DE LA PERSÉVÉRANCE FINALE
Le doute est toujours un tourment pour l'homme. Quand il se rapporte à un des objets essentii^ls au bonheur, il devient une torture.
Venez dire à une mère, en un jour de bataille, que là où combattait son fils le carnage a été grand, et qu'on ne sait pas si celui qu'elle aime est survivant ou mort; voilà cette infortunée livrée à des angoisses mortelles. Le joueur avide, au moment où va se décider la partie qui doit le ruiner ou l'enricbir, endure un supplice moral qui le tuerait peut-être, s'il devait se prolonger. Quelles inquiétudes, quelles souffrances dans l'esprit tourmenté du marchand qui soupçonne une grande perte sans la connaître encore; du malade qu'une crise décisive va ramener à la vie ou précipiter dans la mort; de tout homme en un mot qui, dans une circonstance solennelle, se sent ballotté par le doute entre l'espérance inquiète et la crainte sans pitié 1 Tant il est vrai que, pour notre esprit et pour notre cœur, il y a une incertitude qui est un bourreau.
Hélas! oui, tous les doutes de ce genre nous crucifient, excepté toutefois celui qui est le plus sérieux et le plus épouvantable. Personne de nous ne sait s'il est digne d'amour ou de haine* ; nous ignorons surtout quel sera notre avenir. 11 faudra mourir; mais quand? mais comment? mais après la mort, que nous ad viendra- t-il? Un doute effrayant, un redoutable peut-être nous dérobe la réponse; et, malgré cela, nous ne sortons pas de notre tranquille et inexplicable sans-souci.
Je demande à mon lecteur la permission de ne pas tenir compte pour le moment de cette légèreté, qui est son fait et le mien; et, s'il le veut bien, nous consacrerons de préférence un quart d'heure de notre temps à l'examen du doute qui plane sur notre éternité.
Dans ce but, étudions à fond la question de la persévérance finale, car c'est d'elle que dépend le salut : Celui, dit Notre-Seigneur, qui aura persévéré jusquà la fin, celui-là sera sauvé'-. Il ne suffit pas, remarque saint Paul, de courir
t. Nescit homo utrum amore an odio dignus sit (Eccle. ix, !). 2. Qui aulem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit (MaUh. x,