JEANNE D'ARC
La France était perdue; elle allait devenir anglaise. Le roi même, Charles VII, appelé par dérision le roi de Bourges, désespérait de sa cause. Mais Dieu, qui aime la France, résolut de la sauver. Il suscita Jeanne d'Arc.
Jeanne naquit à Domremy, près Vaucouleurs, d'une pauvre famille, et elle grandit dans la pratique de toutes les vertus. L'amour de Dieu et de son Église, l'amour de la France furent les deux sentiments qui, presque dès le berceau, dominèrent sa grande âme. Elle avait onze ans quand l'archange saint Michel lui annonça la mission que Dieu lui réservait; elle en avait dix-sept à peine quand elle commença de l'ac-complir.
« Personne au monde, disait-elle, ne peut « reconquérir le royaume de France, et il n'aura « secours que de moi, quoique j'aimasse mieux « filer auprès de ma pauvre mère. Mais il faut « que j'aille et que je fasse cela, parce que mon « Seigneur (Dieu) veut que je le fasse. »
Elle obtint à grand'peine d'être présentée au roi Charles VII. Elle alla droit à lui, bien qu'elle ne l'eût jamais vu et qu'il se dissimulât dans la foule des courtisans : « Gentil dauphin, lui dit-- « elle, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande « ie Roi des cieux par moi que vous serez sacré « et couronné à Reims. »
Charles voulut qu'elle fût longuement exami-née par des théologiens et des membres de son conseil. Ils ne purent la prendre en défaut : « Je ne sais ni A ni B, disait-elle; mais je suis « envoyée par Dieu pour faire lever le siège « d'Orléans et mener le roi à Reims, pour qu'il cc y soit sacré et couronné. » - « Mais, objectait Guillaume Aimeri, l'un des examinateurs, si Dieu veut délivrer la France, il le peut faire sans le secours des gens d'armes. » — « Les « gens d'armes batailleront, répondit-elle, et « Dieu donnera la victoire. »
Elle voulait que les factions qui déchiraient le royaume et l'avaient conduit à sa perte, se ralliassent autour de la royauté, du chef de la dynastie capétienne. Quand le roi lui présenta le duc d'Alençon, prince du sang et gendre du duc d'Orléans : « Vous, soyez le très bien venu, » dit-elle; et elle ajouta : « Plus il y en aura du « sang Je France ensemble, mieux cela vaudra. »
Sur le rapport favorable de la commission d'examen, le roi se décida à la mettre en œuvre. Elle pénétra dans Orléans, assiégé depuis sept mois et près de tomber entre les mains des Anglais. Aussitôt les affaires changèrent de face. Les assiégeants furent assiégés à leur tour dans leurs postes fortifiés. Jeanne enleva tous ceux qui étaient situés sur la rive gauche de la Loire, et, cinq jours après le commencement des opé-rations nouvelles, l'ennemi se retirait, la ville était délivrée.
Jeanne enleva ensuite aux Anglais Jargeau, Meung et Beaugency; puis elle poursuivit l'armée ennemie qui se dirigeait vers Patay. « Il faut « combattre, disait-elle; quand ils seraient « pendus aux nues, nous les aurions. Mon con-- « seil m'a dit qu'ils nous sont livrés tous. »
Orléans délivré, les Anglais vaincus, elle mena le roi à Reims, soulevant l'enthousiasme du peuple et prenant les villes sur son passage. Au sacre, elle était auprès de l'autel, tenant en main l'étendard blanc, semé de fleurs de lis d'or, qu'elle avait fait faire par l'exprès comman-dement des voix célestes. Comme ses juges à Rouen, l'accusant d'orgueil, lui demandaient pourquoi cet étendard avait été porté au sacre plutôt que celui des autres capitaines : « Il avait « été à la peine, répondit-elle, c'était bien « raison qu'il fût à l'honneur. »
Le triomphe de Jeanne, décisif pour le salut de la France, devait être suivi promptement pour elle de déceptions et d'angoisses. Dieu qui, dans ses desseins éternels, la destinait au martyre, lui fit éprouver un échec devant Paris, un second devant la Charité-sur-Loire, et enfin l'abandonna aux mains de ses ennemis, dans une sortie, devant Cotnpiègne. Le comte de
Luxembourg, dont elle fut la captive, la livra aux Anglais.
Avant le supplice final, son procès fut un long supplice. Elle fut enfin publiquement brûlée sur la place du Vieux-Marché, à Rouen. Elle eut TAIUS. — 1MT. JUtLS I.K CI.KUU ET Clu, RU K CAVSI.CTTK, 3<l. pour ses ennemis des paroles de pardon, pour son roi un dernier souci de l'honneur royal, et quelle ferveur pour son Dieu ! La voici liée au fatal poteau, environnée de flammes. Elle prie encore. Enfin, toute sa vie se rassemblariv dans son dernier soupir, elle l'exhale en criant : « Jésus! »
Un soldat anglais avait parié qu'il jetterait un fagot dans le bûcher de Jeanne. Il s'appro-chait pour accomplir ce bel exploit, quand tout à coup on le vit pâlir, chanceler, s'affaisser sur le sol. Ses compagnons l'emportèrent dans une taverne voisine, où ils eurent toutes les peines du monde à le faire revenir. « Elle expirait, dit-il, et comme elle disait : Jésus! j'ai vu une colombe qui venait de France et montait au ciel ! »
Jean Thiessart, secrétaire du roi d'Angleterre, en revenant du supplice, s'en allait par les rues, le front penché, les yeux hagards, répétant à tous ceux qui voulaient l'entendre : « Nous « sommes perdus, nous avons brûlé une « sainte ! »
La mission de Jeanne d'Arc est assurément la plus grande preuve que Dieu ait donnée de son amour pour la France. Dieu aime les peuples qui l'aiment, eut sauve ceux qui croient en lui.
Dépôt, jb, rue du Bac, à Paris. — 8 fr. les mille exemplaires variés, et 10 fr. frauco.