‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 13 sur 158 · LA CROYANCE A LA MISÉRICORDE DE MARIE · texte numérisé non relu

LA CROYANCE A LA MISÉRICORDE DE MARIE

intercession obtiendra plus facilement la grâce d'un criminel comme moi, que la prière de celle qui a nourri de son lait l'universel vengeur des crimes et le miséricordieux auteur du pardon ? »

Je me contenterai de cette citation de s^int Anselme. J'ai hâte d'arriver aux textes qui ont le mieux exprimé pour le moven ào:e, lacrovance en la miséricordieuse intervention de Marie, et qui ont le plus contribué à la rendre populaire, les sermons de saint Bernard et le Salve Regina.

La date et l'auteur du Salve Regina sont inconnus. Cette antienne a été attribuée tantôt à Adhémar, évêque du Puy (•J- 1080) — d'oi^i le nom d'antiplionia de Podio — tantôt à Pierre de Compostelle, et, avec plus de vraisemblance, à Hermannus Contractus ^ Le succès en a été vraiment extraordinaire : les paraphrases, les traductions en sont innombrables '-. On notera que, dans le texte ancien du Salve Regina •', le mot /na/er luanque entre regina et niiserieordiae ; il n'v a été intercalé que plus tard : pour la mystique du xii*^ siècle, la Vierge était, non pas Mère de miséricorde, mais bien Reine de miséricorde, Regina niiserieordiae. par opposition au Christ, au Juge du monde, qui est le Roi de justice, Rex jiistitiae ^.

1. Cf. Daniel, Thesaurum liymnologicatn, t. II, p. 331 ; llohauU de FIciiry, La sainte Vierge, t. I, p. 392 ; Ulysse Chevalier. Heperlorium hymnologicum

t. II, p. 319 : Brambach, Die verlorene geglHuhle Historia de S'' AlVa martyre iind (las Sal\e Rejiiiia des Hermannus Contracliis, Karlsruhe, 1892. Sur la tradition de l'éfflise de Spire, concernant les prétendues additions faites par saint Bernard au Salve Regina, cf. Vacandard. Vie de saint Bernard, '2' éd., t. II, p. 83.

2. Cf. dans 7\ L., CLXXXIV. 107S, la 3/ei//7a/iom Salve Résina, qui n'est pas de saint Bernard. Les Gloires de Marie de saint Alphonse de Lifjuori sont une paraphrase du Salve Regina. Mone ' Lateinisclie Hi/mnen. Fribourg, 1S54, t. II. p. 201; dit qu'au moyen âge, en Allemagne, des fondations furent instituées pour faire chanter le Salve Regina : il en publie p. 203-216 des paraphrases en latin, en allemand, en italien et en français. Cf. Suchier, Mariengebete Halle, 1877 , p. 1 i, et la traduction versifiée dans VAdvocacie Notre- Dame p. 57, Cliassant . La plus curieuse des paraphrases se trouve dans les apocryphes de saint Bonaventure [Opéra, éd. de Lyon, t. VI, p. 166).

3. Voici le te.Kte ancien : Salve, Regina niiserieordiae, vita. diilcedo et spes noslra, salve ! Ad te clamamus, exules filii Evae, ad le suspiramus gementes et fientes in hac valle lacrymarutn. Kia ergo, advocata 7iostra. illos lues miséricordes oculos ad nos converte, et Jesum henedictnm friictnni venlris tui nohis posl hoc exsiliumoslende, o démens, o pia, o dulcis Maria 1

4. Saint Thomas, préface des Épitres canoniques, cité par saint Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, ch. i. Le commentaire des Épitres canoniques, attribué communément à saint Thomas et public souvent dans ses

14 C.nAPITRE I

Il y a clans les œuvres de saint Bernard une série de sermons sur le Salve Regina '. C'est au premier de ces sermons que M. Mâle emprunte le texte par lequel il établit le rôle de Marie comme avocate dps pécheurs '-. En réalité, les sermons sur le Salve Regina sont apocryphes. Mais il nest pas surprenant cpi ils aient été mis au compte de saint Bernard. Celui qu'on a surnommé le dernier Père de l'Eglise, la grande merveille du xii'' siècle, le chevalier de Marie, il siio feclele Bernardo '^, son dévot chapelain, son cithariste, a contribué plus que nul autre théologien à fonder la doctrine catholique relative à Marie ^ et plus spécialement, la doctrine relative à la médiation de Marie et à sa miséricorde.

Dante a condensé en quelques vers inoubliables la doctrine de saint Bernard sur la miséricorde de Marie :

Donna, .se' tanlo grande, e lanto vali.

Che quai vuol grazia, ed a le non ricorre. Sua disianza vuol volar senz' ali . . .

In le misericordia '',...

Cette doctrine est exposée surtout dans les quatre sermons de saint Bernard pour l'octave de 1 Assomption, qui constituent vraiment l'un des documents capitaux de la pensée religieuse du moyen âge. Tous les mystiques les ont médités : c est de là que proviennent ces citations de saint Bernard, qu'on retrouve dans tous les ouvrages qui exposent la miséricorde de Marie:

Sileat misericordiain tiiam, Virgo J)ea(a, si qiiis est, qui invocatani te in necessitatibus suis sihi meminerit defuisse. Nos (juidem servuli fui caeteris in virfuiibus congaudemus tibi, sed in hac potius nobis ipsis : laudamus virginitatem, hurnilitaleni mirainur, sed misericordia miseris sapit dulcius,

reuvres complètes par ex. dans l'cd. d'Anvers ou Cologne, 5612, t. 18), paraît être en réalité de Nicolas de Gorraii : cf. Quétif et Ecliard, Script. 0. P., t. I, p. .'5 «3 et 1 il .

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