Préparation à la mort, rréfacc
ration. Ils allèrent jusqu'à nier que ce Dieu-Rédempteur fût mort pour tous les hommes. Saint Vincent de Paul nous rapporte à ce sujet un fait bien sombre. Un malade allait mourir, désespéré de son salut. « Mon frère, lui dit un prêtre, ayez confiance en la miséricorde du Dieu qui est mort pour nous. — Mort pour moi! s'écrie le moribond, qui vous l'assure, puisqu'il n'est pas mort pour tous? » Le malheureux avait avalé le poison du jansénisme.
Jésus-Christ est mort pour nous, ne cesse de répéter Alphonse, mort pour nous tous; mort pour chacun de nous; mort par pur amour pour nous. Aimez-le donc! Si vous êtes pécheurs, vos cœurs n'en sont pas moins faits pour l'aimer ; et si l'amour de Jésus est le sentiment, de tous, le plus sublime, sachez qu'il est aussi de tous le plus à la portée de vos âmes.
Avait-il tort ou raison de parler de la sorte? Il eut raison, car Alphonse l'avait constaté par expérience : au fond de toute âme humaine il y a un instinct sympathique pour Jésus-Christ.
Deux missionnaires arrivèrent un jour à Lassa. Lassa est la capitale du Thibet; elle est en même temps le centre de l'idolâtrie asiatique. C'est là que se trouvent, si j'ose ainsi parler, les séminaires du démon, c'est-à-dire les écoles où viennent se former les prêtres de Bouddha. Jamais peutêtre les pieds d'un prédicateur de l'Évangile n'avaient foulé cette terre. Comment annoncer la bonne parole à ce peuple plongé, plus que tout autre, dans les ténèbres de la mort? Par quelle voie tenter la conquête de ces âmes inaccessibles à la vérité?
Une idée vint à nos deux missionnaires, idée sainte et féconde. Ils cherchèrent un appartement donnant sur une des rues les plus fréquentées de la ville. Quand ils l'eurent trouvé, choisissant l'endroit de la chambre le plus en vue, ils y suspendirent un grand cruciûx; et s'agenouillant devant cet objet sacré, ils restèrent là immobiles dans le silence et l'adoralion. Deux hommes prosternés devant
l'amour de jésus-curist, mis a la portée de tous. 141
rimage d'un supplicié ! C'était assurément, pour des païens, un spectacle bien nouveau. Un instant suffit pour que la curiosité rassemblât autour de ce sanctuaire improvisé une foule de passants. Surpris et intrigués, tous se demandaient l'explication de la scène qu'ils avaient sous les yeux. Quand ils apprirent que cette image d'un homme couvert de plaies et cloué sur une croix était celle de leur Dieu mourant pour les sauver, leur premier instinct fut de croire 6l d'adorer.
Saint Paul, dans la voluptueuse Gorinthe, fit aussi profession de n'y prêcher que Jésus crucifié. L'éloquence seule de ce nom enfanta aussitôt des chrétiens. Saint François Xavier, les missionnaires du Paraguay, les apôtres du Japon marchaient à la conquête spirituelle des peuples, avec la seule arme du cruciflx, et toujours, dans leurs mains, cette image sacrée fut comme un talisman divin qui attira les cœurs.
C'est que, répétons-le, toute âme humaine a reçu du ciel un instinct merveilleux qui la porte vers Jésus-Christ. Si l'auteur de la nature a formé en chacun de nous l'amour instinctif de la patrie et de la famille, l'auteur de la grâce a également créé dans tous les hommes, à plus forte raison encore quand ils sont baptisés, une secrète sympathie pour le divin Rédempteur.
Tous, il est vrai, nous naissons enfants de colère, avec des instincts profonds pour le mal, parfois même, avec des goûts sataniques pour tout ce qui vient de l'enfer ou y conduit : c'est l'héritage du péché. Malgré cela, le cœur de l'homme reste sensible au bien; il demeure semblable â une mer agitée par des vents contraires : le vent du péché souffle sur lui et le porte vers le roi de la cité du mal; le vent de la grâce souille également et le porte vers le roi de la cité du bien, vers Jésus-Christ Notre-Seignoiir.
Dans une émeute de grande ville, le peuple était sur le point de crier : « Vive l'enfer! » On lui montre une croix, il chante : « Vive Jésus-Christ! »
Les Juifs vociféraient : Crucifiez-le ^ ! C'était le souffle du démon. Quelques jours auparavant ils avaient chanté : Hosanna au fils de David^l C'était le souffle de Dieu.
Saint Augustin, pour nous faire comprendre cet instinct d'une âme naturellement chrétienne, recourt à une comparaison familière. TVe vous figurez pas un mouvement rude et pénible; il est doux et suave : c'est la suavité même qui vous attire. Montrez à une brebis affamée un rameau verdoyant^ elle vient; l'attrait la fait approcher, non la violence. Et Jésus-Christ ! Jésus-Christ révélé par le Père, croyez-vous qu'il n attire pas les enfants d'Adam? Dès lors que vous croyez en lui, vous venez à lui'^.
Bien avant saint Augustin, le Seigneur nous a adressé une parole touchante par la bouche du prophète Osée. Voulant nous faire entendre qu'il saura bien reconquérir le cœur des hommes, ce Dieu aimable s'écrie : J'emploierai pour les gagner les attraits auxquels se laisse prendre la race d'Adam^; c'est-à-dire : Je leur proposerai Jésus-Christ et les prodiges d'amour qu'il révèle.
Jésus-Christ vint donc lui-même , et ce fut pour nous presser par cette tendre invitation à laquelle il fait bon de se rendre : Si quelqu'un est petit, quelque petit qu'il soit, qu'il vienne à moi'^.
Voilà pourquoi saint Alphonse n'a pas cru violer les règles de la sagesse en prêchant l'amour de Jésus-Christ à tous les hommes, quelque grossiers qu'ils fussent d'ailleurs.