La vieille eglise
M. Gebhart nous avait promis un livre sur Léopardi qui devait être, dans notre pensée, le premier volume d'une série consacrée aux littératures étrangères. A la mort de l'éminent écrivain, nous nous sommes adressés à ses héritiers dans Tespoir qu'on retrouverait parmi ses papiers au moins quelques chapitres de ce livre. Cet espoir fut déçu. En revanche, on nous permit de parcourir les vastes cartons dans lesquels M. Gebhart rassemblait, au jour le jour et par ordre de date, ses nombreux articles de la République Française, du Temps, des Débats, du Gaulois et d'autres encore. En relisant cette riche collection que l'auteur comptait bien, sans doute, utiliser quelque jour, l'idée nous vint de publier en volume au moins quelques-unes de ces pages qui portent toutes
n AVANT-PROPOS
la marque de ce charmant esprit. Il y aurait là matière à plusieurs volumes. Pour l'instant, voici la série des articles de M. Gebhart qui se rapportent plus directement à l'histoire de l'Eglise. Nous les avons fait précéder de deux études sur la religion antique et suivre de quelques morceaux de circonstance que les admirateurs de M. Gebhart retrouveront avec plaisir. A la fin d'un article sur V Hérésie albigeoise, Fauteur de Moines et Papes avait écrit ces lignes : « Tout cela, c'est l'hérésie, le rêve enfiévré, paradoxal d'un peuple à qui la vie terrestre était si facile et si riante, grâce à la bénignité de la nature et à la douceur de son ciel et qui eût été si sage en demeurant dans le bercail de la Vieille Eglise ». Nous avons retenu ces deux derniers mots pour en faire le titre du présent volume, désireux que nous étions de ne rien introduire dans cette œuvre posthume qui ne fût de la propre main de M. Gebhart.
Les Editeurs.
L'Egypte antique et les Grecs (D
Je ne touche, aujourd'hui, qu'en tremblant, à l'antique Egypte, en ce journal où Maspéro insère les résultats de ses recherches archéologiques et les conclusions de son admirable science. Mais le petit livre de M. Albert Gayet se met si bien à la portée des simples lettrés qu'il m'est agréable d'en feuilleter ici quelques pages. On y trouve un tableau que je crois digne de toute confiance, des données présentes de l'égyptologie. Je ne me propose, d'ailleurs, à l'aide de cet ouvrage, que d'offrir au lecteur des vues personnelles, pures de toute critique, imprégnées de prudence.
Le Pharaon, le prêtre, le grand seigneur féodal sont les personnages de première ligne dans l'histoire politique et religieuse de l'Egypte : derrière eux apparaît le scribe, la multitude immense de fonctionnaires qui écrivent, enregistrent, compilent, perpétuent une civiUsation savante, soutiennent la machine administrative de l'Etat, annotent les rites sacrés, l'économie domestique, les arts et l'agriculture, recueillent les souvenirs légendaires, les hymnes venus des ancêtres sécu-
(1) La Civilisation pharaonique^ par Albert Gayet. — Paris, Plon-Nourrit, 1907.
laires, la chronique de guerre et les chants d'amour. C'est bien dommage que cette race paperassière n'ait pas connu l'imprimerie et le papier de fil. Elle eût édifié des pyramides de livres, plus hautes que le tombeau de Khéops. Au moins a-t-elle eu cette invention originale : envelopper les morts d'écritures, gratifier les momies d'un viatique littéraire portatif en voyage, à travers les steppes mélancoliques de VAmenti, sans compter /e Livre des Morts, déposé en un coffret, dans la cellule mortuaire, véritable Guide Joanne de l'autre monde, et la curieuse confession négative dont chaque tombe renfermait un exemplaire : « Je n'ai pas tourmenté la veuve! Je n'ai pas été oisif! Je n'ai pas aifamé ! Je n'ai pas fait pleurer î Je n'ai pas tué ! Je n'ai pas enlevé les provisions ou les bandelettes des morts ! Je suis pur ! Je suis pur ! ». Ainsi le défunt, après s'être donné à lui-même l'absolution, pénétrait, l'àme légère, dans le royaume d'Osiris.
L'Egypte fut, pour l'ancien monde méditerranéen, l'objet d'une ardente curiosité, presque d'une vénération religieuse. On avait le sentiment vague d'une antiquité prodigieuse dont nous supputons maintenant les lointains. Cinq mille ans avant Tère chrétienne, le pays de Memphis possédait un régime monarchique, une théologie, une théorie du surnaturel, une discipline de morale. Voilà près de sept mille années, sans doute, que l'humble pyramide de Sakkarah, si délabrée, sent passer sur ses assises le souffle brûlant du simoun. Peut-