‹ La vie vraiment chretienneChapitre 289 sur 309 · LE SANCTUAIRE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE DOMESTIQUE

Le Père. — Si j'ai bien compris, Monsieur l'abbé, vos dernières explications, la famille doit avoir pour but non pas seulement la vie chrétienne, mais l'esprit chrétien, c'est-à-dire la lumière, les convictions, les principes, en un mot le solide.

Le Prêtre. — C'est cela même, Monsieur.

Le Père. — Mais avouez-le, l'entreprise est difficile. Avezvous un ensemble de moyens propres à la mener à bonne fin? Nous en étions restés là, si j'ai la mémoire fidèle.

Le Prêtre. — Oui, et je vous ai déjà indiqué le premier de ces moyens. C'est l'érection d'un sanctuaire domestique au sein de la famille.

Le Père. — Précisez votre idée. Qu'entendez-vous par là?

Le Prêtre. — J'entends qu'on choisirait dans la maison la pièce la plus convenable à la prière, pour y mettre deux objets de piété.

Le Père. — Mais, mon cher abbé, vous commencez par un enfantillage! Comment! Votre prétention est de faire du sérieux, et voilà que votre premier souci est de faire choix de quelques images pour les fixer à un mur!

Le Prêtre. — Oui, Monsieur. Et en fait d'images je n'en exige que deux : le crucifix et celle de la sainte Vierge.

Le Père. — Enfantillage encore une fois!

La Mère. — Pas si vite, mon ami! Je ne trouve pas, quant à moi, que ce soit peu de chose d'avoir chez soi, à une place d'honneur, ces deux objets sacrés qui nous rappellent, l'un notre Dieu mort pour nous, l'autre, notre Mère toujours attentive à nos besoins. Ah! puissent ces deux images saintes être souvent contemplées par mes filles et, oserais-je le dire, par mon mari et par mes fils!

Le Prêtre. — Madame a raison. Notre religion est la re-

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ligion des petites choses qui sont grandes. Jésus-Christ a (lit : Mon royaume ressemble à un grain de sénevé ^ Quoi de plus petit qu'un grain de sénevé? Et cependant il est le principe d'un grand arbre. Une marque tracée avec le sang d'un agneau sur les portes des maisons préserva le peuple de Dieu des coups de l'ange exterminateur en Egypte. Pourquoi ne pas croire aussi que le cruciûx, qui est l'image de l'Agneau divin, sauve les familles où il est honoré?

Quant à la douce figure de la Vierge Marie, personne n'ignore qu'elle est cet arc-en-ciel mystique qui arrête le bras vengeur de celui dont les eaux du déluge servirent la trop juste colère.

Le Père. — Eh bien, soit! Va pour le crucifix et pour l'image de la Sainte Vierge. Mais pourquoi leur destiner dans la maison une place à part? Chez moi, grâce à la piété de ma femme, ces deux objets sont partout.

Le Prêtre. — Je vous en félicite, mon cher Monsieur; mais pardonnez mon entêtement. Je m'obstine à demander qu'étant partout ils soient surtout dans une pièce privilégiée, que j'appelle le sanctuaire domestique.

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