‹ La vieille egliseChapitre 2 sur 10 · L EGYPTE ANTIQUE ET LES GRECS · texte numérisé non relu

L EGYPTE ANTIQUE ET LES GRECS

être, un jour, Maspéro trouvera-t-il, au fond de quelque sépulcre, sur le cœur d'une momie, le registre de police dénonçant les noms des voyageurs illustres qui naviguèrent sur les eaux vertes du Nil au temps des Atrides ou du roi Salomon. De ces pèlerins qu'attirait vers l'Egypte un charme de mystère, les plus anciens appartiennent à une période relativement récente : le prophète Jérémie, au vi« siècle, à l'époque de la captivité de Babylone ; cent trente ans plus tard, Hérodote; vers la fin du v" siècle, Platon.

Jérémie dut découvrir avec stupeur, entre deux lamentations, chez ces barbares que Moïse avait fuis jadis, une doctrine d'immortaUté, une sagesse d'outre-tombe marquées d'un sentiment profond des choses divines, inconnu à la race chère à Jéhovah. Le charmant Hérodote s'intéressa aux mœurs des crocodiles et des chats Hturgiques et consigna sur ses tablettes de johs contes à dormir debout que lui prodiguaient ses drogm.ans. J'imagine les astucieux personnages soutirant au naïf Hellène, en échange de leurs petites histoh'es, des drachmes sans nombre, à la façon de ces Arabes qui vous hissent au sommet de la grande pyramide et, s'arrêtant tout à coup sur quelque palier, disent d'un ah' aimable à l'étranger haletant : « ïci, Messieurs Anglais, bon bakchich ! » Quant à Platon, il rapporta en son pays une grave parole des prêtres d'Héliopolis : « 0 Platon ! vous autres Grecs n'êtes que des enfants, et il n'y a pas de vieillards parmi vous ! ». Et ces archidiacres du

Dieu-Soleil, montrant de loin, d'un geste solennel, à l'enfant d'Athènes, les vertigineuses sépultures des grands Pharaons memphites, baignées d'aurore rose et comme aériennes, ont pu, avertis par une chronologie plus exacte que celle de Bonaparte, lui murmurer à l'oreille : « Mon fils, du haut de ces Pyramides... » Mais vous savez le reste.

Jérémie, troublé par le spectacle des statues et des icônes divines, les dieux à tête d'épervier ou de chacal, ofTensé même en sa conscience hébraïque par les rites réservés aux bêtes sacrées, les chiens, les chats, les crocodiles, dut considérer la religion de l'Egypte comme un grossier paganisme. Platon, que Pythagore et Parmonide avaient nourri de mathématique et de métaphysique, jugea certainement digne de respect les triades et les ennéades du ciel égyptien et vénéra une doctrine où dominait sur le système harmonieux des trinités divines le dieu éternel, sans commencement et sans fin, « le Un, chantaient les hymnes, qui est Seul, Celui qui s'engendre en luimême. Celui qui était alors que rien n'était ». Hérodote, qui avait fait sa théologie dans Hésiode et Homère^ ne manifesta, au sujet d'une religion dépourvue d'Olympe, de dogmes joyeux et de mystères d'amour, qu'un effarement presque comique. Le délicieux bonhomme qui voudrait retrouver en Egypte une figure des dieux, des héros, des oracles de la Grèce, n'ose pas regarder de trop près les mythes et les effigies mons-

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