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CHAPITRE IV

Après Sedaine. — Mariage d'Agathe Sedaine avec le Marquis de Brisay.

Saint-Prix, lieu d'asile. — Pilastre et le chevalier de Brisay CHEZ le menuisier Richard. — Les Brisay. — Retour d'émigration. — En pension chez M11« Rihm.

La population de Saint- Prix, entraînée tout au plus à quelques excès de zèle par le premier courant d'exaltation révolutionnaire, avait un fonds de braves gens, nullement jacobins. Le village, sur sa hauteur peu accessible, éloigné des grandes voies de communication, était naturellement à l'écart. La garde nationale en mêla, un moment, les habitants au voisinage ; mais elle donna bientôt un premier exemple des défauts qu'on lui a toujours vus, fatiguant le pays par son indiscipline et ses abus de pouvoir, se lassant elle-même d'une agitation disproportionnée. Elle se dissout définitivement, à Saint-Prix, quand il faut armer les volontaires de 1792 et les réquisitionnés d'août 1793 ; ses vingt- cinq fusils s'y emploient. Elle sera suppléée par les rondes assidues et discrètes de six gardes champêtres, et les promenades intermittentes et redoutables des compagnies de Sans-Culottes envoyées du chef-lieu.

Nos gens prêtèrent tous les serments qu'on voulut, mais sans y mettre du leur. L'enthousiasme tombé, ils se tinrent cois. Si quelque scandale éclata, ce fut la faute d'étrangers : d'un curé « jureur » nouveau venu, qui jeta la soutane pour épouser la fille d'un serrurier; de l'homme de loi parisien, récent acquéreur du prieuré noir, qui conduisit une petite expédition pour dépouiller l'église de ses ornements religieux. Il y courut quelque danger, et faillit attirer sur la pauvre municipalité villageoise qu'il dénonça les foudres du Comité de Sûreté générale. Le maître d'école Jean Gilbert. — ce n'était pas encore un instituteur, — sauva les reliques de saint Prix de la bagarre ^''.

L'isolement du village au bord d'une forêt, le cœur pitoyable de ses habitants y attirèrent plus d'un fugitif, au temps des proscriptions. La légende s'est donné carrière à ce sujet; j'ai pu la convertir en histoire dans deux circonstances. Je rappelle un premier épisode, relatif au naturaliste Bosc, l'ami de M""" Roland, qui cacha à Sainte-Radegonde les mémoires qu'elle lui avait confiés. J'y ai rattaché l'aventure moins connue d'Urbain Pilastre, un conventionnel de Maine-et-Loire, qui, démissionnaire et proscrit, en même temps que ses compatriotes et collègues Leclerc et LareveUière-Lépeaux, environ deux mois après le coup de force du 3 1 mai, erra d'abord en Anjou, puis se rabattit sur Montmorency, et finalement sur Saint-Prix, le lo thermidor (28 juillet 1794). Il y demeura, comme compagnon, chez le menuisier Richard, rue de Rubelle, près de la croisée avec la grande rue. Ce ne fut que le 25 vendémiaire (lé octobre), à la nouvelle que les scellés apposés sur son logis, à Paris, avaient été levés, qu'il osa se présenter sans déguisement à la mairie du village, avec trois membres de

(i) Registres municipaux de Saint-Prix. — Cf. Auguste Rej', les Cahiers de Saint-Prix et di la subdélégation d'Enghicn. P.-iris, 1892, iu-8\ passim.

la famille de son hôte, pour y réclamer un certificat de résidence "\

J'aborde pour la première fois l'autre épisode. Le régime directorial ne créa plus de suspects, mais maintint des proscrits, et même les pourchassa rudement, par intervalles. On connaît ses variations à leur égard, ses alternatives de tolérance et de sévérité cruelle. La plupart des émigrés ne soupiraient qu'après le bonheur de revoir la France, loin de laquelle ils avaient tant et si longuement souffert. L'opinion était leur complice et saisissait, pour se déclarer, les moindres occasions, par exemple un mot de Rose et Colas. J'ai signalé les rapports de police des 19 décembre 1795 et 18 mai 1796, qui constataient des manifestations de « pitié sur le sort des émigrés », et qu'ils « rentraient de toutes parts, surtout dans les grandes villes ». Cependant, le péril n'avait pas disparu ; les lois de la Convention subsistaient, et, de temps à autre, l'écho d'une fusillade à Grenelle avertissait les téméraires des risques d'un retour prématuré. Plus d'un fut obligé de reprendre le chemin de l'exil, ou de se terrer, comme aux mauvais jours. C'est ainsi que la place de Pilastre chez le menuisier de Saint- Prix fut, deux ans iiprès, réoccupée par le chevalier Achille- Louis-François de Brisay.

Qui était-il ? D'où venait-il ? Je ne prendrai pas ses aïeux aux origines lointaines de leur histoire, mais seulement au point utile à mon récit. Famille poitevine, transplantée, au commencement du xvii^ siècle, en pays chartrain, un mariage la rapprocha de l'Ile-de-France, à une date assez moderne '-'K Louis-René, marquis de Brisay,

(i) Auguste Rey, le Naturaliste Bosc. — Un Girondin herborisant, Paris- Versailles, 190 1, in-S». [Revue de l'Histoire de Versailles et du département de Seineet-Oise).

(i) Aux renseignements généalogiques fournis par les sources accoutumées, je joindrai nombre de faits que la tradition familiale a conservés.

qui fut maréchal de camp à trente-neuf ans, épousa, en 1733, Françoise-Michelle Pinon, fille d'Anne Pinon, conseiller de grand'chambre au Parlement de Paris, petite-fille de Jacques Palhi, conseiller au Grand Conseil, future dame d'Hérouville, par héritage de cette ascendance *'\ Ni le Vexin, ni sa femme ne fixèrent longtemps le nouveau seigneur. Bon soldat, détestable mari, homme d'esprit original, homme de plaisir, dissipateur impénitent, il emprunta de toutes mains, même de Voltaire, et mérita bien Tinterdiction et la gêne où il finit une longue carrière, jusqu'au bout dénuée de vertu. Sa femme, séparée de biens en 1735, délaissée à vingt ans, se confina au château d'Hérouville, nouvellement reconstruit par Godot, dans une solitude qu'elle embellit par ses travaux et rendit respectable à la fois par une bienfoisance éminente. Son habitation fut entourée d'un parc de dix hectares, et reliée par une belle avenue de tilleuls à la route de Pontoise à Méru<^>.

De ce ménage désuni naquirent pourtant deux fils. Le cadet mourut jeune ; l'autre, Ange-René, tint de sa mère l'esprit de sagesse, de son père le goût des armes. Il devint maréchal de camp comme lui ; il était capitaine au régiment de Dauphin-dragons, en 1766, quand il épousa

(i) Jacques Fallu, seigneur d'Hérouville, était le frère de René, seigneur du Ruau, conseiller au Parlement de Paris, qui acheta la terre de la Barre près Deuil, en 1696. Tous deux étaient fils de Bertrand, seigneur du Ruau, secrétaire du Roi, fermier général. Françoise-Michelle Pinon, née le 24 juin 1716, à Paris, et baptisée à Saint-Jean-le-Rond, fut mariée, le 12 mars 1755, dans l'église Saint-Paul, par Mgr de Laubrière, évêque de Soissons.

(2) J'emprunte à un document de l'époque la « consistance de ladite terre, composée des fiefs de Clerbourg, de Jean Doulfils, de Laval, de Uampierre, des Pelletiers, de Brécourt et de Jean Ramé, unis à ladite terre ; un château, ferme et domaine de s 59 arpents 41 perches ; la mouvance des fiefs de Bréban et de Villette à Hérouville, des fiefs de Précy à Pontoise, et des fiefs de Callande, Terrier-aux-Renards et Verville à Hérouville ; et la directe sur 73 maisous, 2 1 a. 68 p. de jardins, 488 a. 80 p. de terres à cens, 267 a. 62 p. à champart, 12 gerbes le cent ; le tout régi par la coutume de Senlis ». (Archives de Chantilly, 114 £3, fo 258).

Louise-Emilie, fille du marquis de Dampierre. On pourrait dire, au rebours du proverbe : à père prodigue, enfant avare. Celui-ci paya les dettes de celui-là intégralement, rebâtit le château de Denonville, dans la terre chartraine des Brisay^'), remit de Tordre en toutes choses. Sa carrière réparatrice fut interrompue par la mort, en 1787, quand il n'avait encore que cinquante-deux ans. Hérouville ne le connut pas beaucoup plus que son père. Sans parler d'une fille, Eulalie, la cadette de ses enfants, qui épousa Albert Prendre de Guermantes en premières noces (^', il laissa deux fils : le marquis Louis-René et le personnage aperçu à Saint- Prix tout à l'heure, né en 1771 à Dampierre, sous le toit de son aïeul maternel : Achille-Louis-François, qu'on appela presque toute sa vie le chevalier de Brisay. La croix de Malte fut, en effet, attachée à son berceau. Il venait d'achever son éducation à Juilly, et de prendre du service, comme son frère, quand la Révolution éclata ; ils émigrèrent tous deux en Angleterre. Leur grand'mère de Brisay-Pinon, sommée de s'expliquer sur l'événement, à propos de l'application de la loi du 9 floréal an III (28 avril 1795), relative au partage des biens des ascendants d'émigrés, écrivait au directoire du département de Seine-et-Oise, le 23 prairial, une lettre où je relève les passages suivants '-''> :

La loi exige que je déclare l'époque de l'émigration de mes petitsfils. Pour qu'il me soit possible d'indiquer positivement cette époque, il faudrait que mes petits- enfants m'eussent communiqué leurs résolutions ; mais, certes, ils ne l'ont pas fait et rien ne peut faire supposer

(i) Denonville est un village du canton d'Auneau.

(2) Paulin Prondre, ancien receveur général des finances à Lyon, président de la Chambre des Comptes, acheta, dans les premières années du xviii" siècle, la seigneurie de Guermantes, village aujourd'hui du canton de Lagny. (Lebeuf, édit. moderne, IV, 582-584.)

(3) Archives de Seiue-et-Oise, série Q., Émigrés, dossier de Brisay.

qu'ils l'eussent fait. — i° Mes petits-enfants vivaient loin de moi, à leur corps, dans des garnisons ou dans la propriété de leur père, située en Eure-et-Loir ; 2" mes petits- enfants étaient dans le monde, et je vivais obscurément dans ma petite propriété, passant loin du tumulte les dernières années que la Providence a bien voulu m'accorder ; 30 mes petits-enfants avaient bien quelques propriétés à attendre de moi ; mais ils en avaient recueilli de plus considérables dans la succession de leur père, dont la République a aujourd'hui la possession. Cet état d'aisance de mes petits-enfants pouvait leur faire surmonter l'idée du ressentiment que pouvait m'inspirer leur conduite. 11 les dispensait de me soumettre leurs résolutions.

Mes petits-enfants aimaient la France, je suis porté à le croire ; mais il y eut, dans le cours de notre Révolution, une époque très pénible : c'est celle du mois de septembre 1792 ; elle a jeté beaucoup de Français dans le tombeau, et l'épouvante et l'efFroi dans l'esprit de beaucoup d'autres. On prétend que c'est à cette époque que mes petits-fils ont pris l'alarme, et qu'ils sont disparus dans les derniers jours de décembre 1792 ou les premiers jours de i793('). Voilà tout ce que je puis déclarer sur l'absence de mes petits-enfants... J'ignore s'ils ont été tués en France, ou s'ils ont cherché à sauver leurs jours en se retirant chez les peuples voisins.

Disons, en passant, que la vaillante femme, auteur de ces lignes, alors âgée de près de quatre-vingts ans, avait tenu tête à l'orage, et, grâce à l'affection des paysans d'Hérouville, grâce aussi à des sacrifices simplement et largement accomplis, était revenue de la première étape vers la guillotine, qu'elle avait parcourue, un jour, sur le chemin de Pontoise. Sa belle-fille et sa petite-fille, cachées à Beauvais, y furent découvertes, arrêtées ; le nom de leur frère et oncle, général des armées de la République, les sauva. Quant aux deux fugitifs, engagés, l'un dans l'armée de Condé, l'autre dans les lanciers d'Osmond, à la solde de l'Angleterre, ils allaient marcher contre le marquis de Dampierre lui-même, qui avait succédé au commandement de Dumouriez, lorsqu'un boulet le tua à Famars, le 8 mai

(i) Sur l'exode qui se dirigea vers l'Angleterre, après les massacres de Septembre, on lira avec intérêt : Pierre Argenvillier, « les Émigrés français eu Angleterre », dans la Nouvelle Revue du i'' mai 1905.

1793- Le chevalier de Brisay vil son corps licencié, et rentra à Londres, où il tomba dans une misère noire. On sait que quelques émigrés y moururent de faim. Certains eurent recours aux métiers les plus imprévus : un chevalier de Saint-Louis se fit domestique ; d'autres, bibliothécaire, relieur, maître d'hôtel, maître de danse. Cependant le gouvernement anglais, sans parler d'un bel effort de la charité privée, se montra humain, généreux même, à l'égard des prêtres et des officiers français. Ceux-ci reçurent, au-dessous de quarante ans, i fr. 25 par jour; au-dessus, 2 tr. 5o('\ Notre chevalier jouit, sans doute, de la première solde ; il essaya d'améliorer son sort en vendant de l'eau de Cologne.

Après ces épreuves, il tourna ses regards, comme tant d'autres, vers la patrie, où un rayon semblait luire, et il voulut y rentrer, même pour s'y cacher. Sa mère lui découvrit une retraite, à Saint-Prix, au moins provisoire : l'ateHer de Richard, où il reprit le rabot de Pilastre et ne le poussa pas plus habilement, sans doute. Le menuisier avait une arrière-cour contiguë au jardin de M™^ Sedaine, et d'où l'on pouvait apercevoir les fenêtres de celle-ci. Le faux compagnon ne tarda pas à voir s'y encadrer l'image charmante de sa seconde fille, et il en reçut une impression vraiment ineffaçable. Il attendait, sous l'humble toit de Richard, qu'une place fût vacante dans une maison plus confortable, celle de M"^ Rihm, qui était, croit-on, en ce temps-là, avec quelque complaisance de la police locale, ce qu'on appelait « un repaire d'aristocrates ». Ce nouveau gîte fut enfin offert au jeune émigré, qui ne s'éloigna guère des perspectives chères à son cœur, et ne fit que passer de l'orient à l'occideni des fenêtres d'Agathe Sedaine.

(i) Cf. Forneron, Histoire générale des Emigrés pendant la Révolution française, Paris, 1884-1899, 3 vol. in-So, II, 48, 53.

L'intérieur où il entrait, la vie qu'on y menait ont été dépeints, avec beaucoup de détails curieux, par un réfugié comme lui, qu^il allait y connaître et qui arrivait de Venise, où nous avons quelques raisons d'aller nous informer de son passé.

Ce nouveau personnage s'appelait Hippolyte de la Porte. Un article lui est consacré dans la Biographie universelle, à laquelle il a collaboré. Il est aussi l'auteur de traductions ou imitations de romans anglais, de quelques ouvrages d'érudition, enfin des Souvenirs d'un Emigré de ij^y à iSoo, un livre intéressant, non mis dans le commerce, et où nous emprunterons des pages qui ont donc presque la saveur de l'inédit ^'>. Hippolyte était le fils de Charles-François de la Porte, intendant de Nancy au moment de la Révolution, et de M"° Meulan des Fontaines, — dont le portrait par Carmontelle a figuré dans la collection de Lédans, — le petit-fils d'un ancien intendant de Moulins et de Grenoble; il fut élevé dans la terre de Meslay, près de Vendôme, dans le voisinage de Dufort, qui note qu'ils étaient « parents par les femmes ^^^ ». Son père, effrayé des événements, l'envoya en Italie^ au commencement de 1792, sous prétexte de parfaire son éducation, alors qu'il n'avait guère plus de vingt ans. Sa sœur aînée, « pleine d'esprit, de talents et de caractère, comme elle l'a bien prouvé depuis », restait auprès de leurs parents, dont elle fut la sauvegarde. Le voyageur, après avoir parcouru l'Italie, où il se rencontra et se lia avec Guermantes, le futur mari d'Eulalie de Brisay, finit par se fixer à Vicence, allant, de là, passer à Venise le carnaval et la fête de l'Ascension. Ainsi

(i) Ce livre, daté de « Hambourg, 30 novembre 1798 ». imprimé « à Paris, chez H. Fournier et C'«, 1845, in-8, ne porte pas le nom d'auteur. On a ajouté, à la plume, « par M. de la Porte », sur l'exemplaire que possède la Bibliothèque nationale, et qu'elle classe dans sa Réserve (La'* 24).

(2) Mémoires, II, 173.

assista-t-il, de la façon la plus imprévue, à l'écroulement de l'antique gouvernement ducal, un drame où notre petite histoire a sujet de s'intéresser, au moins de prendre un nom, en courant.

Bonaparte, le i" mai 1797, s'était avancé jusqu'au bord des lagunes ; comme il manquait d'une flottille, il revint sur ses pas, attendant l'effet de son voisinage et de ses menaces ('>. Venise était en état de combattre ; mais le cœur lui faillit. Elle décida qu'elle ne se défendrait pas. De Milan, Bonaparte dicta ses conditions aux députés qu'elle lui envoya, le 16 mai, en présence de Lallement, ministre de la République auprès de cette cité. Mais, quand celui-ci regagna son poste après quelques jours d'absence, il trouva consommé le changement dont il apportait le programme prudemment élaboré. Le secrétaire de la légation, demeuré chef d'emploi, en avait profité pour donner la secousse qui devait mettre fin au pouvoir des doges *, il avait, de sa propre initiative, à lui seul, fait cette révolution, et renversé, en Manin, le dernier successeur d'Anafeste. Edme-Joseph Villetard, qui usurpa ce rôle historique, était un jeune brouillon de vingt-six ans, issu d'une excellente famille d'Auxerre, volontaire en 1791, mêlé aux troubles de Vendémiaire, secrétaire de légation à Gênes, commissaire administratif en Piémont, enfin placé à Venise sous les ordres de Lallement. Grandiloquent, enflammé, se croyant poète et toujours prêt à prendre la lyre, on le peut qualifier d'un mot qu'il justifiera médicalement même : un agité. Donc, il appela à Venise Baraguey-d'Hilliers, avec quatre mille hommes. Il avait voulu avoir sa journée, il l'eut; Bonaparte la lui fit payer cher. Nous le reverrons.

(i) Daru, Histoire de Venise, Paris, 1853, 4« édit., 9 vol. in-S», t. VIII, passim. — Fragments des Mémoires du duc de Bellune, publiés dans le Moniteur (15, 14, 21 mai 1S55).

Ceptndant de la Porte, dont les mémoires sont devenus une source de cette histoire, dit que Bonaparte lui <' avait gâté l'Italie ». Rappelé en France par sa famille, qui croyait à un apaisement durable, il prit le chemin du Simplon et du Bourbonnais pour gagner Paris. Son ami de Guermantes, rentré depuis longtemps, marié dans l'intervalle, vint au-devant de lui, à Villejuif, à la date du 30 août 1797. Le voyageur s'endormit le soir même dans le bercement des rumeurs de Paris, et il eut cinq bons jours. Le sixième, le canon de Fructidor lui causa le plus désagréable réveil. Devant un retour de rigueur, de cruauté même, il s'enfuit à Meslay, dans la maison paternelle, où il s'emprisonna durant sept mois. En mars 1798, sa sœur, mariée depuis deux ans au fils du président de Salaberry, un neveu de Dufort, se mit en tête d'obtenir sa radiation de la liste des émigrés. Se confiant à l'adresse et au sang-froid qui avaient préservé leurs parents pendant la Terreur, il revint avec elle à Paris, logea dans son appartement de la rue Neuve- Saint-Augustin, se faisant passer pour son mari. Quelques amis les aidèrent : Guermantes, Dampierre^'^ Armand de Bartillat(^\ Plusieurs semaines s'écoulèrent sans résultat; de la Porte commença à s'inquiéter, et même, un jour, s'émut fort de la rencontre d'une charrette qui transportait un émigré au champ de supphce de Grenelle.

(i) Fils du général.

{2) Frère cadet du marquis, ancien officier aux gardes- françaises. Il était issu d'une famille d'assez récente noblesse, originaire du Bourbonnais.

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