Cf. inj'ra, eh. xiii
LA VIERGE AU .MANTEAU PROTECTEIR ET LES CISTERCIENS 2o
La fragilité de ces inductions contradictoires est évidente. Nous nous sentons incapable de nous décider dans un sens ou dans l'autre.
Il est croyable que Césaire connaissait cette vision par tradition, de son abbé, qui lui-même lavait entendu raconter par un autre abbé Cistercien, dans un chapitre général de l'Ordre. Elle aurait eu lieu anfe paucos aniios^ aux environs de l'an 1200.
Césaire la raconte tout à la lin de son livre sur les apparitions de ]SIarie : il Ta gardée, si j'ose dire, pour la bonne bouche. Evidemment, c'est qu'il la considérait comme la plus belle de toutes. Il en jugeait en Cistercien. Et l'Ordre de Cîteaux a jugé comme Césaire : il n'a jamais oublié les paroles de prédilection dont la Vierge consola 1 humble moine. La Vierge au manteau protecteur sert de type, dès le xiv*' siècle, aux sceaux des défîniteurs de l'Ordre et à ceux de plusieurs abbayes Cisterciennes (pi. II). Elle formerait, depuis une date que je ne saurais préciser, le cimier des armoiries de l'Ordre '. Sur un tableau italien du xiv*" siècle, qui représente les funérailles de saint Bernard, un moine porte une bannière où est peinte la Vierge au manteau (pi. III, 1). Un tableau allemand du xv*" siècle, dans l'église du couvent Cistercien d'IIeilsbronn en Franconie, montre agenouillés sous le manteau de la ^ ierge treize moines Cisterciens avec leur abbé. L'Ordre militaire de Alontesa, de filiation Cistercienne ', s'est fait représenter sous le manteau de Marie. Les Trappistes, qui. eux aussi, descendent de Cîteaux-^, auraient été représentés sous le manteau de la Mère de Miséricorde ^. Le frontispice des Collecta quorumdam privilegiorum OrcUnis Cisterciensis de Jean de Cirey, abbé de Cîteaux, ouvrage paru à Dijon en 1491, représente la Vierge nimbée, sans la cou-
1. J'emprunte, sous réserves, ce rcnseij^nement à Barbier de Montault. Il a jjarlé plusieurs fois des armoiries de Cilcaiw [Annuaire du conseil héraldique de France. 1890, p. 135 ; Œuvres, t. II, p. 248 ; IV, p. 172 ; Revue de l'arl chrétien, 1889, p. 24 , mais sans jamais dire à quelle époque elles remontent. Le seul exemple qu'il cite fresque dans la sacristie de Sainte-Croix de Jérusalem à Rome doit être moderne.
2. Janauscliek, Orifjinum Cisierciensiuin. t. I, p. v. Cet Ordre fut fondé en 1317 par Jacques II d'Arag;on : il remplaça en Espajiiie celui du Temple, dont il recueillit les biens ; il a été rattaché depuis à l'Ordre de Calatrava.