SCÈNE XL
LÉONARD, PÉTÉROFF.
LEONARD
Je n*ai jamais vu de marie' plus joyeux que celui-là.
PÉTÉROFF.
Vous croyez alors que tantôt monseigneur sera disposé à accueillir nos petites réclamations ?
LÉONARD
Je vois que tu as quelque chose à lui demander.
PÉTÉROFF.
Monsieur sait bien que ces jours-là... on demande toujours... D*abord je suis serf et vassal de madame la comtesse, et je tiendrais à être libre... non pas que je ne fasse ici tout ce que je veux... mais c'est égal...
Je comprends... tu as de la fierté.
PÉTÉROFF.
Oui, monsieur, je suis fier.
LÉONARD
Et tu voudrais quitter le service?
PÉTÉROFF.
Non pas, car j'y fais de bons profits, et je compte bien rester toujours domestique... On porte la serviette et on est aux ordres des maîtres, mais enfin on se dit: je suis libre... et cela suffît. Je voulais ensuite parler de la petite gratification d'usage... deux ou trois mille roubles: croyezvous que je pourrai les demander ce soir à monseigneur ?
LÉONARD
Les demander, tu le peux ; mais s'il les donne, f a m'élonncra.
PETÉROFF.
Non , monsieur , il n'hësilera pa^ , surtout quand il saura Timportant service que je viens de lui rendre... le voilà dans l'instant seigneur de ce beau domaine: le voilà avec un titre et une grande fortune. Eh bien! sans moi... il n'aurait rien de tout cela... sans moi, monsieur , il ne serait pas marié...
LÉONARD
Que veux-tu dire?
PÉTÉROFF.
Que tantôt, et pour la première fois de sa vie, madame avait arrangé tout cela elle-même , et sans me consulter... aussi, il fallait voir! pour vous en donner un exemple... rien que l'acte de mariage contenait trois ou quatre nullités...
LÉONARD
Eh bien ?
PÉTÉROFF.
De sorte que demain^ après demain, quand on aurait voulu, on pouvait rompre le mariage... c'était un hymen de comédie !...
LÉONARD 5 vivement.
Achève.
PÉTÉROFF.
Eh bien! monsieur , j'ai pris sur moi déporter cet acte à notre homme de loi... qui a tout rétabli dans l'ordre légal ; et grâce à mon zèle et à ma prévoyance, monsieur et madame yont être mariés indéfiniment.
LÉONARD
Malheureux! qu*as-tu fait?
PETÉROFF-
Le devoir d*un fidèle *serviteur.
LÉONARD, le prenant au collet.
Tu mériterais d'être assomme... mais courons.... car , grâce au ciel ! il est temps encore de tout re'parer... Dieu, qu entends-je?
( On entend en dehors des acclamations et le hruit des boîtes et des pétards, )