‹ La vieille maison [microforme]Chapitre 3 sur 5 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Âme du foyer

Maintenant, Ô ma lyre, inspire-toi du ciel.

Dans le séjour divin, au-delà du soleil,

Puise le feu céleste et les rayons sublimes.

Tous les accords puissants et les souffles ues cimes. A l’âme du fcyer, noble don du Très-Haut,

Si tu donnes ton chant, offre-lui le plus beau.

Oui, c’est bien là, de fait, où l’homme, roi des mondes, Est enivré de joie et de peines profondes.

C’est là, cü, sur l’enfant de la divinité,

Choit le double partage d’un Dieu respecté

Et d’un Dieu flagellé, là, Ô choses divines,

Tout au milieu des fleurs, il trouve des épines.

LA VIRILLE MAISON

Le plus beau jour de l’homme, au sein de la douleur, Se lève quand l’amour, noble agent du bonheur,

A placé sur son front la couronne de Père.

A ce mot immortel, il renaît, il espère;

Car l'enfant, qui sourit, lui prédit qu'aux tombeaux, Succèdera sans fin la suite des berceaux.

| Mais quand le corps osseux, refusant son service, à Se penche vers le sol, pour le grand sacrifice; Quand les membres lassés, de tous les vils appas, Attendent, tout tremblants, les horreurs du trépas; C'est un bien triste jour pour l’homme qui succombe, | Mais il garde l'espoir en marchant vers la tombe.

Quant aux joyeux enfants, fleur de l'humanité,

Le comble du bonheur, pour la frêle beauté,

C'est de savoir qu'ils font tout l’espoi de leur Père, Et de sentir qu’ils sont le trésor de leur Mère. { Ornements du foyer, décors de la maison,

Du juvénile orgueil c’est l’unique raison,

Mais une heure bien sombre, au printemps de la vie, C'est quand le destin vient, dans la maison bénie, Briser ce beau concert, accabler tous les cœurs, Multiplier les deuils et semer les douleurs,

En chassant du logis les belles têtes blondes,

Pour les jeter, sans pain, aux confins des deux mondes.

d Oui, le ciel du foyer est comme un firmament: f Entre le jour vermeil, amoureux et charmant, | Et le nuage épais, plein de glaives, de rage,

Se mélent dans l’azur, après les temps d'orage,

Les doux rayons dorés aux flocons satinés,

Les éclats radieux aux rayons nouveau-nés.

Parmi les mouvements qu’éprouve l’âme humaine, Les plus impétueux, comme ler plus sereins, Naissent sous le vieux toit, dans l’atmosphère saine, | Quand les pieux parents, à l’âge des déclins, ! Courbent leur tête blanche au front des têtes blondes, Pour fermer de leurs cœurs les blessures profondes.

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20 LA VIEILLE MAISON nn

C'est bien sous ton vieux toit, demeure de l'enfance, Où l’âme a ressenti, dans toute leur puissance, L'extase du bonheur et le flel des malheurs, L’émotion brûlante et les dégoûts sauveurs,

Tous les événements qui pénètrent aux chaumières, Pour étreindre le cœur et mouiller les paupières.

Tu vis le joyeux couple, aussi frais que les roses,

Tout rayonnant d'espoir pour les plus belles choses, Graci ux et souriants, pleins de rayons charmeurs, Beau comme le matin, grand foyer des chaleurs, Goûter, sous ton doux ciel, la coupe créatrice,

Du noble amour humain, où naît le sacrifice.

Après quelque vingt ans, tu les as vu navrés

Et palis, sous le poids des lourds devoirs sacrés, Tout comme nos jardins, par les souffles d'automne! C'est le destin fatal de tout ce qui se donne !

Hélas ! il faut mourir, en ornant les salons

De poupons roses, purs, honneur de nos maisons.

Quel spectacle touchant dans ces amours sublimes, Qui blessent les époux pour des êtres infirmes !

Le soleil, en son cours, voit de beaux dévoûments; Mais il n’éclaire rien, sous les bleus firmaments, Aussi digne du ciel qu’un visage de père,

Sillonné de douleur pour l’enfant qu’il vénère.

Mon Dieu! qu’il faisait bon, à l’âge de la fleur, Auprès de nos parents s’enivrer de beaheur.

Sans projets d'avenir, avides de tendresse,

Un regard, un baiser, nous comblait d’allégresse. Trop faibles pour courir au lointain horiz, On allait jamais loin de la Vieille Maison,

Nous étions leur trésor; eux, notre Providence. Par leurs soins paternels nous avions l’abondance. Le soir, au coin du feu, ils disaient le passé,

Et nous les écoutions, en un cercle pressé.

Ces récits étonnants, pour nos âmes si tendres, Nous montraient des aïeux les vénérables cendres.

Pressés de toutes parts par les bienfaits divins, Nos cœurs chantaient leur joie, en accords enfantins. Que de cris délirants, de notes tapageuse:,

De refrains triomphants et de chansons charmeuses N'ont pas fait tressaillir ton vieux toit vénéré,

Dans nos ébats d'enfants, sur ton seuil adoré!

L’être tend par instinct vers son premier séjour, De revoir ce doux nid on espère toujours.

Une force secrète, un poids irrésistible,

Nous pousse constamment, par un charme invincible.

C’est un décret divin: au dieu de son berceau | Si l’homme le pouvait placerait son tombeau. |

La première fois, là, les œuvres de Dieu,

Par leur beauté sublime, ont ébloui ce lieu.

Ce spectacle superbe, en mon âme ravie,

A gravé son image, en me montrant la vie.

Je n’ai jamais trouvé le soleil aussi beau,

Que lorsque je l’ai vu, éclairant mon berceau!

Que vois-je maintenant ! Tes portes sont bien closes ! Tous les bruits ont cessé; on croit que tu reposes. Un silence morte. enveloppe ton seuil,

Et partout j’aperçois les indices de deuil.

Le vieux toit qui, jadis, me causa tant de charmes, Aujourd’hui est muet et provoque mes larmes.

Voilà ton œuvre, oh mort! ton souffle destructeur

A brisé de l’amour le doux nid bienfaiteur.

Qu’as-tu fait de ma mère? Ah! tu tues mon père! Ton passage en ce lieu a fermé sa paupière!

Hélas! Ils ne sont plus! Accablés de chagrins, Leurs enfants ont dû fuir vers des climats lointains!

Ah! Je comprends, mon Dieu! les doux nids des pécheurs, | Sos ton regard si pur, tombent comrie les fleurs; ! Toi‘ re qui vient du sol ou nait de la matière, : Se brise sous ton bras et retourne en poussière. : | Tu veux, pour nous sauver, frapper ces toits mortels, Pour nous rassembler tous aux séjours éternels !

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Tu nous as tous créés, nous venons tous de Toi. C’est un fait consolant, c’est un dogme de Foi. Mais l’amour du logis, des foyers éphémères,

Font souvent oublier que les hommes sont frères. Il nous faut ton sourire, ou ta verge de fer,

Pour mettre sur nos lèvres le “Pater Noster”.

Console-toi, mon cœur, le foyer ne meurt pas; I1 subsiste toujours, au-delà du trépas,

Où, de tous les vivants le bon et commun Père Attend avec Marie et son fils notre Frère; Quand nous arriverons, teints du sang de Jésus, Il nous reconnaîtra; nous serons ses élus !

Puis, au sein de l’amour, dans l’immense clarté, Là, nous vivrons toujours de l’immense bonté. Les auteurs de nos jours, les amis de la terre, Se rassembleront tous, sous le toit salutaire, Vrai séjour des humains, seul foyer paternel, Où nous bénirons tous notre Père Eternel !

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