DIEU EST LA GRANDEUR INFINIE
dérable pour faire de rien des atomes de poussière que pour convertir ces atomes en corps célestes, car enfin, il y a toujours quelques proportions entre le ciel et un atome, puisque l'un et Fautre sont compris dans un môme genre, celui de créatures, et qu'ils ont entre eux certaines qualités qui leur sont communes; tandis qu'il n'y a, ni ne peut y avoir nul rapport, nulle proportion, entre ce qui est et ce qui n'est pas. De l'un à l'autre il existe une immense et infinie distance, qui ne peut être franchie que par un pouvoir immense et infini.
Il faut donc que notre Dieu soit un maître bien puissant et bien absolu, puisque le néant même est pour lui un fonds inépuisable d'où il tire tout ce qu'il veut : C'est de rien qu'il fait toutes choses. Je défie tous les rois, tous les monarques ensemble de faire de rien une seule feuille d'arbre, une petite paille, un brin d'herbe ; et je suis sûr que s'ils l'entreprenaient, ils n'en viendraient pas à bout avec toute leur force et toute leur adresse. De rien on ne peut rien faire, cela est certain. Cependant c'est de ce rien que notre Dieu a formé cet univers si grand et si vaste qui jette notre esprit dans le dernier étonnement.
Levez les yeux vers le ciel pendant la nuit, et admirez cette brillante armée d'astres divers. Sachez que le ciel étoile est d'une telle étendue que son tour mesure des millions de millions de lieues; et l'on a quelque raison de croire que le ciel empyrée, habité parles élus, est autant supérieur au firmament par son immensité que le firmament lui-même surpasse en grandeur les globes inférieurs qui nous dominent. Aussi, lorsque l'Écriture veut nous faire la description de cet heureux royaume, elle ne nous en donne poini de mesures particulières, elle n'a recours qu'à des exclamations : 0 Israël, que la maison de Dieu est r/randey cl combien le lieu qu'il possède est étendu! Il est rlevc, il est i)nmense^ il est infini^. C(^tte belle et charmante demeure est
1, 0 Israël, qiiam maj^na est donuis Dei, et iiif^ons locus posscssionis eJVis! Magnns esl, oi non habel (iiiein llar. m, ?.'t, 25).
si vaste qu'elle semble n'avoir point de bornes. Cependant c'est de rien que Dieu l'a faite; et, faite de rien, c'est en outre sur le rien qu'elle est appuyée, ou plutôt fondée depuis tant de siècles, comme les autres corps célestes qui tournent au-dessous d'elle.
N'est-ce pas là encore un ouvrage qui démontre une puissance souveraine? En effet, tous les architectes du monde sauraient-ils, avec tout leur art, faire tenir dans le vide et sans lien un fil d'araignée? Le créateur de l'univers, lui, tient suspendue sur le néant l'énorme et prodigieuse masse des étoiles et des soleils.
Pour nous faire une idée de sa puissance, regardons la terre. Par rapport aux sphères supérieures, elle n'est qu'un point imperceptible, centre de l'immense et suprême circonférence du monde. Eh bien, ce point si minuscule n'a pas moins de neuf mille lieues de circuit. Et Dieu le tient suspendu, sans appui, sur le vide ; car, selon la remarque de Job : Dieu balance la terre sur le néant ^ . Quelles doivent donc être la grandeur et la perfection de cet Être divin, puisque son pouvoir est si grand et si absolu !
Je prétends davantage. Ce Seigneur est si puissant qu'après avoir tiré toutes choses de rien, il peut encore les renvoyer toutes au néant, alors que les créatures, en réunissant leurs forces, sont incapables de détruire un seul atome. On dit que Milon de Crotone était si robuste qu'un jour il assomma d'un coup de poing un taureau de quatre ans. Quelle force n'aurait-il pas montrée, si prenant entre ses mains les cornes de l'animal il avait réussi à les écraser et à les jeter en l'air comme une poignée de poussière ! Cependant, supposé qu'il eût pu le faire, il ne les aurait pas pour cela réduites au néant. Jugez par là quelle est la force du bras divin, qui peut sans effort, et pulvériser et anéantir, je ne»dis pas un animal, un rocher, une haute montagne, mais la terre entière et toutes les créatures ensemble. Comme