‹ La vie vraiment chretienneChapitre 41 sur 309 · Ego surn qui sum (Ex. ii[, lil · texte numérisé non relu

Ego surn qui sum (Ex. ii[, lil

autre créature de son choix, pourquoi ne rimiterions-nous pas? Pourquoi craindrions-nous de recourir à l'image qui est la créature, pour avoir quelque idée du type qui est le Créateur?

Donc une comparaison pour nous aider quelque peu à saisir le sens de ce grand mot : Dieu est TEtre.

Je suppose qu'en un lieu privilégié de la terre soient réunies toutes les beautés naturelles : la montagne couverte d'une neige éternelle et levant jusqu'au ciel ses sommets majestueux; le vaste océan, ici calme et brillant comme un miroir immense, là furieux et soulevant ses vagues pleines d'écume ; tout ce que la végétation terrestre a de plus magnifique : des forêts superbes, des parcs émaillés de fleurs, de riches moissons; tout ce que l'art humain a pu inventer pour embellir la nature : édifices grandioses, fontaines jaillissantes, jets d'eau artistement ménagés, et mille autres merveilles ; enfin, tout ce que la race humaine a de plus séduisant : des beautés incomparables, relevées par d'incomparables ornements.

Quel spectacle! Mais la nuit l'enveloppe avant qu'on ait pu le voir : le soleil est caché ; pas de lumière ; un immense voile de ténèbres couvre toutes ces splendeurs. Dès lors qu'elles échappent à nos regards, on peut dire que pour nous elles ne sont rien.

Tout à coup le soleil , devançant son heure , apparaît resplendissant. Il est, lui, la lumière, et il la répand avec mne sorte d'intelligence sur ces créatures obscurcies qui semblaient l'attendre. Aussitôt le foyer lumineux distribue à toutes les variétés de ce tableau la part de beauté qui leur revient : aux fleurs leur éclat, et à chacune d'elles sa couleur; aux vastes forêts les mille nuances de leur feuillage et les cimes inégales de leurs arbres séculaires; à la montagne neigeuse sa majesté; à la mer ses flots écumants ou ses eaux transparentes; et à chacune des créatures humaines, rassemblées dans ce paradis terrestre, sa beauté, sa démarche, son vêtement, ses attraits.

l'être de dieu. 71

Subitement, sur un ordre du Créateur, le soleil disparait aussi brusquement qu'il était apparu. A l'instant même évanouissement de tout éclat, retour dans l'ombre : l'incomparable vision se replonge dans le néant.

Avant d'arriver au terme de notre comparaison, c'eslà-dire à notre grand Dieu, il faut faire ici deux remarques.

Dans cette scène fantastique, le soleil est en quelque sorte la lumière subsistante. Des couleurs qu'il distribue, et qu'il se plaît parfois à étaler dans nos arcs-en-ciel, il n'en possède aucune, et il les a toutes. Il n'a ni le bleu de l'azur, ni l'éclat de la pourpre, ni la verdure de nos champs, ni rémail de nos fleurs. Cependant toutes ces beautés sont réunies en lui à un degré suréminent, dans la plénitude de la lumière dont il est le centre radieux.

De leur côté, les créatures qu'il éclaire ont quelque chose de lui, mais ne sont pas lui. C'est de lui qu'elles tiennent leur couleur, leur apparence, leur éclat, mais aucune d'elles ne peut dire : Je suis lumière comme le soleil est lumière. Et la preuve en est que, lorsqu'il cesse de luire, elles cessent de paraître.

Maintenant laissons la comparaison grossière, et passons à la réalité : élevons-nous jusqu'à Dieu.

Il est au centre de son univers, ou plutôt il est partout. Il demeure présent, non pas sous une forme particulière, mais dans l'éternelle plénitude de toutes les perfections. Il n'est ni la beauté seule, ni la bonté, ni la grandeur, ni la majesté, ni la force, ni la puissance, ni la grâce, ni aucune perfection en tant que perfection séparée et limitée. Il est tout cela en même temps, mais dans une unité très simple, comme le soleil est toute couleur dans la simplicité de la lumière.

Et qu'ôtes-vous donc, daignez me le dire, vous que j'appelle mon Dieu? — Je suis Col m qui suis.

Vous êtes donc l'Être, l'Être subsistant? — Oui, je le suis. Rien n'est sans moi. Je suis Ir Srifjucur cl il n'y en a

fcis d'autre. Je forme la lumière cl je crée les ténèbres. Je suis le Seigneur^ moi seul ai tout fait^ .

0 Dieu, ô grand Dieu, puisque j'ai commencé à vous parler, comme Abraham votre serviteur je continuerai, bien que je sois cendre et poussière. Vous êtes TÊtre, assurezvous. Il existe donc une substance qui est l'Être môme, ^ l'état de nature vivante?— Oui, et c'est moi : Je suis Celui qui est. Je suis Celui de qui on a écrit : // appelle ce qui n'est point comme ce qui est^.

Si je vous comprends bien, mon Dieu, de même qu'on peut affirmer d'une pierre qu'elle est matière, d'un ange qu'il est esprit, du soleil qu'il est lumière, ainsi l'on doit dire de vous que vous êtes l'existence même? — Oui, et c'est pourquoi me comparant au soleil qui te donne la lumière, j'ai voulu que l'on écrive de moi : Le Seigneur lui-même sera ta lumière éternelle. Ton soleil ne s obscurcira plus, ta lune ne diminuera plus. Le Seigneur sera pour toujours ta lumière ^.

Mais alors. Seigneur, que sommes-nous donc, nous créal^ures? — Vous êtes des êtres, mais vous n'êtes pas l'Être. En présence de votre Dieu, chacun de vous doit s'écrier : Devant vous, Seigneur, ma substance est comme le néant ''*.

Nous sommes donc, ô Etre des êtres, relativement à vous^ ce qu'est ce je ne sais quoi que Ton appelle la couleur d'une fleur, couleur qui n'est qu'un reflet de la lumière, mais qui n'est pas la lumière elle-même? — Vous dites la vérité, ô créatures, ou plutôt vous ne la dites pas, parce que votre comparaison est grossière inflniment! Vous n'êtes que de pâles reflets de l'Être. Vous existez vraiment; mais votre existence n'est pas la mienne : elle n'est que

1. Ego Dominus et non est aller, formans lucem et creans tcnebras Ego Dominus faciens oninia heec (Is. xlv, 6, 7).

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