Parad., XX.XIII
LA CROYANCE A LA MISÉRICORDE IJE MARIE lo
misericoi'diam amplectimur cai'ius, recoi'damur saepius, crehrius invocamus* .
Omnibus miserico/rliae siniim aperit, ut de plenitudine ejus accipiant universi, captivus redemplionem^ aeger curationem, tristis consolafionem, peccatorveniam, Justwsgratiani^ angélus laetitiarn, denique tota Trinitas gloriam ~.
Pour sédilîer à cet éj^^ard, qu on se reporte, dans les éditions lyonnaises du xvii^ siècle, auDe laudihus beatae Mariae ou au Spéculum heatae Mariae Virginis : il suffît de parcourir les références indiquées en nianchettes pour s assurer que les sermons de saint Bernard ont fourni la majeure partie des textes qui composent ces vastes mosaïques. On en peut dire autant des Meditationes citae Christi, qu'une tradition erronée-^ attribue, comme le Spéculum heatae Mariae Virginis, à saint Bonaventure, et qui, si on les débarrasse des interpolations du début, paraissent sinon d'origine, au moins d inspiration cistercienne ^.
1. In Assump. sermo IV"\ § 8 P. L., CLXXXIII, 42S;. Celte citalion se retrouve par exemple dans \e Spéculum h. Mariae Virriinis S. Bonaventurae
Opéra, éd. de Lyon, 1668, t. VI, p. 413), et dans le De laudibiis h. Mariae, 1. IV, ch. xxii Alberli Magni opéra, éd. de Lyon, 1651, t. XX, p. 138-139).
2. Sei-monpoiir le dimanche après l'Assomption, § 2 (P. L., CLXXXIII, 130 . Cette citation se retrouve deux fois dans le Spéculum h. Mariae Virginis, p. 436 et 441.
3. Je dois dire qu'elle a encore des défenseurs : « On a voulu, mais sans grand succès, enlever les Méditations à saint Bonaventure » {Gazette des Beaux- Arts, I'"'fév. 1904, p. 97 . Mais cette attribution n'est plus admise par les spécialistes ; le P. E^berl Smeets. président du Collège Saint-Boiiaventure, à Quaracchi, n'en a même point parlé dans son article sur saint Bonaventure {Dict. de théologie, publié sous la direction de ^'acant et Manj^cnot , et les Méditations ne figurent point dans l'édition des Opéra S. Bonaventurae publiées à Quaracchi. Elles sont attribuées par Barthélémy de Pise, l'auteur du fameux livre des Conformations, à un certain Fr. Joannes de Caulibus (cf. S. Bonav. opéra, éd. de Quaracchi. t. X, p. 25i. Il en subsiste plusieurs manuscrits, qui, d'après les renseignements que me fournit le P. Smeets, contiennent de nombreuses interpolations, si bien qu'il parait très difficile de retrouver le texte original. Sur les apocryphes attribués à saint Bonaventure, cf. J. V. Leclerc, dans VHist. litt. de la France, t. XX, p. 73 : « Les Franciscains, pour égaler le nombre des 73 opuscules imprimés par les Dominicains sous le nom de saint Thomas, en cherchèrent partout qu'ils pussent donner à saint Bonaventure ».
4. Cf. le prologue des Meditationes dans les Upera S. Bonaventurae. éd. de Lyon 1668 , t. VI. p. 33 4 : sanclorum Patrumauctorilatihus conspersuni est, praesertim S. Bernai-di, cujus rei rationem c. S6 reddit Auctor lus verbis : « Ideo Ubenter Bernardi verba in hoc opusculo intersero et adduco, quia non solum spiritualia sunl, et cor penetrantia. sed et décore plena, et ad Dei servitium excitanfia. Cf. ch. n, p. 335: inter eas {misericordiam et pacem., veri-
Lune des meilleures preuves de linfluence immense de saint Bernard, c'est le nombre d'ouvrages apocryphes qui lui ont été attribués, traités et sermons, prose et poésie '. Beaucoup dont les auteurs avaient tu leurs noms par humilité, ont été mis au compte de saint Bernard, moins encore par fraude pieuse que par conjecture sincère. Tels sont par exemple les Sermons et la Méditation sur le Salve Rcfjina ~ où l'on retrouve, exprimée dans le style même de saint Bernard, la doctrine, bernardine par excellence, de la miséricorde de Marie.
Saint Bernard était à ce point, pour le moyen âge, le théologien de la miséricorde de Marie, que des ouvrages où cette théologie était exposée ont fini par être enlevés à leur véritable auteur, dont le nom était pourtant connu, et ont été mis au compte de l'abljé de Clairvaux : ainsi le /)e laudihus heatae Mariae d'un contemporain et d'un admirateur de saint Bernard, Arnaud de Chartres, abbé bénédictin de Bonne val.
Ce n'est pas seulement saint Bernard, c'est l'Ordre de Cîteaux tout entier qui fait accomplir, au \iV siècle, un progrès merveilleux à la mariolàtrie. Dès leur fondation, les Cisterciens placent leurs églises sous l'invocation de Notre-Dame; ils empruntent aux Chartreux la pieuse habitude de réciter avant l'office canonique le Petit Office de la Vierge: ils terminent la journée par le chant solennel du Salve Be'jina misericordiae -K Cisterciens et Cisterciennes se considèrent comme les familiers de Marie : speciali affectufamulari soient Virgini r/loriosae, écrit au milieu du xiii*" siècle, l'auteur du De laudihus heatae Mariae '*. « L'Ordre de Cîteaux, dit Jean de Cirey dans la conclusion de ses Collecta, est sur terre la famille particulière de la Mère de Dieu. Car, outre qu'elle lui prodigue les révélations spirituelles et les consolations intimes, souvent elle est venue en personne, accompagnée d'une suite brillante de saintes et d'anges, le consoler, l'instruire, l'aider, le diriger. Aussi Fappelle-t-on la patronne et la dame de cet Ordre, sa
latem et jiislilinm) magna controversin fada eut. proul narrai h. Bernardus piilchroel longo stylo, sed ego succincle. iil potero. referam xumniam . Frequenler enim ipsiiis dicta melliflua inlendo addurere.
1. Pour les apocryphes attribués à saint Hcrnaril. cf. Ilisl. lit t. de la Fr.. XIII, 211 : Pellecliet, Cal. général des incunables, l- I, |). J08 ; llauréau. Des poèmes lalins atlrihiiés à saint Bernard (Paris, 1890. sm.