plus haut des cieux VAve Maria, que nous récitons sur la terre ; et que la Reine du ciel n'ait pas le sens et le cœur assez grands pour suivre de l'œil et de la pensée tout ce qui se passe ici-bas, sur cette terre où elle est née, où elle a souff'ert et où le sang de son Fils a coulé? Encore une fois, Dieu y a pourvu; et l'oraison, quand elle s'applique à la sainte Vierge, a toute la réalité du colloque engagé entre la mère et l'enfant qui se regardent et jouissent d'être ensemble.

Les anges et les saints, puisqu'ils voient Dieu, entendent, eux aussi, ce que nous leur disons. Sous ce rapport-là comme sous tous les autres, Marie les surpasse indéfini-

LA LUMIÈRE DE LA FOI DANS l'oRAISON. 4^7

ment. Mais leur clairvoyance et leur fraternelle attention n'en sont pas moins capables de saisir sans peine tout ce que nous leur adressons du fond de notre lointaine vallée. Il existe^outre le monde visible qui frappe nos sens, tout un autre monde supérieur, et c'est avec ce monde divin que s'entretient la conversation appelée oraison.

Nous nous sommes étendus sur ce point fondamental, parce que, ne l'oublions jamais, la foi en la présence des invisibles est le fondement de toute oraison véritable.

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