‹ La vie vraiment chretienneChapitre 73 sur 309 · UNE SUBSTITUTION MERVEILLEUSE · texte numérisé non relu

UNE SUBSTITUTION MERVEILLEUSE

n'exagère pas, que Dieu posa en lui l'iniquité de nous tous^. Saint Paul va plus loin. Jésus-Christ^ nous dit-il, a été tellement chargé de nos crimes qu'il est devenu d'une certaine façon le péché même^ le péché subsistant'^. Sans doute, contrairement à ce que les précédentes comparaisons pourraient faire croire, le Fils de Dieu n'est pas devenu personnellement pécheur. Toutefois, bien que personnellement innocent, il a reçu nos péchés en héritage; il les a pris; il s'est, en quelque sorte, incorporé nos crimes; il les a regardés comme siens, et c'est parce qu'il fut pécheur par remplacement que la justice divine sur le Calvaire l'a brisé et immolé.

N'est-ce pas là une substitution ineffable? Et quoi de plus ineffablement heureux que de pouvoir penser, comme nous le pouvons tous : Mon péché est aussi le péché de Jésus-Christ; en moi, ce péché mérite l'enfer, en Jésus- Christ il mérite le pardon? Gloire à Dieu et paix aux hommes'-^l C'est le cantique du jour béni où ce miraculeux transfert de nos iniquités s'opéra sur le berceau de Jésus.

Ce n'est pas tout. Le contrat, nous l'avons dit, contient une seconde clause : il a été décrété que Jésus -Christ chargé des misères de l'homme transmettrait à celui-ci tous ses trésors. Admirable échange, en vérité, et magnifique commerce qui ne s'explique que par une richesse infinie mise au service d'un amour sans égal.

Quoi! tout cela est-il bien vrai? N'est-ce pas du mysticisme? Est-il permis de croire que la fortune de Jésus- Christ nous a été ainsi léguée par testament?

Écoutez là-dessus l'enseignement du grand docteur saiut Augustin, qui n'est lui-même que l'écho de l'Ëvangilc. Il enseigne que joar le saint baptême l'homme est incorporé à

1. Posuil Doininus in eo iniquitatem omnium nostnim (Is. i.iii, ("•).

2. Christus nos redemit do maledicto legis, faclus jmo nobis maiediclum (Gai, III, 13).

3. Gloria in altissimis Dco, et in terra pax hominibus bon;p voliinlatis (Luc. II, 14).

Jêsus-Chrisl et devient un de ses membres*. La passion et la mort de ce Dieu rédempteur lui appartiennent dès lors comme si lui-même avait consommé le sacriûce du Calvaire. Aussi saint Thomas conclut-il : La Passion du Christ fut satisfactoire pour les péchés de tous les chrétiens baptisés comme la souffrance d'un membre peut être satisfactoire pour le péché d'un autre membre^.

Et ce que ces deux auteurs disent du néophyte, saint Paul nous le répète en parlant de tous les chrétiens. Vous avez été, affirme-t-il, enrichis de tous les biens en Jésus- Christ^. N'ayant rien par vous-même, vous possédez tout en Jésus-Christ. Sa naissance, sa vie, sa passion, sa mort et son adorable sacrement vous apparliennent. Au jour de la Nativité, un petit enfant vous est né; le fils de Dieu vous a été donné'*; il est devenu votre bien, votre propriété. Pauvres, dénués de tout, pécheurs passibles de l'enfer, n'ayant aucun droit à obtenir quoi que ce soit du ciel, vous avez droit à tout bien par Jésus-Christ, et chacun de vous peut dire à Dieu : J'ai péché, mais le sang de Jésus-Christ m'appartient; je ne mérite aucune grâce, mais les mérites de Jésus-Christ sont à moi; ma prière est impuissante, mais Jésus-Christ m'a donné la sienne; je n'ai rien, mais je possède le ciel; je suis pauvre par naissance, mais j'ai le Fils de Dieu pour héritage. Gloire à Dieu au plus haut des deux! c'est le cantique de ma reconnaissance, c'est le cri de joie de ma pauvreté subitement enrichie; c'est l'hymne d'action de grâces d'un coupable mortel à qui le Créateur envoya un jour, comme cadeau de sa divine munilicence, le petit Enfant de Bethléem!

1. Baplismus, quo Chrislo consepeliunlur, ut incorporentur illi tneinbra ejus, hoc est (ideles... (S. Aug. De peccatonim merilis et remissione et de bapli^mo parvulorum lib. I, c. xxvi).

2. Unde ipsa pœna Christi fuit salisfacloria pro peccatis baplizatorum, sicut et pœna unhis membri polest esse satisfactoria pro peccalo alterius membri (Summ. Theol. lli', q. lxvih, a. v, ad 1).

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