LES PRÉCÉDENS, EMILE
EMILE , à la cantonnade.
Merci , merci , mes amis , assez de coraplimens comme ça... j'ai cru que je n^ç:n sortirais pas; mon ami, tu vois un nouveau marié.
LÉONARD , à part.
Ociell
EMILE 5 à voix basse.
Il a bien fallu avancer la cérémonie : ce maudit gouverneur voulait , dit-on , Plionorer de sa présence... il nous en avait menacés.
LÉONARD
Et tout est terminé?
EMILE
En cinq minutes... ça n'a pas été long... tu viens d'entendre les acclamations de mes vassaux... ils sont là dans la cour cinq à six cents paysa^is , et les cris de joie, les coups de fusil, les bouquets , les chapeaux en l'air... vive monseigneur !... c'est un coup d'œil admirable!
LÉONARD ^ à part.
Pauvre garçon ! il me fait raall
EMILE
PétérofF, fais-leur distribuer des vivres , du vin , de l'hydromel... ce qu'il y aura dans mon château... vd, c'est de la part de leur nouveau seigneur... ou plutôt de la part de madame, {à part.) car j'oublie toujours que je ne suis là que par intérim.
PETÉROFF.
Oui, monseigneur.
EMILE , le rappelant.
Ah! Pétéroff, je veux aussi des danses, de la musique... un jour de noce, ça ne fait pas mal... ça étourdit.
LÉONARD , à pari.
Oui... il en aura besoin.
EMILE
C'est agréable d'avoir des vassaux... vrai I on s'y habituerait. {Pétéroff sort.) Ab! mon Dieu !... et ma femme, j'oubliais... (à Léonard.) Mon ami, je cours la rejoindre.
LÉONARD , le retenant.
Et pourquoi donc?
EMILE
Parce que toute la noblesse des environs vient d'arriver, et ma femme doit être au milieu des complixnens et des félicitations.., je vais à son secours. LÉONARD, le retenant toujours,
jElle peut bien les recevoir toute seule.
EMILE
Non, mon ami , ce ne serait pas juste, tout doit être commun dans un bon ménage... même l'ennui.
LÉONARD
J'ai à te parler.
* EMILE
C'est différent , j'écoute... voyons , parle vite!
Je ne sais trop comment le le dire, car c'est une chose qui va vous surprendre tous les deux...
EMILE
Une surprise... tant mieux!... quelque chose de ta composition?...
LÉONARD
Non , mon ami.
EMILE
Eh bien ! tu m'y fais penser. Si nous lui faisions des couplets , ça lui fera plaisir... Des couplets où je lui parlerai de ma reconnaissance , de mon attachement, car plus je connais cette excellente femme et plus je l'aime, et tu vas peut-être te moquer de moi j mais , vois - tu ,
ce prétendu mariage serait véritable, que maintenant ça me serait égal.
LÉONARD
Vraiment? J'
EMILE
Je crois même que ça me ferait plaisir!
LEONARD
Parbleu, ça ne pouvait pas mieux se trouver, moi qui cliercliais quelque transition pour arriver à ma nouvelle.
EMILE , fronçant le sourcil,
Hei-n! que veux-tu dire?
Que tu n'as rien à désirer et que tous tes vœux sgnt comblés.
EMILE
Qu'est-ce que c'est? pas de mauvaises plaisanteries.
LEONARD
Plût au ciel que c'en fut une! mais ilji'est que trop vrai. Tu as contracté un mariage que rien ne peut rompre.
EMILE
O ciel ! tu te trompes ? ça n'est pas possible.
LEONARD
Et si vraiment , par l'ineptie de cet imbécille d'intendant, qui, avant la célébration, a porté le contrat à un homme de loi pour en effacer les nullités que la comtesse y avait mises à dessein.
EMILE , accablé.
C'en est fait de moi!., je sens une sueur froide qui me saisit... mon ami, soutiens-moi.
LEONARD
Eh bien ! qu'as-tu donc?
EMILE
Je n^Qu sais risn... mais je n*y survivrai pas.
Y penses-tu? je te croyais plus de courage, plus de philosophie.
EMILE
Et où diabîe veux-tu qu^on en ait contre des coups pareils ? Epouser un siècle I
LEONARD
Et ce que tu me disais tout à l'heure?
EMILE
Ah! bien oui, on dit cela quand on croit que ça . n^arrivera pas; mais que pensera - t - on de moi en France?
LEONARD
Et que pourra-t-on en penser, quand je publierai la vérilé, quand on saura que c'est malgré toi, que c'est à ton insu... de ce coté-là je suis tranquille, l'honneur est intact.
EMILE, vipeinent, T Oui, mais les railleries , les plaisanteries... {comme par réflexion.) Je sais bien que provisoirement je peux toujours assommer ce coquin d'intendant , et lui rompre les os.
LEONARD , froidement.
Ça ne rompra pas ton mariage.
EMILE
C'est vrai, et dans mon malheur je ne sais à qui m'en prendre. Dieu ! c'est la comtesse , pauvre femme ! Ce n'est pas sa faute; modérons-nous, si je le peux, pour ne pas l'affliger.