‹ La vie vraiment chretienneChapitre 36 sur 309 · DIEU, SUPREME ORDONNATEUR · texte numérisé non relu

DIEU, SUPREME ORDONNATEUR

Quiconque étudie attentivemenl le monde et tout ce qu'il renferme, y découvre sans peine un gouvernement caché qui conduit toutes choses à leur terme avec une invariable sagesse et une inéluctable force. Il existe donc un esprit supérieur à toute créature, une intelligence sans bornes, une volonté maîtresse, un suprême ordonnateur de tout ce qui est créé, et c'est Dieu.

Entrons dans quelques détails et arrêtons-nous d'abord aux créatures privées de raison et de liberté, telles que les animaux qui peuplent la terre; ensuite à celles qui n'ont qu'une vie végétative, comme la plante, ou qui ne possèdent par elles-mêmes aucun mouvement, comme la pierre et les métaux.

Dans ce monde inintelligent ou inerte nous découvrons une admirable ordonnance de toutes choses.

Les animaux ont leur instinct, leur vie, leurs lois, leurs inclinations et leurs mœurs dont ils ne s'écartent pas. Ils n'ont ni l'esprit, ni la réflexion, ni la liberté comme l'homme; et cependant ils sont si perspicaces, si habiles, si constants dans leurs habitudes que souvent on est tenté de leur supposer plus d'intelligence qu'à l'homme.

L'oiseau connaît son climat et trouve moyen de n'en jaffiais sortir. A l'approche de l'hiver, si les régions qu'il habite lui sont trop froides, il en gagne d'autres plus chaudes : un instinct absolument sûr le conduit juste au terme. Le printemps venu, le voilà de retour. C'est pour lui le moment de se multiplier et de peupler les airs d'une progéniture nouvelle. Combien alors ses instincts se montrent merveilleux! Quelle main d'homme pourrait construire ce nid que lui-même prépare avec un soin et une habileté qui prévoient tout?

L'abeille est plus industrieuse que nous ne le serons jamais. Elle vit en famille et travaille au bien commun avec une adresse et un dévouement que nous n'égalerions pas. La fourmi, elle aussi, a ses mœurs et son industrie. On trouve des insectes qui, pour échapper ù hi rigueur du

froid, s'enfoncent en terre juste à la profondeur que la gelée ne peut atteindre, comme si un instinct prophétique leur faisait prévoir quelle sera la rigueur du prochain hiver.

Nous pourrions parcourir ainsi tout le règne animal, nous constaterions qu'il ressemble à une immense et merveilleuse machine faite de pièces vivantes qui toutes, depuis l'être microscopique jusqu'à l'éléphant du désert, fonctionnent avec une immuable régularité.

Et que dire du règne végétal! Que dire de ces secrets admirables renfermés dans chaque semence; de ces lois mystérieuses en vertu desquelles les grains jetés en terre produiront les uns le froment qui nous nourrit, les autres des fruits savoureux, d'autres encore de? fleurs odoriférantes! Que dire de cette sorte d'intelligence manifestée par la plante lorsqu'elle enfonce et dirige ses racines dans les veines du sol où elle trouvera sa nourriture, lorsqu'elle tourne ses feuilles et ses fleurs du côté où l'air et la lumière lui viendront avec plus d'abondance!

Que dire de la régularité avec laquelle la pierre se précipite pour retourner à son centre, aussitôt qu'elle devient libre! Que dire de l'eau qui coule, aussi longtemps qu'elle n'a pas trouvé son niveau; de la mer qui pousse ses vagues jusqu'à une limite tracée qu'elle ne franchit jamais; et des astres qui tournent sur nos têtes, sans jamais s'écarter de leurs immuables voies!

En vérité, si l'on considère cet admirable fonctionnement de toutes choses, on est forcé de s'écrier : Qui êtesvous donc et où êtes-vous, ô Être mystérieux, dont la sagesse préside à cet arrangement parfait de tout un monde? Il faut, ô gouverneur et organisateur de toutes choses. qu'infinie soit votre intelligence, infinie votre puissance, infinie votre force! Ce ne peut être que vous^ ô mon Dieu, ô éternelle et vivante cause de tout ce qui est et de tout ce qui vit !

Mais si l'on trouve, dans les créatures privées de raison,

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îes innombrables traces de l'Être divin, plus éclatantes mcore sont les preuves que nous donne de son existence 'ordre moral établi sur les intellig(^nces. Un des traits les 3lus remarquables de cet ordre est l'inéluctable force avec aquelle tous les desseins des hommes libres sont ramenés i certaines 0ns qu'ils n'ont pas prévues eux-mêmes, et ju'ils atteignent infailliblement quoique librement.

Que le Seigneur ait su régler selon sa volonté et faire iboutir à sa gloire tous les mouvements des êtres dépourvus de liberté, c'est admirable sans doute; néanmoins on conçoit l'invariable succès du souverain Maître auprès de créatures qui ne peuvent pas lui opposer une contradiction v'olontaire, puisqu'elles ne sont pas libres. Mais qu'il ait fait les hommes libres, qu'il leur ait laissé toute facilité de lui résister et de s'écarter de ses lois, et que, malgré cela, il soit toujours sûr de ramener dans les voies de sa Providence les actions humaines les plus opposées à ses vues, c'est incontestablement le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre.

Or, ce chef-d'œuvre existe, et il est de tous les temps et de tous les lieux. Partout et toujours nous voyons que, ]ans les affaires humaines, sous la main et la conduite de Dieu, tout converge vers sa gloire et vers le bien des élus.

Adam pèche et entraîne dans son péché l'humanité entière. C'est incontestablement une catastrophe à nulle autre pareille. Mais, ce malheur, le plus grand de tous, devient [l'occasion de la plus bienfaisante des bénédictions, c'est-à-dire de la rédemption opérée par le Fils de Dieu.

Contre ce divin Rédempteur la malice humaine réunit ce fju'elle a de plus méchant et de plus cruel. Animés et guidés par Satan, les ennemis de Jésus-Christ, agissent en toute liberté sous un Dieu tout-puissant, et n'omettent rien pour anéantir le Sauveur et son œuvre. Or, ce sont précisément les efforts de leur haine (pii donnent à cette DDUvre divine son dernier perfectionnement, et c'est la tnort de J(''sus-Christ qui triomphe de lu mort.

A côté de ces marques éclatantes de Tempire de Dieu sur les choses morales dans les phases les plus grandioses de l'histoire humaine, il en est d'autres qui se multiplient à rinûni dans l'ordinaire de la vie. S'il nous était donné d'étudier, dans le détail, toutes les existences humaines, nous reverrions sans cesse, avec une admiration toujours nouvelle, une secrète Providence conduisant à des fins inévitables les actions les plus libres de l'homme.

C'est ce qui a dicté au bon sens humain ce proverbe si connu et si profond : U homme s'agite et Dieu le mène; conformément à cette parole de nos saints Livres : Le cœur de Vhomme dispose sa voie; mais c'est au Seigyieur de dirige!' ses pas *.

Considérant toutes ces merveilles du monde physique et du monde moral, le Prophète-Roi en tire cette conclusion : 0 Dieu, je vous reconnais à la magnificence de vos œuvres et je vous bénis ^ !

Voici son sublime et poétique langage que chacun de nous peut s'approprier à la gloire de notre commun Maître :

Bénis le Seigneur , ô mon âme! Seigneur mon Dieu, cjiœ vous êtes grand dans votre magnificence! Vous êtes couvert de la lumière comme d'un manteau. Vous étendez les deux comme un pavillon. Les eaux demeurent- suspendues autour de votre sanctuaire. Les nuées sont votre char; vous marchez sur Vaile du vent. A votre menace les eaux ont fui; au bruit de votre tonnerre, elles se sont écoulées. Vous envoyez des fontaines dans les vallons; leurs aaux coulent à travers les montagnes. Elles désaltèrent les bêtes sauvages; elles étanchent la soif de V onagre. Sur leurs bords habitent les oiseaux du ciel; ils font entendre leurs voix au milieu des feuillages. Vous faites germer pour les troupeaux Vherbe de la prairie, et les moissons pour l'homme. Vous faites naître de la terre

1. Cor hominis disponil viam suam, sed Domini est dirigere gressus ejus (Prov. xvi, 9).

2. Quam magnificata siint opéra, tua, Domine!... Benedic, anima mea, Domino (Ps. cm, 24, 35).

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