OBSTACLES A L' AMOUR DE JÉSUS-CHRIST
Votre amour, ô aimable Jésus, est une jouissance si douce et si facile, un don que vous accordez si promptement et si volontiers, qu'on se demande comment la plupart des hommes peuvent vivre sans vous aimer; comment ceuxmêmes qui font profession de vous servir vous aiment si peu. Ah! c'est que rien n'est plus attaqué dans notre cœur;,
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par la nature, par le monde et par le démon, que le règne de votre amour.
En général, tous les dangers qui, par mille endroits à la fois, menacent de souiller notre cœur, peuvent être signalés comme ennemis de la charité, car cette aimable vertu souffre de toutes les blessures faites aux autres vertus ses compagnes. Toutefois parmi ces dangers, quelques-uns s'attaquent à elle plus directement.
Le premier et le principal est cet instinct d'égoïsme que l'on a nommé : amour-propre ou volonté propre. La chute originelle a perverti le fond même de notre être. Avant ce péché, la volonté humaine était expansive et tournée vers Dieu. Elle désirait sans doute le bonheur; mais, par la double disposition de la grâce et de Tintégrité naturelle, elle était inclinée à chercher ce bonheur dans l'oubli d'ellemême et dans l'amour de Dieu par-dessus toutes choses. Se dévouer pour Dieu, ambitionner le bien de Dieu avant le bien personnel, faire consister le bien personnel dans le plaisir de Dieu : tout cela lui était naturel et instinctif, comme il est naturel à l'œil et à la main de veiller au bien de la tête et du corps entier.
Cet ordre a été bouleversé : la volonté, privée de la grâce et blessée dans son intégrité, s'est repliée sur elle-même. Le baptême l'a relevée sans la guérir; de sorte que l'inclination de notre être n'est plus l'amour de Dieu, c'est l'amour-propre, c'est-à-dire l'indestructible envie de ne nous occuper que de nous, de chercher le bonheur pour nous indépendamment dû Dieu, de nous flatter, de nous adorer, de nous diviniser, comme s'il n'y avait pas au ciel un Dieu qui est notre Créateur et notre Père.
Cet amour-propre est actif, rusé, infatigable, enraciné, incurable, mêlé à tout, caché et perfide, insolent, ramenant tout à soi : Dieu lui-même et ses dons. Cent ans d'eiïorts à le repousser ne l'empêchent pas de revenir â la charge dans chaque action humaine, pour se substituer à l'intention de plaire à Dieu.
De là, pour aimer Jésus-Christ, la nécessité d'une continuelle mortification au plus intime de notre être, mortification qu'on appelle dé lâchement de soi-même.
Le second danger est Vamour des créatures. Le péché originel, en nous enlevant la tendance finale vers Dieu et son bon plaisir, ne nous a pas, hélas! enlevé Tamour des créatures. Les rôles n'ont fait que changer : nous nous sommes mis à la place de Dieu. Sans le péché, nous aurions joui des créatures et de nous-mêmes pour l'amour de notre Père céleste; depuis le péché, nous voulons jouir des créatures et de Dieu pour l'amour de nous-mêmes.
Notre amour pour les choses créées est déréglé quant à la fin; il est aussi horriblement désordonné quant au mode. De telle sorte que notre pauvre cœur, privé de son mouvement vers Dieu, tout en conservant son besoin de jouir et d'aimer est relancé avec fureur du côté des créatures, comme il a tout à faire pour s'arracher au monde et se reporter péniblement en haut. Amour de la chair, amour de la beauté, amour de la bonté créée, amour du sang, amour de l'or, amour des plaisirs, amour de l'honneur, tout nous assiège; tout conspire avec notre amour-propre, tout le sollicite : tout blesse ou expulse la charité.
De là, pour aimer Notre-Seigneur, la nécessité du détachement des créatures.
Le troisième grand danger est le bruit du monde. Pour aimer, il faut connaître. Pour connaître Jésus-Christ il faut penser à lui ; or, les créatures nous occupent, nous distraient et nous trompent.
De là, pour posséder la charité, la nécessité de V oraison et du recueillement.
Prions sans cesse pour avoir la grâce; à chaque instant, lançons notre volonté au delà de l'amour-propre; privonsnous des créatures autant que Dieu le veut ; retenons enfin notre esprit dans l'attention aux choses divines et ainsi nous parviendrons à posséder la divine charité.