‹ La vie vraiment chretienneChapitre 68 sur 309 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Jésus-Christ, Homme-Dieu, est en même temps notre Rédempteur.

De toutes les œuvres qui s'accomplissent dans l'univers, la reine et le centre c'est l'œuvre de la Rédemption des hommes. Invisible, mais réelle, cette opération incessante peut être comparée à l'action du soleil sur le monde matériel. De même que, privées de cet astre, les créatures d'ici-bas languiraient dans les ténèbres et une froide stérilité, et qu'au contraire par l'influence de sa chaleur et de sa lumière elles reçoivent l'éclat, la couleur, la fécondité et la vie ; de même, laissée à elle seule, la pauvre humanité, dévastée par le péché, n'a plus d'autre espoir qu'une vie remplie de misères et terminée par une mort éternelle. Heureusement, chaque jour il descend du ciel une influence salutaire, je veux dire la grâce. Effusion abondante de lumière et de chaleur surnaturelles, cette grâce luit sur toutes les âmes humaines; c'est elle qui leur inspire les bonnes pensées et les bons mouvements, qui les relève

1. In nomine Jesu, omne genu flectalur cœleslium, terrestrium, et inlcrnorum (Phili. ii, 10).

du fléché et les dirige de nouveau vers le souverain bien. Quand l'homme s'est relevé, c'est elle qui le soutient, le guide, l'anime; c'est encore elle qui brille sur lui au moment de la mort; c'est elle enfin qui le remet, régénéré et sauvé, dans le sein de son créateur. Telle est l'œuvre de la Rédemption : elle n'est que l'opération incessante de la grâce du ciel agissant sur la terre.

Le premier et souverain auteur de cette œuvre de vie n'est autre que la Divinité elle-même, la Divinité subsistant en trois Personnes : le Père, le Fils, le Saint-Esprit; c'est d'elle et d'elle seule que provient originairement cette source de grâces. Toutefois l'adorable Trinité n'a pas jugé digne de sa majesté et de son amour d'opérer sans ministre une œuvre aussi remplie de gloire et de bonheur. Qu"at-elle fait?0 sagesse! 0 puissance! 0 bonté! Pour racheter les hommes, elle s'est choisi un homme. Après l'avoir prédestiné dès l'éternité avant toute créature, elle l'a créé dans le temps, .et, par la vertu de sa toute-puissance, elle a fait que cet homme soit, non pas un grand homme, non pas un grand roi, non pas un grand saint, mais un Dieu; un Dieu homme ne formant avec le Verbe qu'un seul et même être, une seule et même personne. 0 merveille! 0 nouveauté inénarrable survenue dans le sein de la Trinité ! Jusque-là je ne voyais, dans mon Dieu, qu'un vrai Dieu possédant une nature infinie, mais maintenant je vois en lui un Dieu-homme, un homme semblable â moi. A peine la très sainte Trinité s'était-elle, si j'ose ainsi dire, adjoint cet homme-Dieu, que ce fut à lui, à ce Dieu revêtu d'une nouvelle nature, qu'elle confia le ministère de la Rédemption. Et dès lors, l'IIomme-Dieu reçut le nom de Jésus, Sauveur, Rédompteur des hommes.

11 se mit à l'œuvre en prenant pour règle les divines instructions reçues d'en haut, et les inspirations personnelles de sa grande âme. Et voici Tordre tout divin qu'il suivit dans sa céleste entreprise. Une plénitude absolue de grâce fut confiée à son humanilé, et, avec cette plénitude, une

étonnante puissance de communication. Par là, il devint dans le monde spirituel ce qu est pour le monde visible le soleil où réside la plénitude de lumière et de chaleur qui féconde la terre : Jésus-Christ est le vrai soleil de justice; en lui reposent la plénitude de toute grâce et la force pour sanctifier les hommes.

L'humanité coupable n'était pas digne des influences de cet astre divin, elle ne méritait au contraire que les ténèbres de la mort; aussi la justice éternelle défendait à Jésus- Christ de laisser couler sa grâce, à moins que lui-même, au prix d'une satisfaction infinie, n'en acquit le droit en Tachetant. C'est pourquoi le bon, l'admirable Jésus obéit. Pendant trente-trois années d'une vie terrestre, il amassa l'infini trésor de ses mérites ; sa passion et sa mort en furent le dernier complément. A l'heure où il voulut expirer, ayant recueilli et rassemblé dans son sang toutes les expiations de sa vie mortelle, il présenta ce sang divin à la justice de Dieu, et demanda le droit de faire désormais tomber sur les hommes ses frères, les grâces réservées à leur salut. La Justice satisfaite accéda à cette prière, et, de concert avec la Miséricorde, elle dit à Jésus-Christ : « 0 Dieu semblable à nous, puisque vous êtes homme et que vous avez payé pour tous les hommes, en récompense les hommes sont à vous! Vous les avez achetés, ils vous appartiennent; vous pouvez à votre gré leur communiquer ce que vous avez vous-même; unissez-vous à eux, sauvez-les, amenez-les avec vous dans la vie éternelle. La très sainte Trinité dont vous faites partie, met sa gloire à vous posséder, 6 Homme- Dieu, et à vous voir possesseur de l'humanité régénérée I »

Ce pacte enire le Rédempteur et la Trinité sainte mettait le dernier sceau à l'œuvre du salut des âmes : la Rédemption était accomplie, consommée quant à son essence, comme l'illumination du monde visible fut, dès le principe, substantiellement achevée par le seul fait de la création du soleil matériel. De même cependant que cette illumination des premiers temps ne suffît pas, et qu'il faut une action

continuée par laquelle l'astre du jour répande incessamment ce qu'il a reçu du Créateur; de même la Rédemption simplement opérée n'était que la moitié de l'œuvre : son achèvement demandait la Rédemption continuée. Jésus- Christ la continue, car il s'est constitué le Rédempteur perpétuel du monde. Voici comment :

Il est monté au plus haut des cieux, à la droite du Père d'où il peut, selon sa toute*puissance, agir ici-bas avec une souveraine efficacité. En même temps et sans se diviser, il a répandu son humanité sur toutes les parties de la terre. Participant pour ainsi dire au privilège de l'immensité, il habite en mille lieux à la fois par la divine Eucharistie : ainsi le monde est tout entier occupé par la divinité, comme nous le voyons par un prodige d'amour, tout rempli de Jésus-Christ. Dans la solitude des tabernacles, non moins qu'au plus haut des cieux, ce divin Rédempteur porte en sa personne l'inépuisable plénitude de grâce et la merveilleuse vertu de communication qui l'établissent vrai soleil toujours dans la splendeur de son midi; et c'est en ce sens qu'on peut appliquer la belle parole du Psalmiste : En lui se trouvent toutes les richesses d'une Rédemption surabondante \

Le Rédempteur n'est pas avare de ses dons, car de son sein jaillit un fleuve intarissable de Rédemption et de vie. Tous les hommes sont pour lui des créatures chéries, des frères, des membres qu'il aime avec des tendresses ineffables. Il voudrait donner à chacun d'eux la plénitude qu'il possède, que dis-je! se donner lui-même. Mais les lois de la Providence arrêtent les élans de son amour : il a été statué que la Rédemption ne serait pas communiquée aux hommes par force. Hélas! combien do malheureux enfants d'Adam usent de leur liberté pour mettre obstacle aux effusions de Jésus-Christ!

Néanmoins, en dépit de leur ingratitude, le Sauveur agit,

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