LA VIERGE OUI MONTRE SON SEIN
robe de bure, demande g^ràce. Est-ce assez de la prière du saint ? Non. Aussi la Vierge se jette au-devant du Christ et l'arrête. Elle n'implore, ni ne prie, ni ne commande : elle est devant son Dieu, mais elle parle à son Fils. Elle écarte sa robe noire, découvre en plein sa large poitrine immaculée, y met la main et la montre à celui qu'elle a nourri. L'apostrophe est irrésistible. Ni au théâtre, ni à la tribune — et l'on se souvient de l'un et de l'autre devant ce tableau — ni dans la peinture, je ne crois pas qu'on ait trouvé beaucoup d'effets pathétiques de cette vigueur et de cette nouveauté'. »
Le geste, à coup sûr, est pathétique, mais Rubens ne l'a pas inventé. Je m'étonne que Fromentin, si lettré, ne se soit pas souvenu du passage de V Iliade où Priam et Hécube supplient vainement Hector de ne pas se battre contre Achille : « Le vieux Priam s'arrachait les cheveux, mais il ne put fléchir Hector. Près de lui, la mère gémissait et pleurait. D'une main elle découvre sa poitrine, de l'autre montre son sein et s'écrie : « Hector, mon enfant ! prends pitié de moi ! Si jadis je te pré- « sentai ce sein, qu il t'en souvienne aujourd'hui !... »
Ce n'est pas dans l'/Z/a^/e. assurément, que Rubens a pris l'idée du geste pathétique qu'il a, par deux fois, prêté à Marie. 11 la reçue de la tradition. Comme les graveurs flamands, ses contemporains, qui fournissaient de gravures pieuses le monde catholique, Rubens était assujetti aux thèmes traditionnels de l'iconographie. Le théologien de Louvain qui, au milieu du XVI*' siècle, défendit contre les critiques des Réformés l'iconographie catholique, Molanus, l'auteur du De historia sacraruni imaginum^^ s'exprime ainsi (^livre 11, chap. xxxi) : Milita in
1. Les maîtres d'autrefois, p. 49 : « Peint par un élève; les chairs retouchées par le maître » Rooses. op. cit., t. II, p. Toi).