‹ La Vieille DadaChapitre 1 sur 14 · La Vieille Dada · texte numérisé non relu

La Vieille Dada

en d'autres temps toutes les jouissances 1 qu'apporte une grande fortune; mais sa

ruine, que préparèrent des circonstances

malheureuses, fut achevée par le tremble--

ment de terre qui renversa la Pointe-à-Pitre.

Fixé en France, le vieillard put, grâce à des

secours reçus de sa famille, vivre durant plu--

sieurs années sans éprouver de trop pénibles

privations j mais ces secours, qui ne tardè--

rent pas à devenir plus rares, cessèrent à Pé-poque ou son grand âge les aurait rendus plus nécessaires.

Dans l'abandon oti s'achevait sa vie, un seul bien demeurait au malheureux octo-génaire, le dévouement d'une négresse dont il s'était fait suivre, dévouement sima bornes qui, pour être parfaitement libre depuis qu'elle avait touché la terre de France, n'en était devenu que plus ardent. Suppléer par set efforts aux subsides des Antilles qui n'ar-rivaient plus, cacher à son maître l'origine des petites sommes qu'elle se procurait par de rudes labei", en attribuant aux amis d'Amérique le rôle souvent prêté aux oncles de ce pays, telle fut la constante étude de l'infatigable servante.

Par quelles ressources pourvoyait-elle aux besoins de son mattre, et comment par.

venait-elle à le tromper pour ménager sa dé-licatesse? C'était là le secret dont elle se croyait mattresle. Elle l'a gardé longtemps en effet. et ce n'est pas sans peine qu'il a été découvert. Ce secret, le voici :

Pour cette femme, malgré les infirmités inséparables d'un âge déjà fort avancé, la nuit était presque sans repos, car elle la con-sacrait à gagner le pain du jour. Entre ces petites industries ignorées, ressourcé pré-caire des malheureux qui les exercent, il en ept une qui a fixé, après d'autres tentatives moins heureuses, les préférence? de la vieille Dada, surnom habituel donné à la vieille négresse par les enfants du Mourillon.

Tandis que son maître repose, sa discrète nourricière se dirige d'un pas furtif vers le rivage, afin d'y pécher des oursins qu'elle court vendre au marché avant le réveil de son maître. Lorsqu'au souffle de la tempête la lame déferle avec force etle couvre d'écume, la négresse est heurei se, car la pêche sera probablement abondante, et quelque petite douceur viendra surprendre le vieillard à son lever. Mais si les premiers rayons du jour caressent les vagues endormies, cette fête de la terre et du ciel ne réjouit pas le cœur de l'Africaine, car plus la.mer est belle moins la pèche est bonne, et quand les oursins man-quent, un déficit au budget quotidien la con-traint d'implorer la pitié de quelques bonnes âmes.Celles-d n'ont jamais refusé à la digne servante, mais pour prix de leurs aumônes elles ont réclamé des confidences. Puis au

PARIS. — LNR. OLM LE CLHU: KI' Rn: t:,\s..ttlti, ';\oA tort de la curiosité est venu se joindre celui de l'indiscrétion, et c'est ainsi que Nymphe, dont l'accoutrement étrange provoqua si longtemps les railleries de Vdge sans pitié, s'est trouvée dénoncée tout à coup par une coalition de curieux et d'indiscrets à l'ad-miration de la France.

(Cette anecdoïe est empruntée au rapport sur les prix de vertu, lu À l'Académie française par M. DE CARNÉ le 20 août 1868).

exemplaires varié, et 10 fr. franco.

BIOGRAPHIES NATIONAI.ES, 1

Page 1