‹ La vie vraiment chretienneChapitre 290 sur 309 · L.e Père. — Pourquoi cela · texte numérisé non relu

L.e Père. — Pourquoi cela

Le Prêtre. — Parce qu'il faut dans la maison un endroit presque sacré où on aille prier.

Le Père. — Vous voulez donc faire de nos demeures autant d'églises? Je trouve la chose bien excentrique, et n'en déplaise à votre zèle, Monsieur l'abbé, il me semble que vous usurpez les droits de la maison de Dieu. Notre paroisse n'a eu jusqu'ici qu'une église; si elle a désormais autant de chapelles que (rhabitations, que deviendra le temple principal?

Le Prêtre. — Il n'en sera que plus fré(iu(înté. C'est une erreur de croire ({ue plus on prie chez soi, moins on va prier à l'église. Les causes secondaires aident les causes principales, quand elles travaillent dans le mémo sens. On

1. Slinlle roj^iium Cicloiuiu giano sinapis ^.Mallli. xiii, 31).

n'a jamais dit que le catéchisme enseigné par la maman gênât celui qu'enseigne le curé. Ne disons pas non plus que le sanctuaire où se trouve le crucifix compromet celui où se trouve l'Eucharistie.

Du reste, il est dans Tesprit de l'Église que les fidèles aient chez eux leur petit oratoire domestique; et plus la foi règne dans une population, plus on y retrouve ce pieux usage.

Le Père. — Mais enfin, pourquoi faire de cet oratoire la condition indispensable et comme le fondement de l'esprit chrétien dans la famille?

Le Prêtre. — N'exagérons rien. Si une famille remplit toutes les autres conditions voulues, quand même, à cause de la pauvreté ou pour d'autres raisons, elle n'aurait pas sa chapelle domestique, certes, on ne peut pas lui refuser le titre de famille chrétienne pour ce motif. Mais je maintiens que la chambre privilégiée réservée à la prière est, en général, une des principales conditions du succès. La raison en est que la pratique la plus essentielle à l'esprit chrétien est la prière en commun dans la famille. Or, qui ne voitque cette prière commune a dix chances de succès pour une, quand elle se fait en un lieu plus ou moins sanctifié?

Le Père. — Ah! Monsieur l'abbé, que d'illusions dans ce que vous ditps! vous pensez donc que le père de famille et ses fils iront s'agenouiller là pour prier? Ne comptez pas sur ce petit miracle, et attendez-vous à ne voir dans vos chers oratoires que la mère avec quelques enfants et tout au plus quelques vieilles filles plus dévotes.

La Mère. — Ce serait déjà bien beau et bien bon, mon cher ami; d'autant plus que, si les hommes n'y viennent pas, les femmes prieront pour eux. Mais nous augurons mieux de nos maris et de nos fils ; et je pense, quant à moi, que si Monsieur l'abbé ne nous impose qu'une prière raisonnable, pas trop longue, allant au cœur, et donnant courage et consolation dans les peines de la vie, je pense, dis-

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