AU SCRUTIN
— Vieillard, où vas-tu ?
— Je vais aux élections.
— Ton âge est avancé, ta marche est pe-sante, et la ville est bien loin.
j — J'irai néanmoins. Je suis parti avant le jour, j'arriverai à temps. On comprendra, je l'espère, que ces longues courses ne doi-vent plus nous être imposées. Les malades ne les peuvent faire, les vieillards hésitent à les entreprendre. Il faudrait traiter avec plus de respect le peuple souverain, et ne pas mettre à l'exercice de son droit des con-ditions qui le suppriment. Le souverain doit voter chez lui.
Pourquoi n'a-t-on pas maintenu le vote à la commune ? C'est que les révolu -tionnaires ne se fient pas aux ruraux, et craignent surtout les souvenirs et le bon sens des anciens. Afin de diminuer le nombre de leurs juges, ils ont décidé qu'on voterait à la ville. Là se tiennent leurs réunions; là s'agitent leurs partisans; là ils sont maîtres. I C'est pourquoi, malgré mes soixante-uinze ans, je me suis mis en route, après avoir écrit mon bulletin. Je sais ce qu'a été la première révolution. Les tyrans d'al- rs semblent ressusciter plus méchants. Je vr is voter contre eux. Je ferais davantage encore. Ce n'est pas tant pour moi, qui suis près de la tombe, que pour mes enfants, mes voisins et ma patrie. Je veux laisser aux miens le petit champ qui nous a nourrie et que j'ai si longtemps arrosé de mes sueurs.
Dans la première révolution, les paysans ne savaient pas se défendre. Ils se laissaient mener, tondre et manger comme des mou-tons. C'est bien le moins que cette expé-rience nous serve à quelque chose. Nous l'avons payée assez cher. Je vais donc voter contre les radicaux. Je voterai pour la so-ciété, qui n'est point coupable de nos infor-tunes et qui, au contraire, les adoucit. Mal-heur à moi si j'usais contre elle du droit de suffrage qu'elle m'a si généreusement donné ! En votant pour la religion, pour la famille, pour la propriété, je vote d'ailleurs pour moi-même. Et quand j'aurai voté, je dirai à nos compères :
i Attention! ne laissez pas les mauvaises gens prendre le dessus. Quand la peur s'en mêle, on ne sait plus où ça va. Vous ne con--
naissez qu'un mauvais sujet dans la com--
mu: r - s'il prend le haut du pavé, dix hon--
nêtes yens deviennent méchants pour lui
faire la cour, et en moins de rien tout se met à trembler. C'est alors qu'on voit des choses épouvantables, et que personne n'est plus en sûreté chez soi. La probité chancelle dans les cœurs. On fait de vilaines actions" dont on porte ensuite le poids toute sa vie, et plus loin. Croyez-moi, il n'y a point de coquin qui ne se repente amèrement d'avoir cessé d'être honnête homme. Ceux qui se sont enrichis du bien des persécutés, vous les avez connus. Ils ont tourné mal. La jus-tice est une boiteuse qui arrive toujours. Il y en a que les juges n'ont pas mis au poteau et qui, néanmoins, y sont pour jamais. On traîne le boulet ailleurs qu'au bagne. Plu-sieurs, avant de mourir, rendent le bien mal W9uis, confessant les supplices de leur con-science. Ceux qui ne le rendent pas ne l'em-portent pas en paradis. Rien pour rien. Si tu ne payes pas vivant, tu payeras mort. Le ver cesse de ronger le cadavre dans le cer-cueil et tombe lui-même en poussière, mais
ni Pâme ne meurt, ni le Dieu qui la punit
n'est mortel. Nul décret de la République
ne pourra tirer di l'enfer le républicain qui
ne s'est pas soucié d'être honnête homme,
et ce n'est pas être assez innocent que de
voler conformément aux lois. Nous savons
que pour faciliter les affaires et ic créer des
amis, les démocrates, socialistes et autres,
écrivent des feuilles ob ils disant que Dieu
n'existe pas. Mais nous voyon- que les mois--
PARIS. — «P. JVLIS LE CLKRB If C", IUII CASSETTE, 2U. sons poussent, que les saisons reviennent et s'en vont, que le soleil monte et descend, que les hommes naissent, vieillissent et Jneurent, que les bons sont assistés, que les méchants sont punis : nous en concluons que la Providence est toujours là, et que Dieu existe toujours. Bien d'autres que Prou-dhon avaient supprimé Dieu. Ils sont morts :
aucun n'est revenu de l'autre monde pour nous dire qu'il n'y a pas trouvé Dieu.
Proudhon, à son tour, a paru devant Dieu.
Nous y paraîtrons aussi. que ce ne soit pas pour rendre compte du bien des orphelins et des veuves ; il en faut payer l'intérêt durant l'éternité 1 Voilà mon avis, à moi, qui suis près du grand passage, et j'ai eu le temps d'y réfléchir, Toute réflexion faite, après avoir honnêtement gagné ma vie pendant soixante-dix ans, j'aime mieux mourir volé que voleur. »
- Vieillard, tes enfants seront fiers de ton nom, et Dieu les bénira suivant sa pro-messe ; car il a dit lui-même : La postérité du juste sera bénie.
exemplaires variés, et 12 fr. frallco. r RELIGION, U
COMMENT DIEU A AIMÉ LE MONDE On avait coutume d'amener à Notre-- Seigneur des petits enfants pour qu'il les bénit.
Une fois, les disciples voulurent les écar-ter, craignant que cette foule ne l'impor-tunât.
Jésus dit :
La;sse{ venir à moi les petits enfants, car le royanme de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. En vérité, quiconque ne re-cevra point le royaume de Dieu comme ferait un enfant, celui-là ny entrera point.
Ce n'est pas qu'un âge soit préféré à un autre, car alors il serait fâcheux d'avancer dans la vie) c'est l'innocence qui est préférée à tout. Le royaume de Dieu est à qui res-semble aux enfants, à qui conserve ou re-conquiert cette innocence que la nature leur a donnée.
L'enfant est sans haine; il ignore la luxure ; il ne cherche point la richesse et les honneurs; il revient à sa mère qui l'a cor-rigé; il est docile à l'enseignement de ses maîtres ; il ne disrute ni ne contredit ni n'est méfiant: c'est ainsi que l'homme qui veut entrer doit recevoir la parole de Dieu.
Tels étaient les disciples.
En même temps Jésus leur apprend à ne point mépriser les petits de l'Église, à ne point rudoyer leur ignorance, à les instruire avec patience et douceur, à se faire enfants eux-mêmes pour gagner les enfants. Par l'amour qu'il témoigne à l'enfance, il en-seigne combien il la faut aimer et respecter. Les droits de l'enfance datent du Christ.
Et Jésus embrassa les enfants, leur im-posa les mains et les bénit.
Il montrait par là, dit S. Remy, que les humbles d'esprit sont dignes de sa grâce.
En imposant les mains, dit S. Chrysostome,
il exprime l'opération de la vertu divine; il bénit suivant une coutume humaine, parce
qu'il est devenu homme en restant Dieu; il
embrasse comme pour ramener en son sein
la créature tombée.
Il semble que s'il y avait dans l'Évangile quelque chose que l'on ne pût croire, ce ne sont pas les grands miracles qui comman-dent à la nature, ni les grandes paroles qui changèrent la face du monde, ni ces audaces de la miséricorde qui déclarent le publicain justifié par la seule vertu de sa prière, ni le Calvaire, ni l'Eucharistie, ni enfin rien de ce qui est incompréhensible et par là même visiblement divin. Tout cela est de Dieu, et dès qu'il l'a voulu faire, il est pour ainsi dire tout simple qu'il l'ait fait. Ce qui confond, c'est cette bonté de la majesté divine qui se mêle aux entretiens des hommes, parle leur langage, bégaye avec eux, leur prend la main, embrasse leurs enfants, traite l'homme tombé avec plus de tendresse qu'elle ne lui en a montré lorsque, revêtu encore de son innocence, il habitait le paradis.
Quand la pensée s'arrête sur ces tableaux, sur ces enfants enfermés dans les bras de Dieu, et touchant son sein, on a comme un éblouissement de l'impossible.
C'est donc ainsi que Dieu nous a aimés 1 C'est donc là ce que nous valons ! C'est donc là ce que vaut l'innocence ! Et cette inno-cence peut nous être rendue d'un mot qu'il
PARIS. — 1MP. JULES LE CLERE ET c'e, RUE CASSETTE, 20. dépend de nous de prononcer, d'un soupir qu'il dépend de nous de jeter dans cet abîme qui nous sépare de l'infini.
Ces espaces sans mesure que nous avons mis entre nous et Dieu, cette lèpre qui nous couvre, tout cela n'est plus rien. Notre sou-pir porté au ciel par les Anges dont le Verbe créateur nous a entourés, arrivera tout de suite jusqu'au Verbe incarné, et notre lèpre ombera en un instant, et nous serons les enfants sans tache du Dieu Très-Ha , t, et rien sur la terre ni au ciel, aucune puis-sance de justice ni aucun souvenir de nos iniquités ne prévaudra contre la parole qui nous ouvrira son cœur : a Père, j'ai péché! »
C'est ainsi que Dieu a aimé le monde.
Dépôt, 75, rue du Bac, à Paris. — jo fr. ïcV mill' exemplaires variés, et 12 fr .franco* exemplaires variés, et 12 fr. franco.. , il, i' i