DIEU EST LA GRANDEUR INFINIE
ifTirme saint Paul : // peut en un clin d'œil détruire, renouveler et juger tout l'univers \
On n'ignore pas qu'il faut bien moins d'effort pour abattre lue pour construire. Ne voit-on pas les hommes les plus puissants, je veux dire les princes de la terre, réussir beaucoup plus aisément à détruire qu'à édiôer? Et cependant, nême dans la destruction, quelle n'est pas leur faiblesse! 3ue de ressorts ne doivent-ils pas mettre en mouvement pour faire la guerre ! Combiner le plan de campagne, réunir es subsides, mobiliser les troupes, pourvoir aux approvi- >ionnemenls, armer les soldats, accumuler les munitions : Is ont besoin de toutes les ressources de leur empire. Dieu, ui, n'a besoin de rien, car il ne lui coûte pas plus de créer |ue d'anéantir, d'anéantir que de créer : il est aussi puislant pour l'un que pour l'autre. La destruction du monde mtier dépend d'un seul acte, du moindre signe de sa voonté.
Pour reconnaître davantage le pouvoir de Dieu, consatez qu'il n'a besoin d'aucun secours et qu'il opère sans noyens extérieurs. Dieu paraît admirable dans sa force^, ;'est le mot de Job. Il ne dit pas dans une force étrangère, nais dans la sienne propre. Voyez, je vous prie, combien il aut de travailleurs et d'instruments pour bâtir une maion, pour élever un dôme, pour appuyer un bastion, pour Iresser une colonne. On raconte qu'un roi d'Egypte eut )esoin d'employer vingt mille ouvriers pour faire consruire et élever un obélisque. Après cela, les hommes le devraient-ils pas rougir de donner le titre de très haut ît très puissant à des princes qui ont besoin du secours de ant de bras, de tant de machines, pour élever un peu aulessus du sol un vulgaire édiûce?
Sans remonter à des siècles si éloignés du nôtre, l'arihilecte Fontana raconte avec force détails la méthode
1. In momcnlo, in ictu oculi... et nos immutubimur (1 Cor. xv, 5*2). 7.. Deus excelsus in forliludine sua (Job, \xxvi, 22).
qu'il employa, sous Sixle-Quint, pour élever, sur la place Saint-Pierre de Rome, un obélisque de vingt-six mètres. En voulant exalter son art ne semble-t-il pas avoir fait une satire de la faiblesse humaine? Quoi! quarante grues, soixante-cinq chevaux, quatre tours de grosses charpentes, une forêt de pouli*es, un monde d'ouvriers, qui tous de concert, au son d'une trompette, donnaient de la force aux leviers, aux poulies, aux cordages. Et pourquoi tout cela? Pour remuer un bloc de pierre, pour le dresser, pour le hisser enfin sur sa base, alors que noire Dieu, sans ouvriers, sans instruments, fait des choses incomparablement plus grandes et plus difficiles par un seul mot.
Qu'on réunisse actuellement vivants tous les hommes et que, par la vertu de leurs paroles, ils essaient de faire bouger seulement une paille tombée à terre. Jamais ils n'en pourront venir à bout. Quand même tous les hommes qui ont été, qui sont et qui peuvent être, se rassembleraient pour commander ensemble à cette paille de changer de place, elle y restera toujours, malgré tous leurs ordres. Dieu, au contraire, établit le mouvement partout, uniquement par la force de sa parole; aussi le Psalmiste s'est-il écrié : C'est par la parole du Seigneur que les deux ont été affermis, et toute leur force, toute leur beauté vient du souffle de sa bouche^. Après cela, comment les hommes osentils se glorifier devant Dieu? Comment ne reconnaissent-ils pas ce qu'il est en voyant ce qu'il peut?