‹ La vie vraiment chretienneChapitre 252 sur 309 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ENSEMBLE DES CONDITIONS DE l'oRAISON.

Pour plus de clarté et de précision, attachons-nous dan^ ce chapitre à résumer l'ensemble des conditions de l'oraison.

Les Jansénistes ont attribué à la religion un caractère affreux : ils ont fait de Dieu un implacable maître, de Jésus- Christ un Sauveur avare de son sang, de la sainte Vierge un personnage presque indifférent, de la confession une torture, de la communion une faveur inabordable, de lïf prière une industrie douteuse, du salut une entreprise subordonnée au fatalisme ; tout cela pour dégoûter les àmcs et les condamner au mal par la privation du bien.

Sans vouloir établir aucune comparaison injurieuse, je redirai néanmoins que plusieurs auteurs, écrivant sur l'oraison, l'ont également dénaturée et rendue presque impraticable. Ils en ont fait une opération sèche et exclusive

de l'esprit, une sorte de lecture raisonnée, durant laquelle l'intelligence, et elle seule, produit son fruit : quelques réflexions et rien de plus.

Ce travail intellectuel tout solitaire n'est pas l'oraison, pas plus que la taciturnité n'est la conversation.

Faire oraison^ c'est s'entretenir en famille. Rappelons que nous avons deux familles : celle de la terre et celle du ciel. Dans celle-ci notre Dieu est notre père, le Fils de Dieu est notre frère premier-né, la Mère de Dieu est notre mère, les serviteurs de Dieu sont nos frères. Cette famille est vivante; toujours et partout nous pouvons lui parler. Dieu est près de nous et en nous ; Jésus-Christ, du haut du ciel et du fond du tabernacle, nous entend et nous suit; la sainte Vierge ne perd pas une seule des paroles du dernier de ses enfants. Notre conversation est dans le ciel^, s'écrie l'apôtre saint Paul, et cette conversation c'est l'oraison.

Elle est basée sur la foi, sur la pure et simple foi. Ici déjà l'on commence à difformer l'oraison : on se figure que, pour causer à cette famille invisible, il faut voir ou au moins percevoir; que l'on ne peut guère, par exemple, s'entretenir avec le saint Sacrement sans être pénétré de la présence de Jésus-Christ. Erreur! Souvent, plus vous voudrez sentir, moins vous pourrez parler. Contentez-vous de croire, mais croyez fermement; avant de lier conversation, dites, avec autant de tranquillité que de force : 0 Jésus Christ, je crois! je crois à votre présence et à la réalité de votre entretien. A force de croire ainsi vous finirez par avoir comme l'intuition de l'invisible, et la présence de vos divins interlocuteurs vous deviendra aussi claire que celle d'une personne placée près de vous, mais cachée derrière un voile.

Le ton propre à Toraison est la familiarité. Comment en serait-il autrement puisqu'on est en famille? Entre parents il serait ridicule de faire des phrases et de l'émo-

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