‹ La vie vraiment chretienneChapitre 272 sur 309 · N.-D. DU PERPÉTUEL-SECOURS ET LA 1»ERSÉVÉRANCE · texte numérisé non relu

N.-D. DU PERPÉTUEL-SECOURS ET LA 1»ERSÉVÉRANCE

dans Varènc, il faut courir jusqu'à la fin, dn manière à saisir la palmée La sagesse et les vertus cruii Salomon ne me serviront de rien, si comme lui je tombe avant le terme. Par contre, les iniquités d'une longue vie de péchés ne me fermeront pas le ciel, si, comme le bon larron, j'ai le bonheur de joindre à mon dernier soupir un acte d'amour pour Jésus-Christ.

Tout dépend donc de la un; et celte fin elle-même dépend ou de mon opiniâtreté à persévérer dans le mal ou de ma fidélité à persévérer dans le bien.

La persévérance à son tour dépend-elle uniquement et principalement de moi? Juste aujourd'hui, suis-je sûr d'avoir la sérieuse volonté d'être juste encore demain et toujours? Non, car ma volonté n'a pas plus de consistance qu'un papillon volage. D'autre part, aujourd'hui pécheur endurci et résolu à demeurer pécheur, suis-je sûr de finir en réprouvé? Non, encore une fois; car le Dieu qui, par sa mort, a fendu les rochers, sait aussi briser les âmes les plus dures. Saint Paul allait droit sur Damas; sa volonté était assurément bien fixée dans le mal. Jésus-Christ la renverse et la retourne. Paul prend un autre chemin, et il le poursuit jusqu'au martyre, qui lui ouvre le ciel. Judas au contraire, c'est probable, avait bien commencé; le Sauveur lui avait donné comme aux autres apôtres un cœur droit. Ce cœur s'est détourné du bien, et a persévéré dans le mal jusqu'à la mort dans le désespoir. On voit mourir on réprouvés d'anciens amis de Dieu qui cèdent leur place à d'anciens prévaricateurs. Au moment de Varricée du jujjc, deux hommes traoaillcront; l'un sera pris, l'autre sera laissé'^. On peut passer de droite à gauche, et de gauche à droite ; car la voie de l'homme n'est jamais assurée en cette région de ténèbres et de surprises.

1. Nescilis (juod ii (jui in sladio currunl, oiiuics (iiiidoin ciiriunl. S( d unusaccipit biaviiim? Sic currile iil. coinpivhcndalis (I Cor. ix, 24).

2. lia erit etadventus l'ilii hoininis. Timr. duo (MuiiI in a:iro : unns assuini'tur et iinus rclin(|uelui- (Mallh. wiv, 39, U)].

Qu'est-ce à dire, sinon qu'au fond de notre vie, il y a un mystère? Ce côté mystérieux de notre existence devrait nous faire trembler; car enfin, être réduit à constater que de longues années passées dans l'héroïsme ne préservent pas absolument les saints d'une catastrophe finale, et qu'on a vu des martyrs prévariquer au moment où l'ange venait déposer la couronne sur leur tête, n'est-ce pas en vérité avoir trouvé le triste secret de se tourmenter toujours?

Et cependant Jésus-Christ est le Dieu de la paix. Il veut que ses fidèles disciples jouissent, malgré les incertitudes présentes, du repos de l'espérance ; il condamne la sollicitude superflue des âmes inquiètes qui ne lui confient pas leur lendemain.

Un mot apaise les tourments et rassure dans la formidable incertitude; ce mot le voici : Bien que notre avenir éternel demeure en soi toujours incertain, il existe un moyen de le rendre assuré, un moyen qui est à la portée de tous. Ce talisman divin, cette recette merveilleuse qui chasse de notre vie l'inquiétude mortelle, ce céleste secret, quel est-il donc? quel est son nom?

Est-ce la bonne volonté? Non, car nos volontés ont la consistance du vent. Est-ce V innocence? Non, car notre innocence n'est qu'un roseau fragile. Est-ce la pénitence? Non, pas davantage, puisque le démon chassé peut revenir avec sept autres esprits plus forts et plus méchants. Est-ce la solidité d'une vertu longtemj^s éprouvée? « Hélas! nous assure saint Augustin, j'ai connu plusieurs grands prélats que je n'estimais pas moins qu'un saint Jérôme et un saint Ambroise, et qui ont péri misérablement ^ »

Encore une fois, où est-il donc le secret du calme? Ne tenez pas plus longtemps notre âme en suspens ; nommez-le-nous, montrez-le-nous, afin que nous nous en emparions, pour ne plus le perdre.

1. Magnos prselatos Ecclesiœ sub hac specie corruisse reperi, de quorum casu non inagis praesumebam, quam Hieronymi et Ambrosii (S. Thoi»'is, De modo conlil.).

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