‹ La vieille (volume 3)Chapitre 7 sur 20 · COUPLETS · texte numérisé non relu

COUPLETS

LA COMTESSE

Au beau pays de France, Séjour charmant, par les arts embelli, lous deux jadis vous passiez votre enfance Lt j ai voulu , vous rendant un ami , Pour un instant vous rendre encore ici

Ce beau pays de France.

(2^ couplet, )

EMILE à la comtesse.

Au doux pays de France , Tout est soumis aux lois de la beauté ; Mais dans ces lieux et malgré la distance Lorsque l'on voit tant d'esprit, de bonté, , Et tant de grâce, on se croit transporté '

Au doux pays de Fiance.

LA COMTESSE

Mais voyons ? que ferons- nous ce matin pour égayer le convalescent? je vous apportais là un cahier assez curieux... ce sont des aventures et anecdoctes sur la dernière campagne de Russie... tous les événemens singuliers dont on m'a fait le récit ou dont j'ai été témoin je les ai consignés dans ce volume, et ce matin je compta?s vous les lire.

EMILE

Ah ! volontiers.

LA COMTESSE

Oui, en lête-à-téte... mais puisque nous avons un ami...

Ecoutez... Léonard était venu pour faiie votre portrait.

LA COMTESSE

Ce n'était là qu'un prétexte pour l'attirer auprès de nous.

EMILE

Qu^il le commence dès aujourd'hui... vous me le donnerez , et quand je ne serai plus prisonnier de guerre, quand je retournerai dans mon pays, vous serez encore avec moi, car votre portrait sera comme votre souvenir, il ne me quittera jamais.

LA COMTESSE

Si vous me donnez de pareilles raisons, je n'ai rien à repondre.

EMILE

Allons , à l'ouvrage : asseyons-nous, (à Léonard.) prends tes pinceaux ( à la comtesse, ) voici votre tapisserie.

LA COMTESSE

Je pourrai travailler ?

LÉONARD , s'asseyantprèsde la table à droite etse disposant à peindre.

Sans doute... ( à Emile ) et toi?

EMILE

Moi, je vous regarderai et je ne ferai rien... c'est le privilège des convalescens.

LA COMTESSE

A merveille! ce sera une matinée d'artistes.

Vous serez contente de mon ami Léonard... c'est ' un vrai talent... il fait surtout d'une ressemblance...

LA COMTESSE

Tant pis... à vingt ans, on aime qu'un portrait soit exact et fidèle... mais à mon âge, on craint les miroirs... (à Emile,) Ce qui me rassure, c'est qu'en France, ce portrait-là n'excitera pas la jalousie de vos maîtresses.

EMILE

Ce serait difficile... car je n^en ai pas.

LA COMTESSE

Vraiment?

EMILE

J'ai tout rompu .. j'ai tout cédé à mes amis^ quand on part pour la Russie, il faut faire son testament,...

LA COMTESSE

Quoi !.. vous n'avez jamais eu de passion véritable?

EMILE

Ma foi, non... j'ai beau cbercber... Dis donc, Léonard, te souviens-tu...

LÉONARD-

Damî... vois tes notes, tu me parlais tout à l'heure d'un amour d'imagination.

EMILE , lui faisant signe.

Veux-tu te taire... pardon, madame, celui-là ne compte pas.

LA COMTESSE

Quoi! vraiment, jamais 1! s'il en est ainsi, mon ami.... je vous plains... il faut avoir aimé une fois en sa vie, non pour le moment où l'on aime... car on n'éprouve alors que des tourmens... des regrets, de la jalousie... mais peu à peu ces tourmens-là deviennent des souvenirs qui charment notre arrière-saison. J'ai entendu des gens de mon âge dire en se rappelant le passé : (( Nous étions bien malheureux, c'était là le bon temps » ; ces souvenirs - là influent plus qu'on ne croit sur le caractère et adoucissent notre humeur... Ils rendent rage mûr plus aimable, le notre plus indulgent, et quand vous verrez la vieillesse douce, facile et tolérante,

vous pourrez dire , comme Fontenelle votre compatriote: « l'amour a passé par là. »

LÉONARD

Prenez garde, madame , car vous êtes si bonne et si aimable, que, d'après votre système, nous allons penser....

EMILE

Voyez-vous ces artistes... ils ont sur-le-cliamp des idées... Apprenez, monsieur, que la comtesse de Xénia a toujours été la femme de la cour la plus sage et la plus raisonnable.

LA COMTESSE , sourlcint.

Il y a à la cour bien des réputations usurpées... non pas que je ne mérite la mienne... mais souvent cela dépend de si peu de chose qu'il n'y a pas de quoi s'en vanter... Songez donc que, veuve à dix-huit ans, j'étais maîtresse de ma main et d'une fortune immense, lorsque je rencontrai dans le monde... un beau jeune homme...

EMILE , vivement.

Qui vous aima ?

LA COMTESSE

Non... au contraire c'était moi !... car lui ne s'en doutait seulement pas !

EMILE

Ce n'est pas possible... conlez-nôus donc cela?

LA COMTESSE

Cela peut- il vous distraire un instant?.. Aussi bien cela vous tiendra lieu de notre lecture.

EMILE , approchant son fauteuil,

A merveille!., loi surtout, Léonard, ne fais pas de bruit.

LA COMTESSE

Ecoutez-moi bien.

i6 SCENE VI.

LES PRÉCÉDENS, PÉTÉROFF.

QUATUOE.

PÉTÉROFF.

Je viens, madame, avec prudence, Et smlout dans l'intérêt...

EMILE

C'est encor lui... J'aurais d'avance Gagé qu'il nous interromprait.

PÉTÉROFF.

Je vous annonce en confidence...

Quelque malheur?

PÉTÉROFF.

Un des plus grands.

EMILE

C'est toujours l'homme aux accidens , Mais le plus grand, tu peux m'en croire , C'est d'interrompre ainsi les gens Lorsqu'ils vont entendre une histoire; Ainsi, va-t-en.

PÉTÉROFF.

Ce serait mal , Car c'est pour vous .

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