MARIE, NOTRE MÈRE
Lorsque le pharisien Nicodème vint, la nuit, interroger Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur lui révéla, entre autres mystères, celui d'une seconde vie, supérieure à la vie naturelle. Personne^ ditril, n'entrera dans le ciel, s'il ne naît une seconde fois. Et, dans sa surprise, Nicodème de demander aussitôt : Comment naître deux fois? Le vieillard peut-il rentrer dans le sein de sa mère^l
Cette surprise serait partagée par beaucoup de chrétiens, s'ils avaient la pieuse curiosité de Nicodème. C'est parce que cette vie supérieure est généralement méconnue ou ignorée, que les mystères de notre sainte religion frappent si peu les esprits. Le baptême qui donne cette vie, l'eucharistie qui l'entretient, la pénitence qui la ressuscite, la grâce qui en est le principe, le péché qui la tue, tout cela serait compris et estimé à sa juste valeur, si Ton se rap-
1, Nisi quis renalus luerit denuo, non potost videre regniim Dei. Dicit ad oum Nicodemus : Quomodo potest homo nasci, cum sit senex? Numtjuid i olest in vcnlrein matris siiœ itorato intioire, et renasci? (Joan. m, 3-5).
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pelait toujours que pour l'homme, outre la vie du corps, sur le prix de laquelle personne ne se méprend, il y a la vie de l'âme, dont on se prive, hélas! bien aisément.
Cette vie de l'âme nous apparaît comme une fable, ou au moins comme une exagération mystique; sa réalité ne nous frappe pas. De là, une tendance prononcée à regarder comme peu réel tout ce qui repose sur cette vie supérieure.
Parmi les mystères ainsi dépréciés dans notre esprit, se trouve au premier rang celui de la maternité de la sainte Vierge.
Quand on nous prêche : Marie est notre Mère, nous nous obstinons à prendre cette parole dans un sens purement tiguré, et, en la répétant, nous obéissons moins à la réalité qu'à un sentiment pieux, comme celui qui nous ferait dire à une bienfaitrice : Vous êtes ma mère, et je suis votre enfant. Jamais nous n'allons au delà; et notre surprise serait grande si on nous alïlrmait que des deux femmes qui s'appellent notre mère, celle qui est le plus réellement notre parente, c'est la Vierge Marie.
Cependant, c'est ainsi. De la sainte Vierge et de nous, il faut dire : nous sommes parents, proches parents. Cette parenté est spirituelle sans doute; mais l'esprit n'est pas moins réel que la chair. Jésus-Christ n'a pas parlé en figure quand il prononça ce mot sur la croix : Voilà volm fils, voici volve mère^ . Il a constaté et consacré un fait cer-. tain, un fait rigoureux, qui, pour être invisible, n'en est pas moins incontestable. Nous ne voyons pas notre âme ; qui cependant oserait nier qu'elle existe? La maternité de Marie ne frappe pas nos sens; n'en doutons pas néanmoins. Oui, aussi réellement que nous sommes les enfants de celle qui nous a portés dans son sein, nous pouvons nous appeler et nous sommes les enfants de Mari(\
Cette parole, bien méditée, aurait de quoi nous faire
1. Dicit Malri siue : Mulior, ecce filius tuiis. Dcind»; iluil di>{i|)ult> : Ecco Mater liia (Joan. xix, 26, 27).
tressaillir de bonheur. Quoi! nous, enfants de la sainte Vierge, et cette Reine du ciel, obligée de s'appeler notre Mère! Est-ce une vérité, ou est-ce un rêve? Si ce n'est pas un rêve, il faut en conclure que le plus humble des chrétiens surpasse en noblesse l'enfant du plus grand monarque, que le plus pauvre des hommes, s'il le veut, n'a rien à envier au mortel le plus favorisé de la fortune. Ces conclusions sont rigoureuses, et en même temps, elles sont exactement vraies. Tout chrétien est de race noble. 11 est prince; car il est fils, réellement fils de la Souveraine du paradis.
Ah! nous ne sommes misérables que parce que nous ne connaissons pas notre bonheur. Un grain de foi, mais de foi vive, suffirait pour transformer notre existence. Jésus- Christ a dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous transporteriez des montagnes^. Il est une montagne qui nous gêne, qui nous accable, qui nous écrase : ce sont nos sollicitudes temporelles et éternelles. Un peu de foi, et la montagne disparait. Croyons que nous avons une mère, une vraie mère, plus réellement mère que celle qui nous a donné la vie corporelle. Croyez-le fermement, et votre cœur chantera cette parole qui change la vie : J'ai pour moi, j'ai près de moi, j'ai avec moi la sainte Vierge.
Pourquoi et comment le titre de mère est-il attribué à Marie? La réponse sera aussi courte que concluante. Une femme devient mère quand elle donne la vie. Or, Marie à qui Dieu, du haut de la croix, applique ce nom : Mulier, femme, Marie a donné la vie aux hommes. En même temps, en effet, que Jésus-Christ, par sa mort, nous méritait la grâce qui est la vie commencée et le ciel qui est la vie consommée, elle, par sa douloureuse coopération au sacrifice du Calvaire, nous a fourni un droit de plus à cette double vie.
1. Amen quippe dico vobis, si habueritis fidem sicut granum sinapis, dicetis monli huic : Transi hinc illuc, et transibil (Matth. xvii, 19).