CHAPITRE Xll
LES RÉSOLUTIONS ET LES PRIÈRES DANS l'ORAISON.
Quand le cœur a parlé, il faut, c'est bien naturel, que la bonne volonté prometle. Dès lors en effet qu'on dit sincèrement à Jésus-Christ : Je vous remercie! on éprouve immédiatement le besoin d'ajouter : Et je m'efforcerai de vous faire plaisir!
La promesse donc, ou, en d'autres termes, la résolution. Mais laquelle? Ou bien, cher lecteur, vous avez le bonheur d'être assez vertueux pour ne plus commettre de péchés délibérés, au moins pas habituellement, alors faites porter votre promesse sur quelque acte de vertu que vous saurez être particulièrement agréable à Dieu. Ou bien votre vie est encore gâtée par des péchés directement ou indirectement volontaires. En ce cas, vous ne pouvez rien faire de plus salutaire et de plus sage que de diriger chaque jour contre eux l'effort de voire résolution, en vous attaquant surtout à ceux qui sont plus offensantes pour Dieu, et plus nuisibles à votre âme.
Cette habitude de prendre pour conclusion de l'oraison la guerre au péché, touche à ce qu'il y a de plus intime et de plus profond dans la vie spirituelle; il serait facile de le prouver.
Mais poursuivons. Quand l'âme a réveillé la bonne pensée de l'esprit, quand elle a servi le mot du cœur et renouvelé la promesse de la bonne volonté, il lui reste encore ù offrir la prière de la pauvreté.
Ici encore, c'est le cas de demander : Quelle prière? Répondons comme nous avons déjà répondu à propos d'autre chose : en fait de prières, il y en a de grandes et (h; petites.
Une personne riche, depuis longtemps malade, désire obtenir sa guérison à Lourdes. On met en prières toutes les communautés religieuses d'une grande ville. Durant le
/i4C) LA VIE VRAIMENT CHRÉTIENNE.
voyage, ce ne sont que supplications répétées jour et nuit par cent bouches à la fois. Arrivés aux pieds de la Vierge bénie, chacun redouble de ferveur. Pendant des heures et des jours, tout un peuple à genoux demande le miracle. Quelle explosion, quelle profusion! Et cependant cette immense prière est la prière petite. Pourquoi? Parce que l'objet en est relativement petit. Qu'importe que l'on soit malade ou non, pourvu que l'on se sauve! Ceci soit dit, non pas pour décourager ces prières de second ordre, puisqu'elles plaisent à Dieu et répondent à un besoin de notre nature; mais elles n'en restent pas moins secondaires en elles-mêmes.
Qu'au contraire le malade, pendant que l'on fait pour lui grande profusion de la prière petite, se recueille en luimême et dise secrètement : 0 Marie, guérissez-moi si vous le jugez bon, mais avant tout sauvez mon âme ! cette seule petite demande sera la grande prière, parce qu'elle s'applique à l'objet qui seul est grand.
Eh bien, la prière qui est propre à l'oraison, c'est la grande.
Sans doute, il n'est pas défendu, dans cet entretien intime avec Dieu, de lui parler des choses temporelles et autres biens secondaires. Toutefois ces prières de second ordre ne sont pas essentielles à l'oraison, souvent même elles sembleraient jurer avec ce qui précède. De fait, que penser d'un chrétien qui, après avoir eu pour bonne pensée le souvenir de l'enfer, pour mot du cœur la contrition, pour promesse celle de ne plus pécher, terminerait en s'écriant : Seigneur, je vous en suppUe, guérissez-moi d'un mal de tête?
Telle n'est pas la conclusion de l'oraison dans une âme qui vient de penser à son éternité, de s'humilier, et de promettre fidélité au service de Dieu. Sa prière monte jusqu'aux objets de la fin de l'homme, pour s'écrier : Mon Dieu, sauvez-moi! Mon Dieu, délivrez- moi du mal! Mon Dieu, ne me laissez pas succomber à la tentation! Mon Dieu, faites que je vous aime !
LES RÉSOLUTIONS ET LES PRIÈflES DANS L'oRALSON. A Al
Cette prière, vrai fruit et vraie fin de l'oraison, en est la partie principale, et en môme temps la plus douce. Quoi de plus consolant, en effet, que d'épancher ainsi son âme devant Dieu pour lui demander la possession des seuls vrais biens et la délivrance des seuls vrais maux?
Faites-la, âme chrétienne, cette prière parfaite; faites-la vers la fin de tous vos entretiens avec le ciel. Laissant alors les sentiments et les pensées, et vous attachant aux désirs qu'ils ont excités en votre cœur, demandez, redemandez les biens suprêmes. Commençant par les plus prochains, implorez la f^râce d'exécuter la promesse que vous venez de faire, et d'accomplir les devoirs du jour. Puis, généralisant votre prière, suppliez votre céleste famille de vous donner le ciel, de vous préserver de l'enfer et du péché. Puis encore, sortant de vous-même, demandez que l'amour do Dieu et le don de la persévérance se répandent sur la terre.
Et ainsi votre oraison deviendra définitivement fructueuse. Car, n'oubliez jamais cette vérité : c'est Dieu seul qui nous sauve par sa grâce, et celte grâce c'est la prière seule, la grande prière qui nous en assure la possession jusqu'à la mort.
Retenez ces quelques mots : le chrétien qui, ne faisant oraison sous aucune forme, prive son esprit de la vérité, son cœur de l'amour, sa volonté du bon vouloir et son âme de la prière, est un malheureux qui se suicide. Celui au contraire qui chaque jour se remet à penser à sa fin, ù redresser son cœur, à vouloir le bien et à répéter la vraie prière, celui-là est un homme sage, heureux et sûr d'aboutir à l'éternelle félicité, car il s'appuie sur le soutien de l'oraison.
Mais qui donc fournit et enseigne le mieux à un enfant les moyens de se soutenir si ce n'est sa mère? Voiln pourquoi, pieux lecteur, nous allons ensemble nous diriger '^ers celle qu'on peut appeler et qui est la Mère de la vie vraiment chrétienne.