‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 16 sur 158 · LE THÈME DE LA VIERGE AU MANTEAU PROTECTEUR EST D'ORIGINE CISTERCIENNE · texte numérisé non relu

LE THÈME DE LA VIERGE AU MANTEAU PROTECTEUR EST D'ORIGINE CISTERCIENNE

Ce thème est inconnu à l'art d'Orient et, avant le xiii* siècle, à l'art d'Occident. — lia sa source dans une légende Cistercienne, rapportée par Césaire d'Heisterhach. — Le symbolisme du manteau. — Succès du thème parmi les Cisterciens.

Le type de la Merg-e au manteau est inconnu de Fart chrétien d'Orient : la Vierge de Miséricorde dans l'art byzantin (y; 'EKtoj7x) ne diffère en rien des Panaghias ordinaires '. Dans l'art d'(3ccident, on ne le trouve qu'à une époque assez avancée déjà du moyen âge. Rohault de Fleury, qui a réuni avec tant de soin les représentations de la Vierge antérieures au XIII'' siècle-, n'a pas rencontré celle-là. Il y a dans l'église Saint-Marc de Florence une mosaïque romaine du viii'' siècle 3, qui représenterait, d'après l'inscription placée au-dessus, la Mater misericordiae : la Vierge est représentée dansle costume d'impératrice byzantine et dans l'attitude de Forante ; l'inscription d'ailleurs est assez récente. Je suppose que si l'on a fait de cette Vierge orante une Mère de Miséricorde, c'est à cause du geste des bras, mal compris : on aura vu dans les bras écartés de Forante le geste habituel des Vierges de Miséricorde, qui pour étendre leur manteau sur les pécheurs écartent les bras.

1. Pour les types de la Vierge dans l'art byzantin, cf. Brockhaus, Die Kunst in den Alhus Kloslern Leipzi},', IS91 , p. 105 sq; KondakolT, Les monuments de l'arl chrétien au monl Alhos en ruf^i^c), Pctersbourjr. 1002 : Perdrizet, La Vierge qui baise la main de l'enfant, clans Revue de l'art chrétien, 1907.

2. La Sainte Vierge, éludes archéologiques d'iconographie, Paris, 1878- 1879.2 vol.f". Le déparlement des mss. de la liibliothèque Nationale vient d'hériter des documents léunis par les Rohault père et fds : je nie suis assuré qu'ils ne renferment rien concernant mon sujet.

3. Alinari, phot. 1571, reproduite dans \'enturi, La Madonedans Vart italien, j). 4, cl dans VaSloria deliarte itaiiana, du même, t. II, lig. 188, p. 276. Elle se trouvait à Home dans l'oratoire de la Porta Santa (chapelle de Jean VII, pape de 705 à 708) et fut transportée à Florence en 1609.

LA VIERGE AU MANTEAU PROTECl'EUR ET LES CISTERCIENS 19

Au porche de la cathédrale d'Autun où est fig-uré le Jugement dernier ', on voit de petites âmes qui. pour échapperaux griffes des diables, se cachent sous la robe de l'archange. Mais la ressemblance avec le type qui nous occupe est superficielle. L'auteur du Jugement dernier d'Autun était un artiste d'imagination féconde ; ce détail des âmes qui se réfugient sous la robe de l'archange est ime invention qui semble lui être propre ; autant que je sache, elle n'a' été copiée nulle part et ne repose sur aucun texte ; tandis que les Vierges abritant les pécheurs sous le manteau de protection forment une série immense qui a certainement son origine, non dans la fantaisie d'un artiste, mais dans quelque texte sacré, à tout le moins dans quelque légende pieuse.

Est-ce dans un passage de l'Ecriture? Une métaphore biblique aura-t-elle donné naissance à ce type étrange, comme on voit, par exemple, qu'une métaphore de l'Évangile' a donné naissance dans l'art d'Orient et dans l'art d'Occident, aux représentations d'Abraham tenant dans un pan de son manteau de petites figures nues qui sont les âmes des justes '*? Le livre de Ruth, voulant signifier la protection dont l'Eternel couvre ceux qu'il aime, parle des ailes de Jahvé ' : Jalivé est comparé à une oiselle couvrant ses poussins de ses ailes. Cette métaphore revient souvent dans les Psaumes : « Aie pitié de moi, ô mon Dieu, dit le Psalmiste, protègemoi à l'ombre de tes ailes contre les méchants qui me persécutent'... C est l'Eternel qui m'a délivré du filet de l'oiseleur ; il te couvrira de ses ailes, et tu trouveras 1 espoir sous ses plumes. » Ces textes, où survit quelque chose de l'antique

1. Vers 1150. Reproductions clans Dehio, Kungstgeschichte in Bildern (Leipzig, 1902', t. II, pi. 38 : mieux dans Marcou, Album du musée de sculpture comparée. 1. 1, pi. 41, et dans \'itry et Brièrc, Documents de sculpt. (r. du moyen ùge. pi. XI. « De petites âmes s'accrochent à la robe de l'ange », écrit M. Mâle dans le Musée d'art, p. 73 i^cf. L'art religieux du XIII' s., 2" éd., p. 420, n. J).

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