‹ La vie vraiment chretienneChapitre 81 sur 309 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'amour de Jésus-christ, mis a la portée de tous.

Saint Alphonse ose parler de l'amour de Jésus-Christ à tous les chrétiens^ même aux plus imparfaits. Cette hardiesse, car c'en est une, est un des traits caractéristiques de son ascétisme.

Nos âmes, hélas! sont si loin du Sauveur, que, même parmi celles qui le servent, il en est peu qui osent songer à l'aimer. Nous avons dans le cœur un instinct déplorable, ordinaire du reste à tout pécheur, un instinct qui nous fait dire : Aimer Jésus-Christ est au-dessus de ma condition j c'est le privilège des saints!

Cet instinct est un mensonge. La vérité est que, dans l'homme, le bien comme le mal commence, se poursuit, et s'achève par le cœur.

Saint Alphonse a compris cette grande loi. Fondateur d'une société de missionnaires voués au service des âmes les plus abandonnées, il répétait souvent à ses disciples cette profonde maxime : « Mes Pères, même aux plus grands pécheurs, prêchez l'amour de Jésus-Christ. Les conversions dans lesquelles cet amour n'intervient pas sont des conversions qui durent peu. La crainte fait fuir le mal, mais l'amour fait persévérer dans le bien. Je vous le dis : le cœur de l'homme est ainsi fait. »

C'est d'après ce principe qu'il a entrepris de populariser l'amour de Jésus-Christ. Son livre des Visites au Saint-Sacrement ressemble à un jet de flammes s'élançant du brasier de la charité. Une âme séraphique, une sainte Thérèse, en

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ferait ses délices; cependant Alphonse l'a composé pour le peuple, et le peuple le lit, le relit, le savoure.

Dans un autre de ses ouvrages, également populaire, il s'écrie en commençant : Je vous en conjure, cher lecteur, ne vous lassez pas de m'entendre toujours demander l'amour de Jésus-Christ. Car ce don sacré est une grâce qui renferme en soi toutes les autres ^

De son cœur brûlant se sont échappés maintes fois des chants poétiques, qui rappellent ceux de saint François d'Assise et de sainte Thérèse. Or, ces chants d'amour, il n'a pas craint de les livrer au peuple ; et, dans les missions, le peuple les chantait, les comprenait, les aimait.

Cette passion de faire aimer Jésus-Christ pénétra l'âme d'Alphonse dès le début de son apostolat. Jeune prêtre, il avait formé à Naples des associations, connues sous le nom de chapelles et composées d'hommes du peuple. Or, dans ces réunions populaires, il parla souvent de l'affection pour Jésus, et ce ne fut pas sans fruit. Un jour, deux de ces pieux associés, calomniés à cause de leur prosélytisme, furent saisis et emmenés en prison. Chemin faisant, l'un des deux dit à son compagnon : « Je voudrais bien savoir, mon cher, si cette politesse est de ton goût? — Nullement, répondit l'autre; on use d'une trop grande civilité à notre endroit, car pour nous garrotter on emploie une étoffe de laine, tandis que Jésus-Christ, lui, a été lié avec des cordes. » Et en parlant ainsi, il pleurait. Cet homme du peuple aimait, il aimait son Sauveur crucifié; Alphonse lui avait enseigné cet amour.

Bien différent fut le langage des hypocrites jansénistes, ses contemporains, dont il combattit les froides et désolantes doctrines, en vertu d'une spéciale mission reçue du ciel. Tandis qu'il s'épuisait en efforts pour unir le peuple à Jésus-Christ, ces astucieux sectaires n'avaient d'autre but que d'élever entre le Sauveur et les âmes un mur de sépa-

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