DIEU, INFINIE PERFECTION
quelle on ne s'attendait pas, est un plaisir ajouté à celui que l'objet procure. Eh bien, Dieu est si étonnamment parfait, si unique dans son être, que les Bienheureux, après mille siècles de contemplation, seront aussi stupéfaits qu'au premier instant de leur entrée dans le ciel.
Remarquons secondement que la perfection de Dieu consiste dans l'essence même de ce qui est parfait.
De nos jours, une savante distillation est parvenue à ravir aux plantes leur essence, c'est-à-dire l'extrait qui condense leur vertu odoriférante. C'est ainsi qu'on obtientl'essence de roses. Pour remplir de cette liqueur précieuse un petit flacon, il faut un monceau de ces fleurs; mais aussi le parfum en est si exquis qu'une seule goutte est sufûsantc pour embaumer longuement une multitude d'objets.
Grossière comparaison en vérité! Notre Dieu est l'essence infinie dans laquelle nous découvrons, non pas les qualités, mais la nature môme, la nature infinie de tout ce qui est aimable. Si nous pouvions le contempler, nous verrions non pas seulement un être beau, mais la beauté même à l'état de personnage vivant; non pas seulement un être majestueux, mais la majesté en personne; non pas seulement un être juste, grand, puissant, saint, mais la justice, la grandeur, la puissance, la sainteté.
Ce qui met le comble à la splendeur de la Divinité, c'est qu'en elle tout est ramené à une parfaite et éternelle unité. En ce monde, nous ne pouvons pas jouir à la fois de toutes les perfections créées. Si cela nous était possible, s'il nous arrivait de pouvoir, en un seul et même instant, rassasier nos yeux de toutes les beautés de la nature, rassasier nos oreilles de toutes les harmonies, rassasier notre esprit de toutes les pensées agréables, rassasier notre cœur de toutes les aflcctions légitimes, il est à croire que nous mourrions de plaisir et de joie. Ce plaisir et cotte joie ne seraient cependant rien en comparaison des émotions délicieuses produites par la vue de Dieu. Car en lui nous embrass(îrons d'un seul regard le beau, le bon, le grand,
58 LA VIE VRAIMENT CHRÉTIENiNE.
le doux, le fort, le juste, en un mot tout, et tout réuni en une seule et indivisible essence.
Voilà le Dieu que les hommes oublient et qu'ils dédaignent. Puissent nos humbles considérations ouvrir de temps en temps Tœil d'une âme humaine, pour que de loin il contemple par la foi quelque chose de cette Divinité qui éternellement occupera tous les hommes! Les damnés seront à jamais désolés d'être séparés d'elle ; les élus à jamais enivrés au torrent de ses infinies perfections.
§ V. — Dieu, suprême ordonnateur.
L'apôtre saint Paul nous parlant de l'existence de Dieu, s'exprime en ces termes : Ce que Von peut savoir de Dieu, est connu des hommes^ car Dieu le leur a manifesté. En effet, les perfections invisibles de Dieu aussi bien que son éternelle jjuissance et sa. divinité sont devenues visibles depuis la création du monde ^ .
C'est de ce genre d'arguments que nous nous sommes servis jusqu'à présent pour redire : Il existe un Dieu.
De fait, afin de nous rappeler cette vérité suprême, nous avons considéré dans la création : un universel mouvement qui suppose un Être suprême donnant la vie à tout et ne la recevant de personne ; une succession indéfinie de causes et d'effets qui nous fait remonter jusqu'à un personnage adorable n'ayant, lui, aucun auteur de son Etre, et existant par lui-même; enfin une hiérarchie de perfections'graduées se terminant nécessairement par une nature infiniment parfaite, modèle et principe de toute bonté et de toute beauté créées.
Il est une dernière preuve de votre existence, ô mon Dieu! Nous allons l'exposer en deux mots.
1. Quod noturn est Dei, manifestum esl illis; Deus enim illis raanifeslavit. Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi, per ea quae facta sunt, intellecta, conspiciuntur; sempiterna quoque ejus virtiis, et divinilas (Rom. i, 19, 20).